Transcription du podcast : Vivre avec la vulvodynie : témoignages de Cathyline et Oriane
Épisode 17 - Vivre avec la vulvodynie : témoignages de Cathyline et Oriane
Présentateur - 00:00:16
Maladies chroniques au féminin, en parler sans tabou.
Le podcast qui libère la parole des femmes et éclaire la face cachée des maladies chroniques. AÉSIO Mutuelle a voulu recueillir le témoignage de ces femmes courageuses, trop souvent murées dans le silence par crainte de gêner, de paraître faibles ou d'inquiéter leur entourage. Aujourd'hui, elles nous disent tout : leur quotidien, leur intimité, leur combat, sans tabou.
Dans ce nouvel épisode, vous allez rencontrer Cathyline, 54 ans, et Oriane, 33 ans. Toutes deux sont membres de la Fondation Vulvae, une association dédiée à l'accompagnement des patientes, à la recherche et aux soins des douleurs vulvaires chroniques.
Ces deux femmes souffrent de vulvodynie, une douleur chronique de la vulve qui affecte la vie intime, personnelle et professionnelle. Cathyline a été diagnostiquée à l'âge de 50 ans, après des années d'errance médicale. Oriane a commencé à ressentir ses premières douleurs vers 24 ans. C'est Oriane qui commence.
Oriane - 00:01:52
Pour moi, les douleurs ont commencé vers 24 ans, peu après le début de ma vie professionnelle. À cette époque, j'étais dans une relation longue commencée à la fin de mes études. Assez rapidement, entre l'installation dans la vie active, la routine et une baisse importante du désir, ma libido a chuté et j'ai commencé à ressentir des douleurs pendant les rapports.
Au départ, j'interprétais cela comme une conséquence logique du manque de désir : moins de lubrification, davantage de tensions et donc des douleurs. Mais progressivement, les douleurs sont devenues plus fréquentes et plus intenses. D'abord présentes pendant les rapports, elles ont ensuite persisté après, sous forme de brûlures et de démangeaisons pouvant durer plusieurs heures, voire plusieurs jours.
Pendant des années, je n'en ai parlé à personne. Pourtant, j'ai un groupe d'amies très proches avec qui nous parlons habituellement de tout. Mais là, j'avais honte. Je pensais être seule à vivre ça et je considérais que quelque chose n'allait pas chez moi.
Petit à petit, ces douleurs ont commencé à affecter ma sexualité puis mon couple. J'en ai parlé à ma gynécologue de l'époque, qui n'a pas vraiment pris le problème au sérieux. J'ai essayé différentes solutions : arrêter la pilule, poser un stérilet, changer certaines habitudes, mais rien ne fonctionnait.
C'est finalement grâce à des recherches sur Internet que j'ai découvert une gynécologue spécialisée à Paris. Lors de la consultation, elle m'a fait le fameux test du coton-tige, après avoir écarté d'autres pathologies comme les mycoses ou les cystites. Le simple contact du coton-tige sur certaines zones provoquait déjà une douleur importante.
Elle a rapidement posé le diagnostic de vestibulodynie. Pour moi, mettre enfin un nom sur ce que je vivais a été un immense soulagement. Elle m'a expliqué que ce n'était pas une fatalité et qu'il fallait travailler sur les trois M : muscles, muqueuses et mental. Elle m'a orientée vers des kinés spécialisés et, sur le moment, j'étais persuadée que j'allais bientôt m'en sortir.
Cathyline - 00:06:06
De mon côté, le parcours a été beaucoup plus long.
Les premières douleurs remontent à la puberté. Après mes règles ou après de longs trajets en voiture, je ressentais déjà des brûlures, des démangeaisons et des irritations. Je me suis également aperçue plus tard que le simple fait de porter un jean accentuait les douleurs.
La première gynécologue que j'ai consultée considérait que les douleurs étaient normales chez les femmes. Elle m'a parlé de mycoses et m'a prescrit des traitements classiques. Pendant des années, je suis restée sur cette idée de mycoses récidivantes.
Après la naissance de ma deuxième fille, les symptômes se sont fortement aggravés. Pendant plusieurs semaines, je ne supportais même plus le contact d'une culotte. Je vivais sous une longue jupe sans sous-vêtements tellement les douleurs étaient importantes.
J'ai consulté de nombreux gynécologues et dermatologues. Les diagnostics se succédaient sans résultat. On me prescrivait différents traitements qui ne fonctionnaient pas. J'ai surtout entendu des remarques blessantes du type : « Vous exagérez », « C'est dans votre tête », « Buvez un verre de vin, ça ira mieux ».
Puis les douleurs sont devenues permanentes. Je ne pouvais plus porter certains vêtements. Je dormais sans sous-vêtements pour limiter les frottements. C'était une sensation d'irritation constante, parfois accompagnée de brûlures ou de démangeaisons très fortes.
Comme j'avais également d'autres problèmes de santé, j'ai fini par intégrer ces douleurs à mon quotidien. Après avoir consulté près d'une vingtaine de praticiens sans réponse, j'avais presque renoncé à trouver une solution.
C'est seulement vers 50 ans qu'un nouveau gynécologue a enfin identifié plusieurs problèmes : une vulvodynie, une vestibulodynie, de l'endométriose et surtout un lichen scléreux passé inaperçu pendant des années.
Pour la première fois, quelqu'un me disait que ce n'était pas dans mon imagination. J'ai ressenti un immense soulagement en comprenant que mes douleurs avaient une origine réelle et identifiée.
Mais cela a aussi provoqué beaucoup de questions. Je me suis demandé pourquoi personne n'avait trouvé plus tôt et si j'aurais dû mieux décrire mes symptômes ou davantage insister auprès des médecins.
Oriane - 00:11:08
Le diagnostic a été une vraie délivrance pour moi aussi. Enfin, un professionnel me regardait dans les yeux et me confirmait que ma douleur existait.
J'en ai parlé à ma sœur, à mes deux meilleurs amis et à mon compagnon de l'époque. J'étais soulagée mais convaincue que tout allait rapidement rentrer dans l'ordre.
Malheureusement, peu après le diagnostic, est arrivé le confinement lié au COVID. Je vivais dans moins de 30 m² à Paris avec mon compagnon. Le stress a explosé et mes douleurs aussi.
Cette fois, elles sont devenues permanentes. Ce n'était plus seulement lors des rapports. Je ressentais des brûlures quasiment en continu. Je ne supportais plus les sous-vêtements. Heureusement que nous étions confinés parce que je me voyais mal aller travailler dans cet état.
À cette période, je passais mon temps à utiliser des solutions de soulagement temporaire : poche de glace sur la vulve, crèmes anesthésiantes, repos. Cela aidait un peu mais ne réglait rien.
J'ai alors repris un suivi avec une kinésithérapeute spécialisée dans la rééducation périnéale. Pendant un an, nous avons travaillé avec des massages, des exercices, des étirements. Les résultats étaient limités.
J'ai finalement changé de kiné et cela a fait une énorme différence. Son approche mêlait rééducation, relaxation musculaire et travail sur le relâchement du périnée. Surtout, elle inspirait confiance. À chaque consultation, j'avais l'impression de rencontrer enfin quelqu'un qui comprenait vraiment ce que je vivais.
Progressivement, les douleurs ont commencé à diminuer.
À côté de cela, j'ai énormément appris sur les mécanismes des douleurs chroniques. Comprendre que ce n'était pas une douleur imaginaire mais une hypersensibilisation du système nerveux m'a beaucoup aidée. Petit à petit, grâce à la combinaison de la kiné, des connaissances acquises et du travail mental, les symptômes ont commencé à reculer.
Et il y a eu un autre élément décisif : changer de partenaire.
Cathyline - 00:16:38
La prise en charge ressemble souvent à un puzzle. Il n'y a pas une seule solution, mais une multitude de petites clés à assembler : les soins, la kinésithérapie, les traitements locaux, l'aspect psychologique, le mode de vie, la gestion du stress.
Pendant longtemps, j'ai cherché du soutien sans vraiment le trouver. Adolescente, j'en avais parlé à ma mère et à mes amies mais personne ne comprenait réellement ce que je vivais. Plus tard, j'ai continué à consulter des spécialistes sans obtenir de réponse.
Mon conjoint, en revanche, a toujours été au courant. Très tôt, il a compris que les rapports me faisaient souffrir. À un moment, il m'a simplement dit que si la pénétration me faisait autant de mal, alors nous allions trouver autre chose.
Quand j'ai enfin obtenu un diagnostic, j'ai commencé à chercher activement des solutions. J'ai essayé une alimentation anti-inflammatoire, réduit les frottements, changé certaines habitudes de vie et rencontré de nouveaux professionnels.
Aujourd'hui, je suis suivie par une dermatologue, une chirurgienne gynécologue et une kinésithérapeute spécialisée absolument extraordinaire. J'ai même bénéficié d'une technique appelée lipofilling qui consiste à utiliser sa propre graisse pour améliorer l'état des tissus.
La kiné m'a surtout appris une chose essentielle : le périnée n'a pas besoin d'être renforcé, il a besoin d'apprendre à se détendre. Cela passe aussi par l'apprentissage du lâcher-prise dans la vie quotidienne.
J'ai également appris à dire non. Non à certaines sorties quand je sais que rester assise plusieurs heures sera trop douloureux. Non à certaines obligations sociales. Et j'ai appris à apprécier les personnes qui prennent réellement en compte mes besoins sans minimiser ma souffrance.
Le soutien est devenu plus rare, mais beaucoup plus précieux.
Oriane - 00:20:54
Je me suis finalement assez peu confiée à mes proches. J'ai reçu de l'écoute, bien sûr, mais j'avais énormément de mal à dépasser la honte liée à ces sujets.
Le soutien, je l'ai surtout trouvé dans les ressources que je suis allée chercher moi-même : podcasts, témoignages, livres, associations, articles sur la sexualité, émissions féministes. Tout cela m'a permis de comprendre que je n'étais pas seule.
J'ai découvert des structures comme Vulvae ou Les Clés de Vénus qui proposent des annuaires de professionnels spécialisés. J'aurais aimé les connaître plus tôt.
Parallèlement, mon couple se dégradait progressivement. Nous reproduisions toujours les mêmes disputes. J'essayais d'expliquer que ma baisse de désir était liée à la douleur et à la peur de souffrir. Mais mon compagnon de l'époque avait beaucoup de mal à accepter une sexualité différente.
Je redoutais les rapports. Je redoutais même parfois les gestes d'affection parce qu'ils pouvaient mener à une situation que je ne souhaitais pas.
Avec le recul, j'ai compris que je me forçais régulièrement, malgré ma douleur et malgré mon absence d'envie. Aujourd'hui, je considère cela comme une forme de violence envers moi-même.
Le travail psychologique que j'ai entrepris m'a permis de comprendre que je n'avais pas à me forcer, que mes limites étaient légitimes et qu'il était normal de les faire respecter.
Finalement, cette prise de conscience m'a conduite à mettre fin à cette relation.
Cathyline - 00:25:35
Moi, j’ai mal dès qu’on touche la zone qui va du clitoris jusqu’à l’anus. Plus précisément, la zone du vestibule est devenue hypersensible et extrêmement fragile. Forcément, cela a un impact direct sur la sexualité telle qu’on l’imagine habituellement.
Heureusement, il existe beaucoup d’autres façons de vivre son intimité. Au début, il a fallu réinventer complètement notre manière d’être ensemble. Je me suis un peu forcée au départ, mais pas longtemps parce que je voyais bien que cela me faisait souffrir. Mon conjoint s’en est rendu compte lui aussi très vite.
Pendant les rapports, l’excitation pouvait parfois masquer la douleur, mais les conséquences arrivaient ensuite. Avec le temps, il a fallu trouver d’autres façons de vivre notre relation et notre intimité sans tomber dans l’impression d’être de simples colocataires. On a découvert qu’il existait énormément de façons de partager de la tendresse, du plaisir et de l’amour sans que cela passe forcément par la pénétration.
Mon conjoint a toujours été présent. Cela lui a demandé une grande ouverture d’esprit parce que ce n’est jamais facile de voir souffrir la personne qu’on aime. Petit à petit, nous avons construit une autre façon d’être ensemble et de nous montrer notre affection.
Quand j’en parle à certaines personnes qui ne connaissent pas cette maladie, elles ont souvent beaucoup de mal à imaginer ce que cela représente au quotidien. Elles ont aussi du mal à comprendre qu’on puisse remettre en question certains schémas considérés comme normaux.
J’ai encore entendu certains médecins dire qu’il fallait « reprendre comme le vélo », qu’il fallait se forcer un peu pour que ça revienne. Moi, c’est hors de question. Tant que je ne le sens pas, je ne me forcerai pas.
On parle souvent aussi des dilatateurs vaginaux. Certaines kinés les utilisent dans le cadre de la rééducation pour assouplir progressivement les tissus. Personnellement, je n’ai jamais réussi à adhérer à cette méthode. Avec ma kiné, nous travaillons autrement.
Je pense surtout que cette maladie est très difficile à comprendre lorsqu’on ne la vit pas soi-même. Comme beaucoup de maladies chroniques, il est compliqué d’imaginer le poids quotidien qu’elle représente tant qu’on n’y a pas été confronté.
Oriane - 00:29:13
Cette période a été extrêmement longue et difficile. En réalité, je ne sais même pas si on peut parler d’une période tant cela a duré plusieurs années.
Je crois surtout que je n’ai pas voulu voir à quel point cette situation me faisait souffrir. J’étais très anxieuse, souvent proche de la dépression et enfermée dans une relation qui entretenait en permanence mon mal-être.
Dans ma famille, les questions liées à la sexualité étaient plutôt taboues. Je n’avais pas appris à exprimer clairement mes envies, mes limites ou mes refus. J’ai dû apprendre tout cela progressivement à travers mes lectures, des podcasts, des ouvrages féministes et différents témoignages.
Petit à petit, j’ai compris que certaines limites n’étaient pas respectées dans mon couple. J’ai appris à dire non, ce qui a provoqué beaucoup de conflits. Nous répétions toujours les mêmes discussions. Je lui expliquais que ses demandes me faisaient souffrir alors qu’il me reprochait souvent de ne pas faire assez d’efforts.
Avec le recul, cela me paraît aberrant. Je lui expliquais que pendant certains rapports, je dissociais complètement pour supporter la douleur et attendre que cela passe. Aujourd’hui, cela me semble extrêmement grave, mais à l’époque j’étais enfermée dans cette situation et j’avais fini par douter de moi-même.
Ce qui me met encore en colère aujourd’hui, c’est tout le temps, l’argent et l’énergie dépensés dans des thérapies qui me renvoyaient parfois à l’idée que je ne faisais pas assez d’efforts. J’ai consulté plusieurs sexologues. Certaines approches étaient intéressantes, mais à certains moments j’avais surtout besoin de sécurité, de respect et d’écoute.
Un sexologue m’a finalement aidée à comprendre quelque chose d’essentiel : le problème ne venait pas uniquement de moi ou de ma douleur. Mon compagnon avait lui aussi un rapport compliqué à la sexualité, à la virilité et à la validation affective.
Nous nous sommes finalement séparés. J’avais très peur de ne jamais retrouver quelqu’un capable de m’accepter telle que j’étais.
Pourtant, il s’est passé exactement l’inverse.
Très rapidement après cette séparation, j’ai retrouvé du désir. J’ai réalisé que je n’étais plus sous pression. J’ai ensuite rencontré mon compagnon actuel et les choses sont radicalement différentes.
Je lui ai raconté tout mon parcours. Aujourd’hui encore, il m’arrive d’avoir besoin d’être rassurée. Quand les rapports se font plus rares pendant une période, je vais le voir et je lui demande parfois de me rappeler que ce n’est pas un problème. Il me rassure systématiquement.
Avec lui, j’ai découvert d’autres façons de vivre la sexualité, sans que la pénétration soit au centre de tout. Cette liberté fait énormément de bien.
J’ai même connu une rechute fin 2024 après un burn-out, une opération et une période de stress intense. Quelques douleurs sont réapparues. J’ai repris quelques séances de kinésithérapie, remis en perspective certaines choses et les symptômes ont disparu aussi vite qu’ils étaient revenus.
Aujourd’hui, je reste sensible sur cette zone, mais je ne vis plus avec les douleurs permanentes qui m’ont empoisonné la vie pendant des années.
Cathyline - 00:35:35
Le message principal que j’aimerais transmettre aux femmes qui se reconnaissent dans nos témoignages est très simple : ce n’est pas normal d’avoir mal.
Ne laissez jamais personne vous dire que c’est normal, que vous exagérez ou que cela passera tout seul.
Écoutez-vous. Pour moi, ce n’est même pas une question de féminisme. C’est simplement une question de respect de soi. Nous avons le droit de vivre sans douleur. Nous avons le droit d’être traitées avec douceur, considération et bienveillance.
Nous méritons cela, tout simplement.
Oriane - 00:36:09
J’aimerais aussi dire qu’il faut absolument sortir ces sujets du tabou.
Beaucoup de personnes ne comprendront peut-être pas totalement ce que nous vivons, mais les chiffres montrent qu’entre une femme sur dix et une femme sur cinq peut être concernée à un moment de sa vie.
Cela signifie qu’il existe forcément d’autres femmes capables de comprendre, d’écouter et de partager cette expérience.
Il faut parler, chercher du soutien et se rappeler que la douleur n’est jamais une fatalité.
Cathyline - 00:36:42
Je partage complètement ce point de vue.
Nous avons dû être extrêmement actives dans nos parcours de soins pour trouver les bonnes informations, les bons professionnels et les bonnes ressources.
J’espère que le fait d’en parler aujourd’hui permettra à d’autres femmes d’accéder beaucoup plus facilement aux informations dont elles ont besoin et d’éviter les années d’errance que nous avons connues.
Présentateur - 00:37:08
Un grand merci à Cathyline et Oriane pour leurs témoignages sur la vulvodynie.
En France, cette maladie touche entre 7 % et 15 % des femmes au cours de leur vie. Pour approfondir le sujet et mieux comprendre cette affection, nous recevons le docteur Paul-Jean Maternowski, gynécologue-obstétricien spécialisé dans la prise en charge des vulvodynies.
Docteur Paul-Jean Maternowski - 00:37:41
Je travaille au CHU de Bordeaux et, avec plusieurs collègues, nous prenons en charge des patientes souffrant de vulvodynie. Afin d'améliorer cette prise en charge, nous avons créé un centre entièrement dédié aux pathologies vulvaires et périnéales, appelé Vivmed. Nous y recevons des patientes atteintes de douleurs vulvaires chroniques, dont la vulvodynie représente une part importante.
Présentateur - 00:38:07
Docteur, comment réagissez-vous au témoignage de Cathyline et Oriane ?
Docteur Paul-Jean Maternowski - 00:38:11
Ce qui me frappe en premier, c'est l'errance diagnostique qu'elles décrivent toutes les deux. C'est malheureusement quelque chose que nous retrouvons très souvent. Les patientes passent parfois de nombreuses années à consulter avant d'obtenir un diagnostic précis puis une prise en charge adaptée.
Elles racontent toutes deux avoir enchaîné les diagnostics de mycoses, d'infections urinaires ou encore les explications liées au stress. Pendant longtemps, personne ne met réellement un nom sur leurs symptômes. Tant que le diagnostic n'est pas posé, les patientes restent seules avec leur douleur, leurs interrogations et leur sentiment d'incompréhension.
Ce qui m'interpelle aussi, c'est la banalisation des symptômes. Beaucoup de femmes finissent par penser que leur douleur est normale, qu'elles sont trop sensibles ou que tout se passe dans leur tête. Pourtant, ce n'est pas le cas. La vulvodynie est une véritable maladie chronique.
Il est essentiel d'en parler davantage. Plus cette pathologie sera connue, plus les femmes concernées pourront reconnaître leurs symptômes et consulter plus rapidement.
Présentateur - 00:39:36
Leurs témoignages ressemblent-ils aux parcours des patientes que vous recevez en consultation ?
Docteur Paul-Jean Maternowski - 00:39:42
Oui, tout à fait.
Ce qui est très intéressant dans leurs témoignages, c'est qu'ils reflètent parfaitement ce que nous entendons au quotidien tout en apportant des nuances que les patientes n'expriment pas toujours lors des consultations.
Très souvent, les douleurs commencent de manière ponctuelle : une brûlure, une irritation, une douleur durant les rapports, une sensation évoquant une mycose ou une infection urinaire. Puis les épisodes deviennent plus fréquents, plus intenses et plus durables.
Progressivement, la douleur ne se limite plus à la vulve. On observe parfois ce qu'on appelle une hypersensibilisation centrale : le système nerveux devient plus sensible à la douleur de manière générale. Les patientes peuvent alors développer d'autres douleurs urinaires, digestives, pelviennes ou musculaires.
Un point important à comprendre est que le corps ne s'habitue pas à la douleur. Au contraire, plus une douleur chronique dure longtemps, plus elle risque de s'installer et de se renforcer.
On retrouve également dans leurs témoignages toutes les conséquences sur la vie quotidienne : la limitation des activités sociales, les difficultés à rester assise longtemps, le choix des vêtements, les renoncements à certaines sorties ou encore l'impact sur l'image de soi.
Les répercussions sur le couple sont également très fréquentes. Certaines patientes bénéficient d'un soutien exceptionnel de leur partenaire. D'autres vivent des tensions importantes lorsque le conjoint comprend mal ce que représente la douleur chronique.
Ce qui m'a particulièrement marqué dans le témoignage d'Oriane, c'est cette notion de pression qu'elle s'imposait elle-même. Elle explique très bien qu'elle se forçait malgré la douleur, même lorsqu'aucune pression directe n'était exercée sur elle. Cette pression intérieure existe chez de nombreuses patientes et peut être extrêmement destructrice.
Finalement, quelques années après le début des symptômes, on constate souvent que la maladie ne touche plus seulement une partie du corps. Elle modifie profondément la façon de vivre, de se percevoir et d'interagir avec les autres.
Présentateur - 00:43:19
Quels conseils donneriez-vous aux auditrices qui se reconnaîtraient dans ces témoignages ?
Docteur Paul-Jean Maternowski - 00:43:27
Le premier message est un message d'espoir : la guérison est possible.
Il ne faut pas abandonner parce qu'une première prise en charge a échoué. Les connaissances médicales progressent et il existe aujourd'hui de nombreuses approches différentes.
Il est essentiel d'obtenir une bonne information sur la maladie et d'être accompagné par des professionnels qui connaissent réellement cette pathologie. Selon les situations, cela peut passer par une prise en charge locale, de la kinésithérapie spécialisée, un accompagnement psychologique ou sexologique, certains traitements médicamenteux ou encore des approches plus récentes de médecine régénérative.
L'objectif n'est pas de rentrer dans une norme, qu'elle soit médicale ou sexuelle. L'objectif est de retrouver de la liberté : dans son corps, dans sa façon de s'habiller, dans sa vie sociale, dans son couple et dans sa sexualité.
Il ne faut pas rester seule. Des associations, des professionnels spécialisés et des réseaux de soins existent aujourd'hui. Lorsqu'on trouve un praticien formé à ces problématiques, celui-ci travaille généralement avec d'autres spécialistes capables d'apporter une aide complémentaire.
La vulvodynie est une pathologie qui se soigne souvent grâce à une approche d'équipe.
Présentateur - 00:45:27
Comment peut-on mieux vivre au quotidien avec une vulvodynie ?
Docteur Paul-Jean Maternowski - 00:45:32
La première étape consiste à comprendre ce qui se passe dans son corps.
Nous voyons souvent des patientes aller déjà beaucoup mieux lorsqu'elles comprennent enfin leur maladie. Mettre du sens sur les symptômes permet souvent de se réconcilier avec son corps et de retrouver l'envie d'en prendre soin.
La vulvodynie se traite rarement avec une seule crème ou une seule consultation. C'est un processus progressif qui nécessite souvent plusieurs approches complémentaires.
Concernant l'alimentation, il n'existe pas de régime universel. Certaines patientes constatent que certains aliments aggravent leurs symptômes. L'important est de trouver ce qui fonctionne pour soi sans pour autant s'imposer des restrictions inutiles.
Le rôle du partenaire est également fondamental. Un conjoint bienveillant, capable de comprendre les difficultés traversées et d'avancer aux côtés de la patiente, représente un soutien extrêmement précieux. À l'inverse, une relation qui continue d'exercer une pression autour de la sexualité risque d'aggraver la situation.
Un autre point essentiel concerne les douleurs aiguës. Lorsqu'une douleur apparaît et persiste malgré un traitement, il ne faut pas attendre. Qu'il s'agisse d'une mycose, d'une douleur vulvaire, d'une suite d'accouchement ou d'une intervention chirurgicale, il est important de consulter à nouveau si les symptômes persistent. Plus une douleur reste longtemps sans être correctement prise en charge, plus elle risque d'évoluer vers la chronicité.
Il faut également prendre soin de cette zone fragile en évitant les irritations inutiles et en respectant les traitements prescrits. Certaines crèmes apaisantes ou certains traitements locaux doivent être utilisés régulièrement pour être réellement efficaces.
Enfin, si vous vous reconnaissez dans ces témoignages, retenez ceci : votre douleur est réelle. Elle n'est ni imaginaire, ni une fatalité. Des solutions existent et les connaissances médicales progressent rapidement.
Il y a beaucoup de raisons d'être optimiste aujourd'hui. Nous comprenons de mieux en mieux les mécanismes de la vulvodynie, de nouveaux traitements apparaissent et de nombreuses patientes parviennent à obtenir une amélioration majeure, voire une guérison complète, lorsqu'elles trouvent les bons interlocuteurs.
Présentateur - 00:50:34
AÉSIO Mutuelle vous accompagne dans votre parcours de soins. Face aux douleurs chroniques de la vulvodynie, trouver le bon traitement est parfois complexe et demande des ajustements.
Pour sécuriser votre diagnostic et vos choix thérapeutiques, vous pouvez bénéficier d'un deuxième avis médical. Parce que cette maladie bouleverse l'intimité et le quotidien, AÉSIO Mutuelle prend également en charge vos séances chez le psychologue.