Transcription du podcast : Une intimité à réapprivoiser
Épisode 2 - Une intimité à réapprivoiser
Présentateur - 00:00:02
50 ans, un âge clé pour les femmes, un podcast d'Aezio mutuelle.
Sécheresse vaginale, fuites urinaires, baisse de libido, désir sexuel autour de 50 ans, de nombreuses femmes font face à des changements physiques et hormonaux importants.
Mais que se passe-t-il exactement dans le corps ?
Dans ce nouvel épisode, nous abordons sans tabou les variations hormonales et leurs impacts sur la santé physique et mentale.
00:00:32
Pour démystifier les idées reçues et donner des conseils, nous avons invité 2 experts, Marie Jo Falevitch, sage femme, sophrologue, et Sébastien Landry, sexologue. Ils nous aideront à mieux comprendre ces évolutions et à vivre cette période avec plus de sérénité.Avec l'arrivée de la ménopause, les femmes vivent des changements de libido.
Vous pouvez nous expliquer ça, Monsieur Landry ?
Sébastien Landry - 00:01:00
Oui, bien sûr. Avec la ménopause, on a une chute en fait des hormones sexuelles et la libido, elle est vraiment pulsionnelle, liée aux hormones. Par contre, faut faire une distinction qui est vraiment importante entre la libido, qui est donc purement hormonale, et le désir sexuel qui lui est une composante psychologique. C'est à dire qu'avec la ménopause, on va avoir des femmes qui vont sentir peut-être un peu moins ce côté pulsion, un peu moins ce côté j'ai envie de sexualité.
Mais si dans un couple ou quand une femme rencontre quelqu'un, s'il y a de la communication, de la nouveauté, des échanges vraiment et du désir pour son partenaire, la sexualité elle va s'exprimer parce qu'il y a cette composante vraiment importante qui est du désir sexuel.
Qui est psychologique.
Donc ça va être une dimension qui va pouvoir s'activer quasiment quand on en a envie.
Mais il faut que les conditions soient quand même réunies parce que je veux pas faire culpabiliser quand même beaucoup de femmes qui vont-elles se dire mais moi ça ne m'intéresse plus du tout la sexualité, parce que déjà la sexualité elle est pas obligatoire et puis après il faut que tout aille bien en fait.
Faut que il y ait pas une charge mentale extrêmement importante, qu'on n'ait pas des soucis importants, des angoisses.
C'est plutôt quand on se sent bien. On le ressent d'ailleurs souvent quand on est en vacances par exemple, un peu loin du quotidien. Eh ben, on a ce désir sexuel qui s'exprime un peu plus et on a beaucoup plus envie de rapports sexuels.
Marie-Jo Falevitch - 00:02:28
J'aimerais bien aborder la notion de présence et de plaisir sexuel, et c'est vrai que à la ménopause, donc, elle survient en général aux alentours des 50 ans.
50 ans, c'est une période où à la fois, on peut être parfois un peu plus disponible parce que les enfants ont grandi. Ils sont peut-être partis de la maison avec le syndrome du nid, avec des difficultés de couple qui peuvent survenir avec des maladies chroniques liées liées à l'âge, et cetera. La femme arrive à cet âge-là avec un passif où elle a été très peu présente à elle-même, très peu disponible et le plus souvent avec une altération de l'image de soi. Et il me semble qu'il est important de reparler donc de ce sentiment de présence qui ramène au corps, à la question de la confiance en soi et à la question du désir.
Si on se sent belle, si on se sent joyeuse, si on se sent disponible, comme le disait mon collègue tout à l'heure, et bien forcément, on va avoir peut-être un peu plus de désir quand ?
Présentateur - 00:03:30
On a des douleurs à la pénétration. Comment est ce qu'on peut gérer cette situation ?
Sébastien Landry - 00:03:35
Alors en effet, il peut y avoir des douleurs, ce qu'on appelle nous des dyspareunies, donc des douleurs au moment de la pénétration. Alors déjà, faut savoir que ces douleurs sont possibles même chez une jeune femme. Mais à la ménopause, on peut voir apparaître un peu plus de douleurs, notamment à cause des sécheresses vaginales qui vont être de plus en plus importantes.
Il y a 2 formes de douleurs de dyspareunie. On peut avoir les douleurs lors des va et vient, par exemple, parce qu'il va y avoir des sécheresses, donc le pénis ou des doigts ou un objet peuvent être un peu plus secs, pas lubrifiés.Donc du coup, on va avoir des frottements qui peuvent créer des démangeaisons, qui peuvent créer des tensions.
En fait, après, la femme va se contracter et donc avoir mal. Mais on peut aussi avoir des douleurs d'intromie. Je dis souvent à mes patientes comme si ça voulait pas rentrer, que ça résistait, que ça des fois même la sensation peut-être que ça va se déchirer parce que ça veut pas vraiment pas s'ouvrir. Ça peut être lié à des tensions au niveau du périnée, vu qu'on a les insertions au niveau du vestibule vulvaire, et on peut avoir vraiment cette contraction musculaire en bas du vagin. Souvent la douleur peut être ressentie ici. Et à l'entrée, et du coup, ça peut vraiment faire très mal et forcément dans la douleur, bah y a pas de plaisir.
Donc la femme ne va pas pouvoir se relâcher, passer un bon moment et elle va avoir tendance encore plus à se contracter si elle insiste, si la pénétration continue. Et ces douleurs, bah ça peut vraiment gâcher des rapports sexuels. Donc si il va être important pour les femmes de consulter pour pouvoir aborder ça, pouvoir voir de quel type type de douleur, il s'agit.
Et quelle solution on va pouvoir apporter pour ces patientes justement ?
Présentateur 00:05:26
Madame Falevitch, le périnée et sa rééducation font partie de vos spécialités. Vous pouvez nous expliquer le rôle de cet organe ?
Marie-Jo Falevitch - 00:05:34
Le périnée, c'est l'ensemble des muscles qui soutiennent nos organes génitaux. Communément parlant, le périnée inclut le diaphragme pelvien, ce qui est une zone bien plus profonde. Mais en réalité, il désigne vraiment la partie la plus superficielle. Quoi qu'il en soit, c'est un ensemble de muscles et de tissus conjonctifs qui soutiennent nos organes, qui sont également des muscles de posture. Ils jouent un rôle très important dans la sexualité en se contractant et en se relâchant sur les va-et-vient notamment. Ils jouent également un rôle important dans la continence urinaire, la continence anale et les évacuations des selles, des urines et des gaz.
Effectivement, le périnée peut engendrer des douleurs, mais le plus souvent en ce qui concerne la ménopause, on parle du syndrome génito-urinaire de la ménopause. C'est un ensemble de symptômes qui affectent le système génital de la femme, notamment la vessie, l'urètre, la vulve et le vagin. Il en résulte une inflammation des tissus avec un amincissement de ceux-ci, tout cela lié à la chute du niveau des œstrogènes. Les œstrogènes jouent un rôle particulièrement important dans l'hydratation de tous ces tissus. On se retrouve donc avec des tissus fins comme du papier à cigarette, avec des vaisseaux sanguins à fleur de peau qui vont être plus secs, plus friables, avec une érosion et des frottements qui créent des agressions, des petites fissures. On appelle cela la vulvo-vaginite.
Le plus souvent, c'est une vulvite atrophique par manque de nutrition apportée par les œstrogènes qui, forcément, à la ménopause, sont absents.
Avec l'âge, on a une diminution du capital musculaire. On troque des muscles pour du tissu conjonctif et on a donc un périnée qui s'affaiblit, ce qui fait que ses fonctions, notamment de soutien et de continence, sont altérées. La rééducation du périnée va être particulièrement indiquée dans toute situation d'incontinence, de pesanteur pelvienne ou de prolapsus des organes.
Il y a trois types d'incontinence urinaire. Il y a l'incontinence urinaire à l'effort qui touche les femmes jeunes et les femmes moins jeunes. À la ménopause, il n'y a donc pas moins d'incontinence urinaire à l'effort. Il y a aussi l'incontinence urinaire d'urgence, ces fameux besoins urgents d'uriner, ainsi que les incontinences urinaires mixtes où l'on retrouve à la fois l'incontinence urinaire à l'effort et l'incontinence urinaire d'urgence.
Dans la population générale, on retrouve 50 % d'incontinence urinaire d'effort et 40 % d'incontinence urinaire mixte. La femme de 50 ans se retrouve donc fréquemment dans une situation d'incontinence urinaire mixte. Le problème, c'est qu'on lui dit : « Pour votre santé, vous devez absolument faire du sport. » Évidemment, on sait aujourd'hui que le sport est un garant de santé, particulièrement en prévention de la ménopause, avant et pendant celle-ci. Mais le problème, c'est qu'on demande à des femmes d'une cinquantaine d'années qui souffrent d'incontinence urinaire à l'effort de pratiquer une activité physique. L'échec est souvent au rendez-vous puisqu'elles arrêtent toute activité en raison des fuites urinaires.
Le rôle de la rééducation du périnée est alors de permettre à la femme de s'adapter, d'adapter son comportement périnéal et son comportement sportif à ces nouvelles modifications. Il s'agit de lui apprendre à gérer tous les gestes moteurs, les gestes du quotidien et les gestes sportifs afin de prévenir les descentes d'organes et de corriger l'incontinence urinaire. Elle est donc véritablement indiquée en amont et pendant la ménopause.
Présentateur - 00:09:33
Une étude récente indique qu'une femme sur trois souffrant d'inconfort vaginal modéré à intense consulte une sage-femme ou un médecin. C'est extrêmement peu. Comment savoir si l'on a besoin de consulter ?
Sébastien Landry - 00:09:46
Oui, c'est vrai que c'est assez rare que les femmes consultent une sage-femme ou un médecin pour ces problèmes d'inconfort. Mais moi, en tant que sexologue, je les encourage fortement, parce que dans la prise en charge pour retrouver une sexualité épanouissante, sans douleur et sans inconfort, cela est indispensable. On ne peut pas associer quelque chose qui doit être positif à de la douleur.
J'encourage fortement mes patientes à consulter. Mais c'est vrai que d'elles-mêmes, c'est relativement rare qu'elles le fassent. Souvent, elles me disent : « J'ai fait cette rééducation périnéale après mon accouchement », mais depuis, elles n'ont pas revu de spécialiste. Et moi, je trouve que c'est extrêmement important.
Marie-Jo Falevitch - 00:10:35
Aujourd'hui, on a quand même le dépistage du cancer du col et le dépistage du cancer du sein, qui proposent une consultation à minima tous les trois ans. Une consultation gynécologique annuelle est même recommandée.
C'est rarement la femme qui va parler d'elle-même de ses troubles génito-urinaires, de ses fuites urinaires, ou pire encore, des incontinences anales, qui sont encore plus taboues, ainsi que de ses troubles sexuels. C'est rarement elle qui va en parler. C'est à nous, les professionnels de santé, de poser la question. Je pense d'ailleurs qu'elle est de plus en plus posée.
La problématique, comme on le voit dans les études concernant ces dépistages, c'est qu'on a une population de femmes très suivie et, à l'opposé, une population absolument pas suivie. La difficulté est là, pour cette population qui ne consulte pas. Je pense que nous avons vraiment une mission d'amélioration de cette prise en charge, déjà en matière de prévention.
Présentateur - 00:11:32
Est-ce qu'à contrario, il arrive qu'au moment de la ménopause les femmes aient une sexualité plus épanouissante ?
Sébastien Landry - 00:11:39
Oui, bien sûr. On a des femmes qui se sentent aussi libérées de ne plus avoir de cycle. Aujourd'hui, beaucoup de couples se séparent autour de 50 ou 60 ans, avec des femmes qui refont leur vie par la suite.
Ce n'est pas rare d'entendre une femme dire qu'elle n'a jamais été aussi épanouie sexuellement, même s'il peut parfois y avoir des inconforts, des douleurs ou d'autres questionnements autour de la sexualité. Cela arrive. Ce n'est pas rare non plus d'avoir une femme qui se sente bien dans son corps et qui ait une vie sociale épanouie.
Il faut englober beaucoup de choses autour de la sexualité pour qu'une femme, ou même un homme, soit épanoui. Ce n'est pas seulement la personne avec qui l'on est qui compte, c'est aussi l'environnement. Est-ce qu'on s'aime soi-même ? Quelle activité pratique-t-on ? A-t-on une vie sociale ? Tout cela joue fortement sur l'intimité et la sexualité.
Présentateur - 00:12:33
Plus globalement, quels conseils donneriez-vous aux femmes qui nous écoutent et à leurs proches, bien sûr ?
Sébastien Landry - 00:12:39
Moi, je pense que la communication est essentielle. Déjà, il est hyper important de prendre soin de soi, de s'écouter et d'aller chercher des informations lorsque l'on rencontre une difficulté. Il faut se dire qu'on n'est pas seul. Souvent, lorsqu'on rencontre une difficulté, on a l'impression d'être seul face à elle, alors que ce n'est pas le cas.
Je pense que c'est vraiment important de pouvoir ouvrir le sujet, que ce soit avec des professionnels de santé ou même avec des amis. Il faut parler de la sexualité, qui reste encore aujourd'hui un sujet tabou. Pourtant, cela fait partie de la vie.
Aujourd'hui, le concept de santé sexuelle prend de plus en plus de place dans la notion globale de santé. De notre côté, en tant que professionnels, nous commençons à nous y intéresser davantage. Il faut que les femmes puissent parfois se libérer de ce tabou et osent en parler. S'il y a des difficultés, il existe sûrement des solutions que l'on peut leur apporter.
Il faut qu'elles prennent soin d'elles et qu'elles apprennent à s'aimer. On voit parfois des personnes qui ont du mal à s'aimer parce que leur corps change avec les années. Pourtant, on peut se réapproprier son corps à n'importe quel moment de sa vie, à n'importe quel âge, et entretenir une relation plus bienveillante avec celui-ci.
Marie-Jo Falevitch - 00:13:54
En qualité de sage-femme, j'accueille tous les jours des patientes qui présentent davantage une souffrance dans leur vie sexuelle que l'inverse. Je dirais donc que la première chose, c'est d'oser en parler.
Et aux professionnels de santé : dépister, écouter, rassurer et accompagner sur le long terme. Ces consultations sont l'occasion de rechercher différents facteurs favorisants, qu'il s'agisse de dépression, de difficultés relationnelles, conjugales ou familiales, ou encore d'antécédents de violences.
Il faut aussi prendre en compte les différents contextes socioculturels ainsi que certains stéréotypes souvent dévalorisants. Plus une femme va se sentir belle et présente, je reviens encore à cette notion de présence, plus elle se sentira désirable et plus elle aura de désir.
Je pense également que nous avons un gros travail d'éducation à mener, et ce dès le plus jeune âge. Mais cette période de la vie est particulièrement propice à toutes ces transformations, étant donné que la sexualité est intimement liée au désir. Ce sont vraiment des questions à aborder en consultation.
Présentateur - 00:14:58
Voilà, AÉSIO Mutuelle est fière de vous offrir ce podcast parce qu'informer, c'est déjà soigner.
Et pour répondre à tous vos besoins en santé, nous sommes associés à Médecin Direct. Vous bénéficiez ainsi d'un service de consultation à distance 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.