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L’IVT : un symbole de la culture Sourde

Créé il y a 40 ans par un groupe de jeunes adultes sourds, l’IVT, pour International Visual Theatre, est bien plus qu’une scène de théâtre. C’est un lieu où l’on prend conscience de son identité sourde et où la culture Sourde se révèle : pièces de théâtre, cours de LSF, formations, lectures pour enfants, etc. Le berceau identitaire d’une génération de sourds signants.
International Visual Theatre

L’IVT est une institution. Un temple des “premières fois” pour les sourds. On y jouera les premières pièces en LSF, on y donnera les premiers cours de LSF à des entendants par un professeur sourd, ou les premières lectures de contes à des enfants sourds. C’est un lieu qui symbolise la culture Sourde et le combat pour l’identité des Sourds.

Être sourd, ou ne pas être…

Avant 1760, la perception du sourd – en tant que personne – a évolué très lentement. À partir de cette date (lorsque l’abbé de l’Epée formalisera une méthode d’expression et d’apprentissage visuelle, dite “signes méthodologiques”) la société a progressivement considéré les sourds en tant qu’individus. Et les sourds ont pu se construire une identité grâce à l’explosion de la langue des signes.
Puis, pendant 100 ans, l’interdit de la langue des signes en France suite au congrès de Milan en 1881, va briser cet essor. En place d’identité sourde, il ne restera que celle de l’oralisme.

Ce n’est qu’après mai 1968 que les Sourds ont pu enfin affirmer leur identité. En cette fin des années 60, on est dans un contexte d’émancipation de la femme et des corps, de droit des minorités et de l’expression en général… Les Sourds ont profité de ce courant de libération pour re-naître.

Petite histoire de la naissance de l’IVT

Alfredo Corrado, artiste sourd américain et Jean Grémion, metteur en scène et journaliste français, créent l' IVT (International Visual Theatre) en 1976 à Vincennes. Ce nom très anglais, qui lui sera souvent reproché, a d’ailleurs été conservé car il est marqué par 3 figures fortes anglo-américaines : Corrado, co-fondateur de l’IVT ; Bill Moody, interprète anglais/langue des signes et fondateur du Théâtre des sourds de Chicago et Ralph Robbins, comédien et initiateur des contes pour enfants.

En 1977, Michel Guy, le ministre de la Culture de l’époque, loge officiellement l’IVT au Château de Vincennes. Mais l’édifice tombe en ruine. Les bénévoles Sourds de l’IVT se retroussent les manches, et remettent en état la Tour du Village pour y aménager une salle de théâtre.
On est en plein “Réveil sourd” et l’IVT y participe, notamment grâce au théâtre en langue des signes. C’est une vraie prise de conscience pour les sourds. Mais aussi un réveil militant. En 1986, par exemple, ils organisent des manifestations pour demander la reconnaissance de la langue des signes et la création d’instituts bilingues. C’est à ce moment que sera créée l’association 2LPE (Deux Langues Pour une Éducation).

Une scène d’expression pour la culture sourde

L’IVT a aidé la communauté sourde à s’affirmer à travers des pièces qui ont eu un très fort impact dans la communauté sourde et au-delà dans les milieux intellectuels français. 

Isabelle Guyon explique, dans Théâtre et langue des signes : le théâtre des sourds :

La langue des signes est, selon nous, l’un des aspects fondamentaux qui font la spécificité du théâtre des sourds. Car c’est une langue gestuelle, et le théâtre est un art où le geste, où le corps, avec ou sans paroles, joue un rôle prépondérant ”

Isabelle GUYON Metteuse en scène

Pour y arriver, l’IVT a mené beaucoup de recherches pour reconstruire une identité sourde autour de la langue des signes. Cet extrait de la pièce Héritages, de l’IVT, met bien en scène la complexité de ce combat
 

Les premières pièces : des combats pour construire une identité sourde

Les premières pièces de théâtre de l’IVT ont été jouées en LSF. Elles ont cherché à “refaire” le congrès de Milan, un peu comme un exorcisme. Pour que les sourds français se réapproprient la langue des signes et leur identité sourde. (“Monde” à l’envers), joué en 1978, est un voyage à travers la mémoire sourde.
Pour les comédiens de l’IVT qui ont vécu de l’intérieur ces transformations entre 1975 et 1985, cette renaissance est un vrai bouleversement. En redonnant vie à la langue des signes, l’IVT offre une deuxième naissance à l’identité sourde.

C’est en cela que ce lieu a été aussi important pour les sourds signants : ils y ont retrouvé leur vraie identité. Mais surtout, ils y ont trouvé une scène pour la montrer à tous (entendants et sourds oralistes). Et pour en être fiers.

Ce travail et ces expérimentations artistiques dépassent d’ailleurs le cadre de l’IVT et ont influencé le monde du théâtre. Certains grands metteurs en scène entendants, intéressés par la richesse de la gestuelle sourde, enrichiront leur travail de création grâce à la LSF, comme dans Le Petit bal perdu en 1995.

Aujourd’hui, avec le contexte sanitaire, ce lieu culturel est fermé. Espérons qu’il puisse rapidement rouvrir ses portes et ainsi de nouveau faire rayonner la culture sourde.

Rédigé par : Marie-Charlotte BIXQUERT