Santé au travail

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Qualité de l’air intérieur et santé

Si la pollution atmosphérique, c’est-à-dire de l’air extérieur, est bien connue, il n’en va pas de même pour la pollution de l’air intérieur. Cette dernière est moins connue et documentée. Pourtant, la qualité de l’air intérieur est régulièrement plus mauvaise que celle d’un espace ouvert. Il est ainsi important d’avoir conscience des potentiels risques pour notre santé et de connaître la manière de les limiter.
Mins tenant un arbre et la terre

Généralités sur l’air intérieur

L’air des environnements intérieurs est influencé par les sources de pollution intérieures, ainsi que par le transfert de la pollution extérieure.

Nous passons près de 80 % de notre temps dans des espaces clos, qu’ils soient privés (appartements, maisons, travail…) ou accueillant du public (écoles, administrations, lieux de loisirs…) 1. 

La pollution de l’air intérieur est un problème de santé publique et une question économique : le coût annuel en France de la pollution de l’air intérieur est estimé à 19 milliards d’euros 2.

Si de nombreux échanges de flux existent avec l’air extérieur, les milieux clos comportent de nombreuses spécificités. Les produits et objets de notre quotidien émettent de nombreuses substances par nos activités et pratiques et par le piège que constitue l’isolation si l’endroit est mal ventilé. 

Une étude de 2006 rendue publique par l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) 3 avait permis un état des lieux à grande échelle en France soulignant la pollution existante à l’intérieur des bâtiments. La qualité de l’air intérieur a fait depuis l’objet de plusieurs études.

Une attention particulière de l’air intérieur est requise pour les personnes sensibles : nourrissons, femmes enceintes, asthmatiques, personnes âgées et cardiaques et insuffisants respiratoires.

Les matériaux : cela concerne aussi bien les murs et plafonds (plastifiés, papier-peints, peintures, textiles), les sols (durs, textiles, bois, stratifiés, souples) ou encore les matériaux de construction (comme la laine de verre).

À savoir : Depuis septembre 2013, les produits de construction et de décoration sont soumis à un étiquetage obligatoire sur les caractéristiques d’émission en substances volatiles polluantes. De manière simple et lisible, le niveau d’émission varie de A+ (peu émetteur) à C. 

Le mobilier (plastique, bois). Comme pour les matériaux de construction, des réflexions sur l’étiquetage des produits d’ameublement sont en cours. Depuis le 01/01/2020, l’étiquetage des meubles en bois est obligatoire (pour une première mise sur le marché au 01/01/2020). 

Les équipements ou les activités : la liste est assez large. Elle regroupe aussi bien le ménage (produits ménagers, hygiène), les combustions (chauffage, chauffe-eau ou la cuisine, mais aussi le tabac ou les bougies, encens), les activités de bricolage ou travaux manuels (peinture, colle, marqueurs), ou encore les impressions.

Le transfert de polluants de l’air extérieur vers l’intérieur : cela concerne de nombreux polluants provenant de la pollution atmosphérique extérieure comme le dioxyde d’azote (NO2), le benzène, les particules, l’Ozone.

Aération et ventilation 

Les concentrations observées en air intérieur sont dépendantes des "sources" (émissions) mais également de la ventilation en place au sein de la pièce. Le type de ventilation en place (naturelle, VMC, climatisation) est ainsi important pour la qualité de l’air. 

  • Optimiser l’aération et la ventilation d’un espace clos, entretenir ou faire entretenir les appareils de ventilation permet d’améliorer la qualité de l’air intérieur ;
  • Favoriser la circulation de l’air et ouvrir les fenêtres en cas de travaux ;
  • Se rappeler qu'une cheminée dont le foyer est ouvert émet des particules directement dans la pièce ;
  • Aérer quotidiennement 10 minutes au minimum, de préférence le matin ou la nuit lorsque les niveaux de pollution sont les plus faibles ;
  • Vérifier les entrées d'air et grilles de ventilation, que les bouches d'extraction soient libres ;
  • Veiller à l’assainissement des pièces humides. L'humidité favorise le développement des moisissures qui contribuent à une part importante des allergies, asthmes et bronchites notamment.

Attention toutefois à une isolation trop importante au nom des performances énergétiques : une amélioration de l’étanchéité de l’air de l’enveloppe d’un bâtiment pour réduire les déperditions d’énergie peut conduire à une réduction du renouvellement d’air et, corollairement, à une dégradation de la qualité de l’air intérieur.

Le transfert de la pollution extérieure vers l’intérieur

Les polluants émis à l’extérieur pénètrent à l’intérieur des locaux par infiltration, aération, ventilation. Une étude du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) a montré que ce transfert était différent suivant les polluants.

Plus récemment (2019), l’ANSES a sorti un rapport complet sur la caractérisation des transferts de pollution de l’air extérieur vers l’air intérieur des bâtiments 4.

Quelles normes en air intérieur ?

Il existe en France des Valeurs Guide d’Air Intérieur (VGAI), fixées par l’ANSES 5. Ces valeurs sont fondées sur des critères et apportent aux pouvoirs publics des éléments utiles à la gestion du risque. Une dizaine de polluants chimiques disposent à ce jour d’une VGAI.

À partir de ces VGAI, le Ministère en charge de la Santé peut établir des Valeurs Repères d’aide à la gestion dans les espaces clos et mettre ainsi en place une surveillance de la qualité de l’air intérieur. Elle se met progressivement en place dans les Etablissements Recevant du Public (ERP), notamment les établissements accueillant des enfants depuis le 1er janvier 2018 6. Ainsi, en fonction des niveaux mesurés, il existe des actions à engager. 

La culture, c'est l'identité profonde de l'entreprise. Elle se construit sur ses codes, ses normes implicites et explicites, ses rituels, les comportements valorisés ou non, sa vision.

Lorsque les points précédents sont touchés, ils atteignent des facteurs tels que le sens du travail, le conflit de valeurs, impactant fortement l'engagement, et en conséquence le maintien en poste, la performance des équipes.

Les spécificités au bureau

Les études sur la qualité de l’air intérieur dans les bureaux sont moins nombreuses que celles dans les écoles, mais la prise de conscience est réelle. Ainsi, les conseils présentés ci-dessus pour les logements restent valables dans les bureaux 7.

La qualité de l’air intérieur et le confort dans les immeubles de bureaux font l’objet d’un intérêt croissant depuis quelques années. L’une des raisons est le coût économique lié à un environnement intérieur dégradé et donc à une baisse de performance dans ces espaces de travail. Ce coût n’étant pas négligeable, il importe de mieux caractériser l’environnement intérieur des bureaux, afin d’identifier les leviers d’actions pour améliorer la santé et le confort des occupants, et in fine leur performance au travail.

Les sources de pollution intérieure spécifiques au bureau

Des sources spécifiques de pollution en air intérieur ont été identifiées dans les bureaux :

  • Le matériel informatique (ordinateurs, photocopieurs, imprimantes) est une source importante de particules fines, d’ozone et de COV (Composés Organiques Volatils) ;
  • Les produits d’entretien utilisés quotidiennement sont source de formaldéhyde et COV ;
  • La climatisation et l’impossibilité parfois d’aérer (fenêtres condamnées) ou une mauvaise ventilation, peuvent se traduire par un confinement trop important (taux de CO2 élevé).

Les études réalisées 

Un projet européen Officair 8, réalisé entre 2010 et 2014, avait permet d’établir un premier état des lieux sur la qualité de l’air intérieur et le confort dans des immeubles de bureaux neufs en Europe :

  • Le bruit et l’air trop sec sont les deux principales sources d'inconfort remontées ;
  • La qualité de l'air varie en fonction de la saison (les concentrations en formaldéhyde et en ozone étaient plus élevées en été par ex.) et en fonction de l'étage ;
  • Le choix de produits d'entretien contenant très peu de COV et sans parfum permet d'abaisser les concentrations en aldéhydes, irritants des voies respiratoires.

La campagne nationale « Bureaux » de l'Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur (OQAI) menée en 2017 avait également apporté des conclusions instructives. Il en était ressorti que 7% des espaces de bureaux étaient multi pollués 9.

Conseils, guides pratiques et solutions pour limiter la pollution de l’air intérieur

En synthèse AirParif identifie trois principales actions à mener :

  • Réduire les sources de pollution intérieure : matériel, mobilier, tabac, usage des produits odorants, etc. Tous ces produits peuvent émettre des polluants en intérieur. Il est important de connaitre leur composition, et de maitriser leur usage. Les chauffages d’appoint sont également à utiliser avec précaution ;
  • Réduire directement la consommation de ces produits, du moins privilégier, quand cela est possible, des produits et matériaux moins polluants (étiquetage A+, écolabels) ;
  • L’aération et la ventilation sont primordiales (aérer et faire entretenir le système de ventilation).

Et en voiture ?

On peut se croire protégé de la pollution extérieure quand on est dans sa voiture, et pourtant, c’est loin d’être le cas. Parce que l’air y circule moins, l’habitacle d’une voiture peut avoir une très mauvaise qualité de l’air. Selon AirParif, comparativement la qualité de l’air présente plus de risques pour la santé en étant en voiture, plutôt qu’en vélo, à pied ou dans le métro.

Différents facteurs influencent la qualité de l’air dans la voiture 10 la ventilation, le type de véhicule devant, le trafic, le type d’axes empruntés et les environnements traversés (ex : les tunnels concentrent la pollution). Les modèles de voiture n’ont pas tous la même capacité à filtrer les polluants (notamment en fonction du filtre habitacle utilisé), ce qui peut également influer. L'impact de la pollution en voiture sur la santé dépend ainsi à la fois des niveaux, de la fréquence du trajet et de sa durée. 

Recommandations d’AirParif :

  • En cas de fort trafic, tunnel ou bouchon, configurer sa voiture en ventilation à débit moyen, en mode recyclé avec vitres fermées. Cela permet de limiter l’infiltration du NO2, des particules et d’autres polluants issus du trafic ;
  • Ne pas garder le mode recyclé trop longtemps (moins de 5 min à deux passagers et moins de 15 minutes à un passager), pour éviter l’accumulation de CO2 dans l’habitacle, pouvant provoquer une perte de l’attention ;
  • Préférer la ventilation en air frais ou vitres ouvertes quand il y a moins de trafic ;
  • Laisser un espace de plus d’une longueur de véhicule (plus de 5m) derrière le véhicule de tête. 

Il est ainsi essentiel de renforcer la surveillance de la qualité de l’air intérieur dans les espaces de travail, qui peut présenter tout autant de risques pour la santé que l’air extérieur, voire davantage. Cela doit permettre d’adopter des actions de prévention et d’organisation du travail adaptées

A noter : cet article est issu des travaux réalisés par AirParif, acteur francilien de la surveillance de la qualité de l’air en France. AirParif est partenaire d’Aésio mutuelle.

  1. https://www.airparif.asso.fr/generalites-sur-lair-interieur
  2. Dans cette étude, les conséquences économiques de la pollution de l’air intérieur pour la société correspondent aux coûts de l’impact sanitaire généré par les polluants retenus (coût estimé des décès prématurés, coût estimé de la prise en charge des soins, coût estimé des pertes de production, etc.)
  3. https://www.oqai.fr/fr/media/publications-scientifiques/1-log-cnl1-etat-qai
  4. https://www.anses.fr/fr/system/files/AIR2016SA0068Ra.pdf
  5. https://www.anses.fr/fr/content/qualit%C3%A9-de-l%E2%80%99air-int%C3%A9rieur
  6. https://www.airparif.asso.fr/lecole
  7. https://www.airparif.asso.fr/la-maison-au-bureau
  8. https://www.oqai.fr/fr/campagnes/officair
  9. https://www.oqai.fr/fr/campagnes/categories/bureaux
  10. https://airparif.asso.fr/en-voiture