Transcription du podcast : Vivre avec un trouble bipolaire : témoignages de Dalia et Marine

Dans cet épisode de « Vivre avec un trouble bipolaire : témoignages de Dalia et Marine » 5eme épisode de la série "Maladies chroniques au féminin".

Épisode 5 - Vivre avec un trouble bipolaire : témoignages de Dalia et Marine

Présentateur - 00:00:00

La bipolarité, mais plus largement le handicap psychique. C'est vrai que ce sont des maladies taboues, notamment parce qu'elles touchent à toute l'histoire de la folie et qu'on demeure encore pour certains des fous quand on a ce type de maladie.

Présentateur - 00:00:17

Maladies chroniques au féminin, en parler sans tabou.

Le podcast qui libère la parole des femmes et éclaire la face cachée des maladies chroniques.

AÉSIO Mutuelle a voulu recueillir le témoignage de ces femmes courageuses, trop souvent murées dans le silence par crainte de gêner, de paraître faibles ou d'inquiéter leur entourage.

Aujourd'hui, elles nous disent tout : leur quotidien, leur intimité, leur combat, sans tabou.

Dans cet épisode, nous allons entendre Dahlia et Marine, deux femmes qui ont dû apprendre à vivre avec la bipolarité.

Dahlia, 32 ans, a trouvé un nom à ses souffrances il y a deux ans, après dix longues années d'errance médicale.

Marine, 43 ans, mère de famille, a elle aussi traversé un véritable parcours du combattant avant d'être diagnostiquée en 2011.

Elles nous racontent comment la bipolarité a bouleversé leur vie.

C'est Marine qui commence.

Marine - 00:01:21

Quand j'avais 11 ans, c'était ma première dépression, mes premières envies de mourir pour des histoires d'amour de collège. Pour moi, ça a vraiment commencé à ce moment-là où je me suis rendu compte que j'avais cette prédisposition à avoir des idées suicidaires plus rapidement que certainement les autres et beaucoup plus tôt aussi.

En même temps, j'avais un sentiment de décalage par rapport aux autres, qui s'expliquera par la suite avec un diagnostic d'autisme il y a un an.

Donc voilà, j'avais vraiment un trouble psychique qui m'a fait beaucoup de mal à partir de 11 ans. C'était ma première dépression.

Pour mon entourage, ça a été plus quand j'ai commencé à parler d'un projet de ferme pédagogique. Pour eux, ça a vraiment été le début d'une certaine cyclicité, parce que très régulièrement je parlais de cette ferme pédagogique dont j'avais perdument envie. Je me souviens très bien de mon entourage me dire : « Ça y est, tu recommences dans tes projets qui n'ont aucun sens. »

Pour moi, ça en avait, pour eux ça n'en avait pas, et je pense que c'est à partir de ce moment-là qu'on a commencé à voir qu'il y avait vraiment une cyclicité : dépression, hypomanie.

J'ai d'abord été diagnostiquée dépressive. On était donc davantage sur un versant dépressif avec des antidépresseurs.

Puis c'est vraiment moi qui me suis rendu compte qu'au-delà des dépressions, j'avais aussi des moments de mieux et même de trop mieux. En travaillant dans une association, puisque j'ai beaucoup travaillé dans le domaine de la bipolarité, on m'a gentiment dit que j'avais quand même des symptômes qui ressemblaient beaucoup à cette maladie et qu'il serait peut-être bien de les faire évaluer.

Effectivement, c'est ce que j'ai fait. On a évalué mon tempérament, ma personnalité, etc. Et il s'est avéré que j'avais une bipolarité. J'avais alors 30 ans.

Quand le diagnostic a été posé, ça a surtout été une confirmation, un soulagement, pas du tout une surprise.

Pour mes parents, ça a été la suite logique de toutes les démarches que j'avais pu faire et dont je leur avais parlé.

Ça a été un soulagement de savoir ce qu'il en était, de savoir que j'allais pouvoir être correctement accompagnée, que j'allais pouvoir avoir un traitement adapté.

Mais c'est vrai qu'après quelques mois, quelques années, on voit quand même davantage le diagnostic comme un fardeau.

Au quotidien, c'est vraiment quelque chose de très lourd à vivre. Les changements d'humeur sont fatigants.

Au-delà des changements d'humeur, on peut avoir ce qu'on appelle des superpositions d'humeur, les états mixtes. On peut être très bien tout en étant mal à la fois. C'est quelque chose de très particulier et une version de la bipolarité à laquelle il faut faire très attention parce que les passages à l'acte sont très réguliers pendant ces périodes.

C'est donc une maladie dont les symptômes ont de terribles répercussions sur le quotidien et qu'il faut essayer de contrer le plus possible grâce à un suivi, un traitement et tout ce qui peut permettre de conserver le plus de stabilité possible.

Dahlia - 00:04:36

Alors moi, mes premiers souvenirs en lien avec la maladie mentale remontent à peu près à mes 14 ans avec, comme l'a dit Marine, un sentiment de décalage également. Un sentiment de décalage avec les autres dans mes attitudes, dans mes comportements, dans mes rapports aux autres, qui a fait naître de la souffrance en moi petit à petit et, en effet, des pensées noires récurrentes qui pouvaient me faire souffrir.

Ça a démarré comme ça quand j'étais au collège. Puis au lycée, on a basculé sur un trouble anxieux qui n'a été diagnostiqué que plus tard. Ensuite, à la fac, une dépression a été diagnostiquée. Puis quelques années après, une dépression profonde pour laquelle on m'a donné des antidépresseurs.

Là, j'ai fait un virage de l'humeur et malgré ce virage, ce n'est que cinq ans plus tard, pour mes 30 ans, que j'ai reçu mon diagnostic de bipolarité.

J'ai d'abord suspecté ce diagnostic chez moi quand j'avais environ 25 ans. J'ai fini par comprendre que je recevais un traitement, un antipsychotique pour être plus exacte, et que c'était nécessairement en lien avec une pathologie autre que la dépression qu'on me diagnostiquait à l'époque.

Pour autant, je n'avais aucun autre diagnostic.

Quand j'ai fouillé Internet à la recherche d'informations pour mieux comprendre ce qu'on essayait de soigner chez moi, j'ai été prise d'horreur lorsque je suis tombée sur les chiffres disponibles concernant les taux de mortalité ou les impacts que cela peut avoir dans la vie quotidienne.

Ces chiffres terribles m'ont vraiment effrayée car, à ce moment-là, j'étais complètement seule face à ça. Il n'y avait personne pour m'accompagner.

En revanche, quand cinq ans après j'ai enfin reçu le diagnostic, là, ça a été un immense soulagement. J'ai compris que, pendant tout ce temps, je n'étais pas folle, que je m'inscrivais dans un groupe de personnes qui partageaient les mêmes difficultés que moi.

J'ai beaucoup pleuré ce jour-là parce que la personne en face de moi m'a vraiment fait comprendre que je vivais des choses assez exceptionnelles et qu'il y avait de quoi être fière de tous les efforts que j'avais mis en place pour m'en sortir jusqu'ici.

Après ça, et je pense comme Marine aussi, ça a provoqué un déclic. J'ai décidé de me mettre sur Instagram pour faire de la sensibilisation parce que je ne voulais plus jamais avoir honte de ce que je vivais et parce que je voulais aider les autres à ne pas attendre aussi longtemps que moi avant d'avoir des réponses.

Je pense que la bipolarité est encore une maladie taboue pour beaucoup de gens qui n'ont pas été amenés à comprendre ou à être sensibilisés à la maladie mentale.

Marine - 00:07:36

Alors je rejoins complètement Dahlia par rapport à cette analyse-là. La bipolarité, mais plus largement le handicap psychique, que ce soit la schizophrénie ou d'autres maladies, ce sont encore aujourd'hui des maladies taboues. Elles touchent à toute l'histoire de la folie et, pour certaines personnes, quand on a ce type de maladie, on demeure encore « fou ».

Parfois même, on pense qu'on n'est pas capable de faire certaines choses. On n'est pas capable de travailler, pas capable d'élever des enfants, pas capable de faire tout ce que le commun des mortels fait. Alors qu'en réalité, bien évidemment, on est tout à fait capables de faire les mêmes choses que tout le monde.

La seule réalité, c'est que lorsqu'on arrête un traitement sans accompagnement, on peut effectivement entrer dans une phase maniaque. Mais une personne bipolaire restera toujours plus dangereuse pour elle-même que pour son entourage.

Quand on est bipolaire, on peut aussi avoir des comorbidités, très souvent des troubles du comportement alimentaire. On se retrouve alors avec un rapport au corps qui peut devenir très compliqué, notamment lorsque l'alimentation et le rythme alimentaire changent pendant les phases de dépression ou d'hypomanie.

Dans une dépression, on peut soit ne rien manger, soit beaucoup manger. C'est très variable selon les personnes. Il y a aussi la question des traitements qui peuvent entraîner une prise de poids. Le rapport au corps s'en trouve davantage affecté et on peut développer une image corporelle très difficile.

Dahlia - 00:09:17

L'impact de la bipolarité sur mon corps, je l'ai vécu à plusieurs niveaux. Par exemple avec mon poids. Ma dépression sévère m'avait fait perdre dix kilos. Le médicament m'en a fait prendre vingt. J'en ai reperdu dix, puis j'en ai repris dix. Cela a beaucoup fluctué pendant un temps avec un traitement qui, je pense, n'était pas adapté pour moi.

Il faut essayer de faire preuve de bienveillance envers soi-même car, oui, c'est une maladie mentale, mais c'est surtout une maladie du corps qui impacte celui-ci sous de nombreux aspects.

C'est quelque chose qui peut être stabilisé, il ne faut jamais perdre espoir. Et s'il y a parfois des fluctuations, il ne faut pas se juger. C'est le corps qui essaie de guérir. C'est nous-mêmes qui essayons de nous battre pour aller mieux.

Je pense que cela m'a aidée à être plus indulgente envers moi-même.

Marine - 00:10:16

Le rapport aux autres avec la bipolarité est quelque chose de très particulier. Au départ, on construit souvent ses relations sociales en masquant les symptômes parce qu'on ne veut pas être différent.

On masque les changements d'humeur, la tristesse, les angoisses. On sourit et on cherche à s'intégrer dans un groupe, dans la société, afin d'avoir une place au-delà de cette maladie qui nous accompagne en permanence.

Le problème, c'est qu'on masque autant qu'on peut, mais arrive un moment dans la vie où l'on s'essouffle. On s'essouffle de ne pas être soi-même. On a envie d'être aimé tel que l'on est, avec ses particularités.

Ce qui est compliqué, c'est qu'au moment où l'on finit par dire que l'on a une maladie psychique ou des difficultés, certaines personnes ne nous croient pas parce que cela ne se voit pas. Elles peuvent ne pas comprendre parce que c'est encore un sujet tabou auquel elles n'ont jamais été sensibilisées. Elles peuvent également nous rejeter.

La grande problématique des maladies psychiques, c'est que sous l'effet du tabou et de la honte, le cercle social finit souvent par être très restreint. On n'accepte plus de ne pas être considéré tel qu'on est et, de leur côté, certaines personnes ne souhaitent plus maintenir ou construire une relation.

Il y a aussi parfois la peur de l'inconnu. « Je ne sais pas quelle est ta maladie. Je ne sais pas ce que tu pourrais me faire. Je ne sais pas si tu représentes un danger pour moi ou pour mes enfants. »

Je pense que cela se fait souvent de manière invisible et progressive. Les gens ne vont pas te dire qu'ils ne veulent plus de toi dans leur vie parce que tu es bipolaire. Mais ils vont prendre leurs distances. Et toi, tu sais très bien pourquoi. Et tu sais aussi que ce ne sera probablement pas la dernière fois.

Aujourd'hui, dans mon entourage amical, il me reste moins d'une main d'amis. Cela a été douloureux pendant un temps de voir les autres avec une aisance sociale, sortir, avoir beaucoup d'amis.

Pourtant, moi aussi je suis beaucoup sortie quand j'étais plus jeune. Mais mes vraies relations proches ont toujours été très peu nombreuses. Aujourd'hui, elles sont presque inexistantes.

Je suis séparée du père de mon fils et j'ai aujourd'hui un nouveau conjoint qui a deux enfants. Cette famille me comble d'une certaine façon. Avec ma mère et mes sœurs, c'est ce qui me permet de tenir debout.

J'ai aussi Instagram, où j'ai une communauté composée majoritairement de personnes bipolaires, puisque c'est le thème principal de mon compte. J'y trouve un soutien énorme, à la fois affectif mais aussi créatif.

Comme je ne travaille pas, cela représente une véritable soupape de création, presque une activité professionnelle.

Je n'aurais jamais imaginé tenir ce discours il y a deux ans, lorsque j'ai créé mon compte. Aujourd'hui, je dirais que j'ai plus d'amis sur Instagram que dans la vie réelle. Et finalement, je les considère de la même manière.

Dahlia - 00:14:19

Le rapport aux autres, à la bipolarité et à moi-même a d'abord été difficile. Comme Marine, je faisais une forme de masking pour m'intégrer à tout prix et me fondre dans la masse.

Puis j'ai fini par exploser parce qu'il n'est pas possible de tenir ainsi indéfiniment.

Depuis que j'ai mon diagnostic, les amis que j'ai sont de véritables amis. Pourquoi ? Parce que je les choisis pour leurs valeurs. Et parmi ces valeurs, le fait que je sois bipolaire n'a aucune importance.

Au contraire, c'est une forme de diversité. C'est aussi un combat. Je reçois plutôt du soutien et parfois même de l'admiration.

Et puis Instagram a joué un rôle énorme. Quand je traverse des épreuves, c'est un soutien formidable.

Finalement, la bipolarité m'a aidée à trouver les miens, des personnes qui me ressemblent. Accepter les autres tels qu'ils sont fait partie de mes valeurs. Je n'ai donc plus peur d'être rejetée pour ma bipolarité, car si quelqu'un me rejette pour cela, c'est simplement une personne dont je ne veux pas dans ma vie.

Marine - 00:15:35

Depuis que je suis avec mon nouveau conjoint, c'est vrai que je retrouve quand même certaines difficultés dans la construction du couple. Il peut y avoir beaucoup de quiproquos, mais j'ai quand même la chance qu'il ait accepté de se sensibiliser à la bipolarité.

Je m'étais acheté le livre Goupil ou Face de Lulubi, qui est vraiment un livre support autour de la bipolarité pour communiquer ses caractéristiques à notre entourage. Il l'a lu et cela lui a permis de mieux comprendre ce que je pouvais traverser.

Mais il n'empêche que vivre la bipolarité au quotidien ou la découvrir dans un livre, c'est très différent. Me voir, par exemple, parfois dormir alors qu'il est très actif dans son quotidien, ça a créé un vrai décalage. Cela me fait énormément culpabiliser parce que j'ai parfois l'impression de ne pas être à la hauteur du quotidien, ni de ce qu'il pourrait attendre de sa compagne.

J'ai besoin de beaucoup dormir. Il peut aussi m'arriver d'entrer dans une irritabilité assez forte. Je peux faire des crises, elles sont rares mais elles existent. Les crises de colère, j'ai pu en faire avec lui, environ une par an.

C'est très impressionnant parce qu'on peut casser des objets, jeter des ordinateurs, des assiettes, se mettre extrêmement en colère. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que cela n'a rien à voir avec la personne que l'on aime. C'est toute la détresse et tout le côté insupportable du décalage avec la société qui remonte et s'exprime à travers ces gestes agressifs.

C'est vrai que la bipolarité met parfois le couple à rude épreuve. Et si l'autre n'est pas sensibilisé, réceptif ou tolérant, je peine à croire que cela puisse fonctionner et que la personne bipolaire puisse réellement être épanouie.

Dahlia - 00:17:48

Moi, j'ai quasiment toujours été en couple. Ma bipolarité, je ne l'ai découverte qu'après. Cela signifie que tous les hommes qui se sont mis en couple avec moi étaient avec une personne bipolaire sans le savoir, et moi-même je l'ignorais.

J'avais quand même conscience qu'il y avait des difficultés parce qu'il peut y avoir de grosses colères, de fortes angoisses, des moments de joie ou de tristesse très intenses qui font que la vie n'est jamais ennuyeuse.

Je pense qu'on ne s'ennuie pas avec quelqu'un qui a un trouble bipolaire, c'est impossible. Mais parfois, cela peut être usant lorsqu'il y a de l'incompréhension entre les deux personnes, parce que la bipolarité est une maladie avec ses propres codes, que l'on n'apprend pas dans la vie de tous les jours.

J'ai pu constater que tous les hommes avec qui j'ai été ont fait preuve d'une patience incroyable. Ils ont essayé de mieux me comprendre, de m'accepter comme j'étais, de m'aider et de faire ce qui leur semblait être le mieux pour moi. Ce n'était pas toujours la bonne solution, mais l'intention était toujours là.

Cela m'a donné une belle image des êtres humains en général.

Être en couple lorsqu'on a un trouble bipolaire, c'est possible. Toutefois, il y a une chose vraiment importante : se prendre en charge, toujours chercher des solutions et ne jamais baisser les bras.

Bien sûr, on peut avoir de gros coups de mou. Mais il faut continuer à chercher des solutions. Quand on est dans une démarche constante d'amélioration, la personne qui est à nos côtés voit bien nos efforts pour aller mieux. Elle nous accompagne et nous suit.

Dans ce cas-là, je pense que cela peut très bien fonctionner parce qu'on a aussi beaucoup de choses à apporter à l'autre. On peut beaucoup faire rire, apporter un certain décalage parfois très enrichissant. En revanche, cela peut devenir plus lourd lorsque la bipolarité n'est pas stabilisée.

Marine - 00:19:45

La bipolarité a une incidence sur la sexualité.

Tout à l'heure, nous parlions de l'incidence sur le corps et sur l'image que l'on en a. Effectivement, lorsqu'on est en dépression, on peut avoir une baisse de libido parce qu'on est fatigué, qu'on ne va pas bien et qu'on n'a tout simplement pas envie.

En revanche, lorsqu'on entre en hypomanie ou en manie, on se rend compte que la libido augmente également. On peut avoir envie de faire l'amour tous les jours, voire plusieurs fois par jour.

On peut même avoir un conjoint qui nous dit à un moment : « Non, je suis fatigué, moi aussi j'ai le droit de dire non. »

Et c'est vrai qu'à ce moment-là, on ressent une frustration terrible. On se dit : « Comment ça, un homme dit non ? » Alors qu'en réalité, bien sûr que oui. Il n'y a aucune raison qu'il y ait une différence entre les hommes et les femmes à ce niveau-là.

C'est simplement que, sous l'effet de l'hypomanie, notre libido augmente fortement.

Il faut aussi faire attention au fait qu'on peut rapidement se mettre en danger. On peut sortir, être très sexualisé et avoir une libido qui nous pousse à rentrer avec différents hommes, à multiplier les relations sexuelles bien plus qu'à l'habitude.

C'est probablement là qu'il peut y avoir un danger : dans la protection, les infections sexuellement transmissibles, mais aussi dans les rencontres que l'on fait et qui peuvent parfois devenir dangereuses pour notre intégrité.

Dahlia - 00:21:27

De mon côté, la bipolarité, ainsi que certaines comorbidités, ont toujours créé un décalage entre ma sexualité et celle des hommes avec qui j'étais.

Cela pouvait créer des conflits dans le couple parce que, systématiquement, je n'étais plus en demande. Face à cela, certaines personnes peuvent mal réagir. Il peut y avoir du mépris, du rejet ou simplement de l'acceptation. Tout dépend de la personne sur laquelle on tombe.

À côté de cela, certains traitements peuvent faire disparaître totalement la libido. Lors d'un épisode dépressif profond, ou même parfois en phase haute, on reçoit des médicaments qui viennent nous porter ou nous sédater un peu afin de nous aider à sortir de cet état.

À ce moment-là, il peut y avoir une période de plusieurs mois durant laquelle la libido est endormie.

Mais globalement, je ressens la libido comme quelque chose de très vivant chez moi. Je trouve qu'elle est en lien avec ma manière d'agir avec les autres.

Quand j'ai de la libido, je suis très avenante, j'ai beaucoup d'énergie. Cela va bien au-delà de la sexualité. J'ai envie de me montrer, de me faire belle, de me partager. Pas forcément pour séduire quelqu'un, parfois simplement pour me séduire moi-même. C'est un moment où je me célèbre.

À l'inverse, pendant les périodes où je n'ai plus de libido, je peux sortir en claquettes-chaussettes sans aucun problème.

En phase haute, on peut aussi avoir envie de rencontrer énormément de monde. Les rencontres peuvent s'enchaîner très vite. On peut négliger la protection parce qu'on est emporté par l'instant présent, avec cette envie de profiter sans réfléchir.

Il faut toujours rester vigilant à cela. Oui, il m'est arrivé quelques mésaventures et je sais que je ne suis pas la seule.

Marine - 00:23:30

Alors ce qui est assez étonnant, c'est qu'avec mon conjoint actuel, c'est quelqu'un de profondément gentil, mais qui a un regard sur la maladie assez dur. On passe beaucoup par l'humour. Des fois, il va me dire que je suis une « pinpin ». Toute la syntaxe autour de la bipolarité et de la maladie peut passer dans nos échanges, mais cela nous permet aussi de dédramatiser la situation.

Même si ce ne sont pas forcément des mots avec lesquels on devrait jouer pour faire de l'humour, dans un couple, cela fait énormément de bien et cela allège le quotidien.

Comme j'ai des enfants, j'en ai trois à la maison, cela nous fait souvent rire. Les enfants savent que j'ai une particularité qui fait que j'ai parfois des changements d'humeur et beaucoup de fatigue. Eux-mêmes utilisent parfois ce vocabulaire autour du handicap pour venir à ma rencontre sur ce terrain-là. C'est quelque chose que nous avons complètement normalisé à la maison.

Dahlia - 00:24:42

Le rapport à ma famille a été compliqué au début de ma vie, notamment parce que je n'étais pas diagnostiquée. Sachant qu'il existe de nombreuses comorbidités à la bipolarité, comme le TDAH, le TSA ou certains troubles de la personnalité, cela peut entraîner des comportements atypiques que les parents ne comprennent pas toujours.

Cela peut également provoquer des souffrances qui ne sont pas mesurées à leur juste valeur. On pense alors qu'il s'agit simplement de difficultés normales liées à l'adolescence.

Je pense que mes parents ont longtemps eu certains a priori sur moi. Ils pouvaient croire que j'étais capricieuse ou que je me laissais aller, tout en reconnaissant par ailleurs certaines de mes qualités.

Quand le diagnostic de bipolarité est enfin arrivé, je l'ai vécu comme un soulagement. Je me suis dit qu'ils allaient enfin comprendre pourquoi j'agissais de cette manière et pourquoi c'était si difficile pour moi.

Mais non. Il y a eu du déni.

Dans un premier temps, ils ont refusé le diagnostic. Il a fallu du temps pour qu'ils l'acceptent. Encore aujourd'hui, deux ans après, lorsqu'ils me voient rencontrer des difficultés malgré tous mes efforts, ils commencent réellement à comprendre que ce diagnostic était fondé. Le fait que je prenne un traitement quotidiennement les aide également à réaliser la réalité de la maladie.

Aujourd'hui, ce sont de véritables soutiens pour moi, même si la communication n'est pas toujours simple sur ce sujet. Je continue toutefois à rester ouverte et patiente lorsqu'ils sont à l'écoute, afin de leur expliquer tout ce que je peux.

Notre relation familiale s'est énormément améliorée et c'est quelque chose dont je suis très heureuse.

J'ai longtemps été persuadée que j'aurais des enfants. Très jeune, j'imaginais déjà ma vie toute tracée, mariée à 19 ans, avec un premier enfant à 23 ans. C'était extrêmement clair dans mon esprit.

Mais cela ne s'est pas du tout passé comme ça et finalement, tant mieux.

Aujourd'hui, je ne me sens pas en capacité, ni mentalement ni physiquement, de m'occuper d'un autre être humain. Je sais que cela pourrait être dangereux pour moi. Alors, pour l'instant, je me suis fermée à cette idée. J'ai 32 ans, donc on ne sait jamais ce que la vie réserve, mais à ce jour, ce n'est pas un projet que j'envisage.

Marine - 00:27:03

La bipolarité dans le contexte professionnel est également quelque chose de très particulier.

J'avais besoin de m'exprimer dans beaucoup de domaines. J'avais un travail de téléconseillère et, en parallèle, je poursuivais mes études.

Quand je suis entrée dans le monde du travail, j'étais remplie d'un enthousiasme débordant. J'étais ravie de pouvoir concrétiser tout ce que j'avais appris.

Dans tous les emplois que j'ai occupés, j'ai toujours été très souriante. Je n'étais pas forcément sûre de moi, mais je savais que j'étais à ma place et que je serais une bonne professionnelle.

L'hypomanie m'aidait probablement en me donnant davantage confiance en moi que la moyenne. Je travaillais aussi beaucoup plus rapidement. L'hypomanie, lorsqu'elle reste modérée, permet parfois de maintenir une activité professionnelle normale.

J'avais une manière de travailler très rapide et très synthétique qui pouvait parfois susciter des jalousies de la part de collègues, de supérieurs ou de pairs.

Cela m'a énormément coûté. J'ai vécu beaucoup de harcèlement moral.

Dans pratiquement toutes les entreprises où je suis passée, j'ai subi soit du rejet, soit du harcèlement, jusqu'à être licenciée. Malheureusement, on finit souvent par exclure le « vilain petit canard » plutôt que les personnes qui harcèlent.

À chaque fois, il faut recommencer, chercher un nouvel emploi et constater que les mêmes schémas se reproduisent.

Puis il y a eu ce dernier licenciement, il y a deux ans. Là, cela a été la goutte d'eau. Je me suis dit qu'il était temps de révéler ma bipolarité à mon entourage professionnel et d'accepter que je n'étais peut-être plus capable d'exercer le métier que je faisais auparavant.

Dahlia - 00:29:17

Très clairement, je pense que ma bipolarité et mes autres troubles psychiques se lisent facilement dans mon parcours scolaire, universitaire puis professionnel.

Quand j'étais petite, j'étais très atypique. J'avais les meilleurs résultats, je participais énormément en classe. Puis, lorsque la préadolescence et l'adolescence sont arrivées, tout a changé.

J'ai commencé à vivre du rejet. J'ai commencé à faire semblant pour me conformer aux attentes. Puis je me suis épuisée à faire semblant, à porter des poids dont je ne comprenais même pas l'origine.

J'ai développé de l'absentéisme et je me suis progressivement désinvestie de ma scolarité.

À l'université également, j'étais déconnectée. Je n'arrivais pas à entrer dans ce système.

Avec le recul, je me dis que si les enseignants étaient davantage formés à ces problématiques, ils pourraient mieux accompagner les élèves qui changent brutalement de comportement ou qui semblent soudainement perdus.

Je pense qu'il est toujours intéressant d'aller chercher ce qui se cache derrière ces comportements. On ne devient pas absent sans raison. Derrière l'absentéisme, il y a souvent de la souffrance.

J'aurais aimé que cela soit perçu comme un appel à l'aide.

Je suis entrée très tôt dans le monde professionnel parce que j'avais besoin d'action. Il m'était très difficile de rester assise à écouter pendant des heures.

Avec le temps, j'ai gagné en maturité et je suis devenue quelqu'un de très sérieux.

Mon parcours est cependant extrêmement varié. Comme la bipolarité est cyclique et que je ne savais pas que j'étais bipolaire, chaque épisode dépressif me faisait croire que mon travail ne me convenait plus. Je changeais donc régulièrement de métier.

J'ai ainsi exploré de nombreuses voies professionnelles, toujours dans le salariat.

Puis un jour, j'ai réalisé que cela devenait beaucoup trop difficile. À force de fatigue, de camouflage et d'absence de diagnostic, mon corps s'est épuisé.

J'ai alors décidé de me réinventer et de créer ma propre entreprise.

Mon ambition n'était pas d'abord financière. Mon objectif était surtout de me trouver et d'être heureuse dans mon travail.

Aujourd'hui, cela me permet de travailler à mon rythme, de respecter mes temps de repos et d'adapter mes activités à mon état du moment. Certains jours, je peux être dans l'action. D'autres dans la relation client. D'autres encore dans l'analyse.

Le fait d'avoir créé une activité sur mesure a profondément changé ma vie.

Je réfléchis également à solliciter l'AAH afin de disposer d'un filet de sécurité lorsque je ne suis pas capable de travailler. Cela me permettrait d'être plus sereine et surtout de respecter davantage mes limites sans me pousser constamment au-delà de ce que je peux supporter.

Quand je me sens vraiment au fond du trou, ce qui me fait du bien, c'est d'extérioriser. J'écris mes émotions, mes symptômes, souvent sous forme de poèmes, de textes ou de contenus informatifs que je publie sur Instagram.

Cela me permet de sortir tout cela de moi-même. Et puis la communauté me soutient, se reconnaît dans ce que je partage.

Une autre chose qui m'aide énormément, c'est de faire des câlins à mes chats. Cela me procure un bien fou.

Marine - 00:33:31

Moi, quand je vais mal, j'ai plutôt tendance à m'isoler et à regarder une série Netflix dans mon lit.

Mon lit est devenu mon lieu sûr. J'y passe beaucoup de temps.

Pendant longtemps, je l'ai pourtant détesté parce que c'était le lieu où je vivais mes crises d'angoisse la nuit. Mais depuis cette époque, il y a maintenant vingt ans, il est devenu un espace extrêmement important pour moi.

J'y fais mon administratif, je joue avec mon fils, je regarde des séries, je crée mes contenus. J'y passe énormément de temps.

J'aime cette sensation de chaleur, de cocon. Cela me fait beaucoup de bien.

Ce qui me fait du bien aussi, c'est lorsque mon compagnon me prend dans ses bras. C'est très important pour moi.

Être avec mon petit garçon m'aide également énormément. Il vient parfois s'installer à côté de moi dans le lit pour jouer ou regarder quelque chose.

C'est une manière que nous avons trouvée de partager des moments malgré la maladie.

Même si, au fond, rien ne parvient jamais totalement à vous sortir d'une dépression sévère.

Quand on traverse ce genre de descente aux enfers, où l'on lutte constamment contre les idées suicidaires alors même qu'on ne veut pas passer à l'acte, il n'existe pas grand-chose à l'extérieur capable de vous faire remonter la pente.

Je pense qu'au final, il n'y a que le temps et soi-même qui permettent d'avancer. Contre la maladie, on est souvent seuls face à soi-même.

Présentateur - 00:35:31

Un grand merci à Dahlia et Marine pour ces partages d'une grande valeur sur les troubles bipolaires.

Cette maladie touche entre 1 et 2,5 % de la population française. Afin de mieux la comprendre et d'améliorer l'accompagnement des patientes, nous avons sollicité l'avis de Marlène Maumet, psychologue clinicienne à la Mutualité Française de la Loire.

Comment réagissez-vous à l'écoute de ces témoignages ?

Marlène Maumet - 00:35:57

J'ai trouvé que c'étaient deux femmes très courageuses, avec un fort désir de transmission. Une volonté aussi, pour reprendre les termes de l'une d'entre elles, de ne plus avoir honte, de sensibiliser, d'aider, voire de former. On pourrait presque parler d'une démarche d'éducation thérapeutique visant à changer le regard des autres et de la société sur la maladie mentale.

Et puis, finalement, qui est mieux placé que les personnes concernées elles-mêmes pour en parler ?

J'ai trouvé que ces deux femmes avaient développé une expertise très fine de leur pathologie. On pourrait presque les qualifier de spécialistes des troubles bipolaires tant leurs connaissances sur la maladie et leurs propres symptômes sont précises.

J'imagine que cette compréhension est sans doute une des clés pour parvenir à vivre avec la maladie et à reprendre une certaine forme de contrôle sur elle.

On voit bien qu'elles ont des parcours de vie différents, mais aussi de nombreuses similitudes dans les symptômes décrits : les phases dépressives, les phases maniaques, le début de la maladie.

On part ainsi d'une expérience individuelle pour transmettre un message plus universel, susceptible d'être compris par tous.

J'ai également été frappée par le caractère tardif du diagnostic pour ces deux femmes, toutes deux diagnostiquées à l'âge de 30 ans. Cela montre que le diagnostic reste encore difficile à établir.

C'est une pathologie complexe à détecter en raison de ses phases très fluctuantes, souvent repérées à travers le prisme de la dépression. Elle peut aussi être confondue avec certaines manifestations de l'adolescence, période marquée par des émotions intenses et de profonds bouleversements identitaires.

Je pense également que cela témoigne d'une crainte globale de la société vis-à-vis des troubles psychiques, d'une méconnaissance persistante et d'un tabou encore bien présent. Comme l'a très justement dit l'une des deux femmes, il existe une peur des « fous », mais probablement aussi une peur de devenir fou soi-même.

Présentateur - 00:38:09

Est-ce que ces témoignages sont similaires ou plutôt différents de ceux que vous avez l'habitude d'entendre en entretien ?

Marlène Maumet - 00:38:15

En tant que psychologue clinicienne travaillant dans un foyer d'accueil médicalisé, les personnes que j'accompagne ne sont pas toujours en capacité de verbaliser, de symboliser ou de mettre des mots sur leurs symptômes, leurs souffrances, leur histoire ou même leurs troubles.

Il faut savoir que les troubles bipolaires peuvent être associés à d'autres pathologies. On l'a bien entendu dans l'un des témoignages, notamment celui de Marine, qui présente également un trouble du spectre de l'autisme.

Dans ma pratique, je rencontre souvent des personnes souffrant de troubles bipolaires associés à une déficience intellectuelle, ce qui peut compliquer la communication et la prise en charge.

Cependant, je retrouve tout à fait le tableau clinique propre aux troubles bipolaires, aussi bien dans ma pratique quotidienne que dans les témoignages de Dahlia et Marine.

On observe généralement une forme de dysharmonie évolutive durant l'enfance et l'adolescence qui s'oriente progressivement vers un versant bipolaire au début de l'âge adulte.

Je confirme également que les troubles bipolaires étaient autrefois appelés psychoses maniaco-dépressives. Ce terme est encore parfois utilisé aujourd'hui.

En résumé, les troubles bipolaires peuvent être définis comme des maladies de l'humeur. Ils se caractérisent par l'alternance de phases productives, d'hyperactivité, de phases hypomaniaques ou maniaques, et de phases dépressives.

On retrouve également des phases mixtes, évoquées par l'une des deux femmes. C'est un point très important à souligner car ces phases associent simultanément des symptômes dépressifs et maniaques ou hypomaniaques. Dans ces situations, le risque de passage à l'acte suicidaire est particulièrement élevé.

Présentateur - 00:39:56

Quels conseils pourriez-vous donner aux auditeurs et auditrices qui se reconnaîtraient dans certains symptômes décrits par Dahlia et Marine ?

Marlène Maumet - 00:40:04

Je conseillerais avant tout de ne pas rester seul avec ses souffrances et ses interrogations. Il est important d'en parler à son entourage ou à des personnes de confiance.

On voit bien dans les témoignages de Marine et Dahlia que les choses se compliquent lorsqu'elles portent un masque social, lorsqu'elles se contiennent et s'épuisent à s'intégrer dans un système qui n'est pas totalement adapté à leur fonctionnement, notamment dans le milieu scolaire ou professionnel. Cela finit souvent par exploser sous la forme d'une phase dépressive ou parfois maniaque.

Je recommande également de consulter rapidement un professionnel de santé afin d'établir un diagnostic et de confirmer ou non l'existence de la pathologie.

Les professionnels concernés peuvent être des psychiatres ou des psychologues, en cabinet libéral ou au sein de centres médico-psychologiques.

Pour les personnes qui ne savent pas par où commencer, le site Bipolarité France peut constituer un bon point d'entrée en proposant des informations et un accompagnement.

Si la souffrance devient trop importante, notamment lors des phases maniaques, avec des idées suicidaires, un risque de passage à l'acte, des délires ou des hallucinations, il faut se rendre immédiatement aux urgences psychiatriques.

Lorsque la pathologie est confirmée, l'objectif est d'accéder rapidement à une prise en charge adaptée comprenant généralement un traitement régulateur de l'humeur, parfois associé à un antidépresseur. Je souhaite néanmoins rappeler un point de vigilance concernant ces derniers, car ils peuvent parfois induire des virages maniaques.

Ces traitements doivent être accompagnés d'un travail psychothérapeutique.

Plus la prise en charge est précoce, meilleurs sont les résultats.

Je voudrais également reprendre deux phrases prononcées par les intervenantes. D'abord celle qui rappelle que les personnes souffrant de troubles bipolaires sont généralement plus dangereuses pour elles-mêmes que pour les autres. Ensuite celle qui invite à apprendre à s'aimer avec sa particularité.

Présentateur - 00:42:00

Existe-t-il des clés pour mieux vivre au quotidien avec la bipolarité ?

Marlène Maumet - 00:42:05

J'ai déjà évoqué l'importance d'un traitement adapté.

Il existe également des prises en charge en hôpital de jour comprenant des entretiens psychologiques, des ateliers créatifs, des ateliers de gestion du stress ou encore des groupes de parole permettant d'échanger avec d'autres personnes concernées.

Il est aussi important de choisir une thérapie adaptée à sa personnalité.

Par exemple, la thérapie comportementale et cognitive, ou TCC, est basée sur l'apprentissage. Son objectif est de remplacer certains comportements inadaptés par de nouveaux comportements plus fonctionnels grâce à des exercices concrets et des mises en situation.

Les thérapies de couple et les thérapies familiales peuvent également être très utiles. Comme l'ont montré les témoignages, le rôle de l'entourage est primordial dans l'accompagnement de la personne concernée.

J'apprécie aussi beaucoup un outil appelé le Plan de crise conjoint, ou PCC. Il s'agit d'un document anticipé permettant de prévenir les futures crises. Cette démarche repose sur une décision partagée entre la personne concernée et son réseau de soutien, chacun définissant son rôle en cas de crise.

Par exemple, une personne peut identifier qu'en phase maniaque elle a tendance à parler beaucoup de sexualité. Cet indice permet alors à l'entourage de mieux comprendre ce qui se passe et de l'orienter vers son psychologue, voire vers une hospitalisation si cela devient nécessaire.

Dans le quotidien, je conseille également de limiter certaines substances comme le café, l'alcool ou les drogues qui peuvent favoriser ou amplifier les phases maniaques.

Il faut aussi être vigilant face à une pratique sportive excessive, qui peut parfois être le signe d'un emballement maniaque.

Les troubles bipolaires sont reconnus comme un handicap. Les personnes concernées peuvent donc bénéficier de dispositifs de compensation. Il est important de se renseigner auprès de la MDPH afin d'étudier les aides auxquelles elles peuvent prétendre.

J'ai également été touchée par les stratégies évoquées dans les témoignages : câliner son chat, regarder une série sous une couverture. Tout ce qui permet de contenir les angoisses et d'apporter un sentiment de sécurité peut être bénéfique.

Je pense aussi aux couvertures lestées qui procurent une pression douce sur le corps, favorisent la détente, la régulation émotionnelle et le sommeil.

Il est essentiel d'apprendre à être à l'écoute de soi, de son potentiel mais aussi de ses limites.

La créativité peut également constituer un excellent moyen de transformer ou de sublimer la souffrance, à condition de rester vigilant pour qu'elle ne devienne pas envahissante lors des phases maniaques.

Les réseaux sociaux peuvent parfois offrir des contenus intéressants lorsqu'ils sont utilisés avec discernement. Je pense notamment au compte Instagram de Dahlia, qui sensibilise au sujet de la bipolarité.

Je recommanderais aussi la bande dessinée Blast de Manu Larcenet, qui aborde la solitude, la quête identitaire, le rapport aux autres, le regard de la société sur la maladie psychique et l'autodestruction.

Je pense également à Constance, humoriste atteinte de bipolarité, dont les interventions sur France Inter ou dans son spectacle abordent la maladie.

L'humour permet parfois d'introduire un peu plus de légèreté au quotidien et de créer une forme de distance avec la maladie.

Présentateur - 00:46:25

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