Transcription du podcast : Vivre avec le diabète de type 2 - témoignages de Carole et Joëlle

Retrouvez sur cette page la transcription du podcast "Vivre avec le diabète de type 2 : témoignages de Carole et Joëlle", 10eme épisode de la série "Maladies chroniques au féminin".

Épisode 10 - Vivre avec le diabète de type 2 : témoignages de Carole et Joëlle

Carole (00:00:00)

Un diabétique qui est acteur de sa santé est un malade en bonne santé. Et je trouve que cette phrase, elle est positive et elle nous aide à nous prendre en charge sans être, si je peux employer le mot, plombés par cette maladie qui est sournoise et pas top.

Présentateur (00:00:23)

Maladie chronique au féminin, en parler sans tabou. Le podcast qui libère la parole des femmes et éclaire la face cachée des maladies chroniques. Aesio Mutuelle a voulu recueillir le témoignage de ces femmes courageuses, trop souvent murées dans le silence par crainte de gêner, de paraître faible ou d'inquiéter leur entourage. Aujourd'hui, elles nous disent tout : leur quotidien, leur intimité, leur combat, sans tabou. Aujourd'hui, nous partons à la rencontre de 2 femmes dont le quotidien est rythmé par le diabète de type 2, Carole et Joël. Carole, 74 ans, est une ancienne secrétaire bilingue. Retraitée et veuve depuis 14 ans, elle est traitée pour son diabète depuis 2018. Joëlle, 72 ans, est également retraitée après une carrière de secrétaire médicale. Grand-mère et arrière grand-mère, elle vit avec la maladie depuis 30 ans mais n'est sous traitement que depuis 10 ans. Toutes 2 sont des membres actives et bénévoles au sein de l'Association des diabétiques du secteur Calvados, Orne et Nord Cotentin. C'est Joëlle qui commence.

Joëlle (00:01:33)

Pendant mes grossesses en 75 et 80, on a eu une suspicion de diabète, donc j'ai eu une hyperglycémie provoquée. J'ai eu une surveillance, ça n'était que les prémices. En fait, j'étais en pré-diabète. Le diabète a été prononcé des années plus tard. Je ne saurais même plus dire quand puisque je l'ai ignoré tellement fort ce diabète. Je pense que j'ai pris les traitements qu'on me donnait. mais. Mais voilà, j'étais dans un déni complet. Je n'ai pas cherché surtout à comprendre. Le médecin m'a donné un traitement en me disant ben voilà, voilà, il va falloir prendre un traitement maintenant pour le diabète, on va déclarer l'ALD. Mais pour moi, ce n'était pas quelque chose de concret. J'avais une petite quarantaine, je pense. Je pense, parce que je ne suis même plus capable de situer dans le temps quand j'ai été vraiment nommée, enfin diagnostiquée diabétique. J'ai été sous traitement et puis le traitement a été augmenté. Le dosage du traitement a été augmenté au fur et à mesure du temps pour arriver à ce que je suis maintenant sous insuline. Et alors que je suis-je travaillais dans le milieu médical et dans un service d'urgence, je n'ai jamais cherché à savoir ce qu'il en était du diabète. La prise de sang qu'on me faisait tous les trois mois, je ne savais même pas à quoi elle correspondait. J'ai appris bien plus tard ce qu'était une hémoglobine glyquée. Rien, strictement rien. Je continue à vivre normalement et je dirais que il a fallu le décès de ma maman pour que je fasse n'importe quoi et que je fasse, comme l'a intitulé mon médecin, un suicide au sucre. Et là, je sais ce que c'est qu'une hyperglycémie, je peux vous le dire, puisque je n'étais plus capable de me tester au bout des doigts. La machine, enfin le testeur ne prenait plus ma glycémie tellement j'étais haute. Donc je me suis retrouvée hospitalisée. Et là commence une autre histoire et une belle histoire.

Carole (00:03:34)

Alors moi, les analyses étaient toujours limites, jamais. trop haute, mais un peu haute après 50 ans, je dirais. Donc mon mari, c'est lui qui, une fois, a vu un forum à Caen, m'a dit "On devrait y aller." J'ai un peu traîné les pieds et quand je suis allée, la personne que j'ai rencontrée d'une association charmante me dit "Oui, ça serait peut-être bien de prendre en considération. Vous n'êtes pas considérée diagnostiquée diabétique, mais comme je dis, j'aime employer ce mot-là, je flirtais avec. Et puis, comme je suis gourmande, En sucre, j'avais mon mari qui me disait quand même, lui, il mangeait tout ce qu'il voulait, c'était nickel. Et moi, voilà, je faisais quelquefois attention pendant une période et puis après, je par contre, je mettais jamais de sucre. Il y a longtemps que j'avais pris cette habitude de pas boire sucré, mais je mangeais sucré. Et au décès de mon mari, non. Après, quand même, bon là, le flirt est devenu nettement moins sympa, les chiffres ont augmenté et c'est mon médecin qui s'est fâché. Il dit bon, maintenant on arrête les bêtises et Carole, il faut prendre un traitement. Et j'ai eu beaucoup de mal à accepter ce traitement parce que je n'acceptais pas d'être diabétique et je voulais comprendre. Alors, voulant comprendre, j'ai eu l'occasion d'aller vers une autre association, IRSA, où là, il y a un médecin et des infirmières qui expliquent le dysfonctionnement, puisque c'est un dysfonctionnement du pancréas. Et là, j'ai dit bon, maintenant j'ai compris. Bon, moi, j'ai simplement, si je puis dire, un traitement sous cachet. Pour le moment, j'ai depuis un an cette fichue piqûre dont on entend parler, que les Américaines utilisent pour maigrir et maintenant aussi chez nous. Et j'ai ça, le médecin m'avait dit « Vous allez voir, vous allez maigrir. Moi, je ne maigris pas si j'ai perdu deux kilos. Je gère mieux, mais le souci, c'est toujours cette fichue alimentation. Quand on est seule, j'aime bien cuisiner, mais pour moi, toute seule, ça m'agace, je dirais, ça me barbe. Donc ça fait partie de ce qu'on essaie de se dire, se donner envie de cuisiner, même quand on est seul. Alors maintenant, c'est vrai qu'on dit pour les familles, faire le batch cooking. C'est vrai qu'il faut que je me force à faire ça pour prendre plus soin de moi. Mais je prends plus soin de moi puisqu'il y a quinze jours, j'ai eu les félicitations de mon diabétologue. donc que mes analyses étaient bonnes. Elle m'a dit continue comme ça. Mais depuis, je souriais toute seule hier soir. J'ai dit depuis, je fais que des bêtises. La peur, c'est peut-être un bien grand mot. J'étais inquiète parce que je commençais à savoir, en m'étant documentée, que c'est une maladie sournoise et qui nous amène toutes les complications possibles si on ne la prend pas en compte. On a nos yeux, nos reins, le cœur. La libido pour les hommes et les femmes, c'était pas trop ça qui m'inquiétait, mais c'est surtout la vue et tout le reste, puisqu'on sait que le sucre qui est en trop dans notre corps, que l'insuline n'a pas synthétisé, le foie la stocke et puis il fait du gras avec. Donc on a double peine, on a notre sucre et on se retrouve systématiquement avec du cholestérol que j'avais déjà avant moi. Donc j'étais quand même inquiète. Et puis, à force d'être avec d'autres personnes, avec des traitements plus lourds, je me suis dit que je ne m'en sortais pas trop mal.

Joëlle (00:07:08)

Et bien moi, c'est au moment de l'hospitalisation. Je suis tombée dans un petit hôpital, sur une équipe de diabéto qui est vraiment à la pointe. Et ils m'ont adressé en éducation thérapeutique. Si bien que là, j'ai rencontré une infirmière diabéto, une diététicienne, un podologue, un coach sportif. Et là, on m'a surtout expliqué ce qu'était le diabète, les conséquences, la façon de gérer. Et là, j'ai été mise sous insuline et je dois dire que ça a été pour moi une renaissance. quelque part, une renaissance puisque j'ai pris ma maladie à bras le corps, je l'ai comprise et j'ai eu envie surtout de transmettre ce que j'entendais, ce que je pratiquais. Et j'ai rencontré à ce moment-là des gens de l'association. Ça m'a donné envie de les rejoindre et je pense que c'est à ce moment-là seulement que j'ai vraiment géré ma maladie. Et il y a de ça maintenant, c'était en 2012. C'est pas si vieux que ça.

Carole (00:08:14)

Je me suis toujours bagarrée avec mon poids et le diabète, il n'a pas aidé. Et bien que le médecin dise "Vous allez voir avec le nouveau médicament, vous allez voir, vous allez maigrir." Et effectivement, il y a des gens qui maigrissent, mais très vite et très fort. Et moi pas. Alors un jour, le diabéto me dit : "Ce n'est pas mon problème." Donc là, j'étais fâchée. "Écoutez docteur, on ne va pas être amis. Je n'ai pas envie de perdre 25 kilos, je n'ai pas la carrure pour, mais ce n'est quand même pas sympa. Et même quand je fais attention, j'ai toujours eu beaucoup de mal à maigrir, mais ça, m'a gênée. Mais dans mon corps, du fait de mes problèmes de mobilité, La sédentarité est très mauvaise, pas que pour les diabétiques. Alors il y a l'alimentation, le traitement et la mobilité. Donc du coup, je m'oblige à bouger plus et je me rends compte que ça fait beaucoup de bien. Et un diabétique qui bouge, il a sa glycémie qui se régule, même si ça grogne de partout, cette fichue arthrose, mais de bouger, ça me fait énormément de bien. Toute seule, je n'y arrivais pas, donc je vais à un cours de gym senior. J'ai repris la marche cette année, alors là, ça tire un peu, on fait 4 kilomètres, ça me va. Et mardi dernier, on a fait 5 passés. J'ai dit je le fais, mais je sentais bien que c'était trop. Alors la marche et puis de temps en temps, la piscine. Mais au début, je ne faisais qu'une activité et je sentais bien que ça ne suffisait pas parce qu'on est beaucoup assis. Alors j'ai fait deux activités l'année dernière et cette année, j'essaie d'en faire trois.

Joëlle (00:10:03)

Eh bien moi, la mise sous insuline, contrairement à beaucoup, avec en plus l'adaptation de l'alimentation et la marche, parce qu'à l'époque, je faisais de la marche que je ne peux plus faire maintenant pour des douleurs rhumatismales, mais j'ai perdu plus de 20 kilos. Tout naturellement, sans juste avec ces mesures-là. Et puis maintenant, je fais 2 fois par semaine de la balnéothérapie avec un avec un kiné. Voilà, c'est ça à peu près ce que je fais. J'ai beaucoup de mal à tenir la longueur. Moi, un périmètre de 300 500 m, ça me, ça me suffit pour déclencher des douleurs, donc j'évite maintenant. J'avoue que j'ai accepté mon corps tel qu'il est, ma bedaine, j'ai accepté. En plus, je suis entourée de personnes qui sont comme moi, je dirais assez enrobées, c'est plus facile. Et puis je dirais que ce que je fais au niveau de l'association, sur le plan psychologique, ça me remplit quoi, ça m'élève, ça me remplit, ça m'apporte des joies et ça occupe une grande partie de mon temps. Une très grande partie de mon temps. Ah oui, je peux dire, je dirais que je vis plutôt mieux. Dommage que ce soit si tard quoi. C'est très important de gérer quand même l'équilibre alimentaire, ce qu'on appelle nous l'équilibre alimentaire, de bien gérer son apport en glucides, en protéines, et cetera. Par contre, ce que ça m'a apporté aussi, c'est que j'ai fait connaissance avec les IPO. puisque moi je n'en vivais pas d'hypo. J'avais toujours plus ou moins des hypers qui m'ont dérangée que sur le tard. Maintenant, je connais les hypos. Et bien écoutez, le taux de glycémie baisse, on se sent transpirée, on se sent mal, on se sent tremblotante, on est un peu confuse et on se sent vraiment pas bien, pas bien, pas bien du tout. On doit toujours avoir du sucre sur soi. Moi, j'en profite pour manger des choses que j'aime bien manger, mais je dois dire que la plupart du temps, il y a l'urgence de manger. Avant d'en prendre plaisir, ce n'est pas vraiment le cas, parce qu'il y a nécessité de se resucrer et pas la possibilité de se faire plaisir en mangeant. C'est autre chose.

Carole (00:12:28)

Ma vie sociale, je vis normalement. Parce qu'on sait que malheureusement l'alcool nous provoquerait une hyperglycémie et aussitôt après une chute, on a le pic et la descente, donc il faut faire attention et manger. Ben si on sait que on va on va avoir un dessert, Ben on le prend à la fin du repas parce qu'il y a des petites astuces, si je puis dire. Un diabétique, faut pas qu'il mange un beau gâteau à 16h00 avec sa tasse de thé. Il a tout intérêt à le manger à la fin de son repas pour qu'il passe dans le bol alimentaire. et qu'il soit mieux assimilé et que notre taux de glycémie ne fasse pas un pic trop élevé. Puis on sait qu'après, si on a fait des écarts, on essaye de reprendre le droit chemin. Mais il ne faut pas. D'ailleurs, on essaye de ne jamais parler de régime, mais d'équilibre alimentaire. Et il ne faut pas se priver parce qu'on se rend compte, qu'on rencontre, nous, beaucoup de gens qui disent oui, mais maintenant, c'est triste, Oui, mais moi je ne mange plus de fruits, je ne mange plus jamais un biscuit. Non, c'est faux, on a le droit. Mais évidemment, il faut manger de tout, modérément. On peut. Et dans le mot qu'a employé Joël, l'alimentation équilibrée. Le pain, on peut en manger, les pommes de terre, on peut en manger, mais à côté, il faut qu'il y ait des légumes verts et puis un peu de protéines. En ce moment, il y a le raisin. Lui, ce n'est pas notre ami. Il faut qu'on soit raisonnable avec, mais on peut manger. La valeur d'un point, c'est la dose en fruit. Là, c'est une grosse pomme quand même, mais une pomme, une poire, on peut manger. L'autre fois, j'avais un monsieur, il me dit : « Je mange trois pommes. » « Non, mangez-en une, puis vous verrez, ça ira beaucoup mieux.

Joëlle (00:14:24)

Dans la vie de tous les jours, Ça change pas grand-chose. Une fois qu'on a pris l'habitude d'équilibrer ce qu'on mange, ça devient une habitude de vie. Et si je sors, je ne reprendrai pas un deuxième dessert, si vous voulez, ou je ne reprendrai pas une deuxième part de frites. Je vais toujours limiter les féculents. J'ai l'impression d'être heureuse de vivre par rapport à la vie de tous les jours. Si je suis invitée chez des amis, je vais manger comme eux. plus modérément peut-être, s'il y a un apéritif c'est vrai que je vais plutôt privilégier les carottes avec voilà ou les concombres puisque maintenant on fait ce genre d'apéritif donc je vais plutôt favoriser ça que les cacahuètes mais je vais arriver à partager l'apéritif avec eux. Sur l'alcool ça me pose aucun problème, je ne suis pas du tout alcool moi je veux bien manger des bonbons mais l'alcool ça me tente pas du tout. Voilà je prendrai un jus de fruits, un grand verre d'eau. Quand je reçois, je les reçois. Normalement, je veux dire, il y aura toujours le légume. Si je fais un repas, il y aura toujours les haricots verts en plus ou des choses comme ça, mais non, ça ne change rien. mes petits enfants, ils savent ce que c'est qu'un dextro et à l'occasion, Charlie a été ravie de m'en faire un tout seul, Charlie a 11 ans. Je leur ai expliqué, Ninon, ma petite fille, je lui ai expliqué qu'autrefois j'avais mangé sûrement beaucoup, trop de sucre et que ben voilà, maintenant c'était le diabète et qu'il fallait que je diminue ce genre de choses. Mais elle me voit manger un morceau de chocolat ou un petit bonbon à l'occasion. On n'est pas dans la privation non plus. On est dans l'adaptation de l'alimentation, mais pas dans la privation. Je leur en parle, d'autant que j'ai une petite fille qui va, à mon avis, démarrer un diabète en peu de temps et qui va s'installer parce qu'elle a fait des diabètes de grossesse et qu'elle est portée, à mon avis, elle va. développer un diabète très rapidement avec une grand-mère diabétique, un grand-père diabétique de l'autre côté et elle-même une maladie derrière qui va l'emmener vers un diabète, j'en suis persuadée. Donc on est bien obligé d'en parler, d'être prudent.

Carole (00:16:47)

On est des malades. Certes, mais on a la chance d'être bien suivis parce qu'on va tous les ans chez le cardiologue. Tous les deux ans, on a un contrôle de nos artères, de nos veines. On a l'ophtalmo tous les ans pour vérifier que notre rétine est toujours en bonne santé. Une prise de sang tous les trois mois, une générale tous les six mois.

Joëlle (00:17:12)

À la fin de ma vie professionnelle, j'ai eu, c'est là que les IPO ont commencé. Généralement, on m'emmenait sur mon fauteuil roulant pour me mettre dans un box et on me resucrait et ça repartait. Et c'est encore actuellement la même chose. Sauf que lorsque je travaillais, je descendais de à 0,80 0,75. Je ne me sentais pas bien. Maintenant, vous avez vu, je descends à 0,50 quoi. Et je ne m'en rends pas forcément compte aussitôt. et mon entourage le sait quelques fois avant moi et ça met un moment à remonter. J'ai quand même une chance inouïe, c'est que j'ai un capteur et un capteur me permet de vérifier ma glycémie régulièrement sans avoir à me piquer le bout des doigts. Ça, c'est un confort vraiment très important. On peut avoir un capteur quand on a au moins une insuline par jour et c'est vraiment un vrai confort. que de pouvoir contrôler sa glycémie sans se piquer le bout des doigts, parce que ça finit par faire mal quand on se contrôle régulièrement. Et puis moi, ça me permet d'agir quand même plus vite. Mais mon mari, lui, ne se rend pas compte. Il ne se rend pas compte que je baisse en sucre.

Carole (00:18:31)

J'ai la chance de ne pas faire souvent d'hypoglycémie. Et ça m'est arrivé à la piscine. Donc je me rends compte que je n'avais rien dans mon sac, donc c'était de ma faute. Et je me dépêche d'aller vers le distributeur en panne. Et le monsieur qui surveillait les allées et venues, c'est un monsieur qui avait fortement maigri et qui connaissait le diabète. " Ça va pas ?" Je lui dis "Non." Et je m'assois, "Asseyez-vous." "Oui, parce que là, je ne peux plus." "Vous n'avez rien ?" "Non, ça serait trop beau." Et vos distributeurs sont en panne ? Je lui dis, est-ce que vous pouvez demander du sucre à vos collègues qui boivent le café ? Et ces dames n'ont jamais voulu me donner de sucre. Elles ont dit qu'elles seraient responsables s'il m'arrivait quelque chose, mais j'ai dit, je sais ce que j'ai, c'est je vais pas les attaquer au tribunal. Lui est allé dans son vestiaire, dans sa veste et il m'a ramené 2 bonbons. Comme il dit, je sais ce que vous avez, je vois bien que vous aussi. Je dis oui, mais là, je suis incapable de bouger de bonbons. quoi. Donc j'ai mangé les bonbons, j'ai récupéré, parce que le bonbon, c'est du sucre pur, il m'en a donné deux ou trois, et des bonbons à la menthe, je me souviens. Et ma copine est sortie aussi du vestiaire, elle me fait : "Oh là ! Ça y est, ça va mieux, ça va mieux." Depuis, je fais attention dans mon sac de gym d'avoir de l'eau ou de la pâte de fruits ou du sucre, parce que c'est vraiment très désagréable. Moi, je suis incapable de me mettre debout sur mes jambes et il faut 10 minutes et après ça repart. C'est un manque d'information. Ce n'est rien d'extraordinaire. Il suffit de mettre la personne en sécurité et puis de lui donner du sucre, un verre d'eau et d'attendre. Ce n'est jamais très long, un quart d'heure grand max. Et les gens, en fait, ont peur et puis se déchargent en se disant : "Non, non, non, c'est tout juste. Il n'y a pas besoin d'appeler les pompiers." Quand on est diabétique, malheureusement, on sait.

Joëlle (00:20:31)

Le diabète, on a l'impression qu'on est entouré de diabétiques. Je pense que c'est une maladie qui court.

Carole (00:20:39)

Et le drame aujourd'hui, c'est les jeunes, donc souvent les jeunes sont diabétiques de type 1 parce que le pancréas arrête de fonctionner et malheureusement, on va se retrouver, comme aux États-Unis, avec une tranche d'âge de jeunes hommes et jeunes femmes, de jeunes adultes autour de 18-20 ans qui vont diabétiques à cause de la malbouffe. Les sodas, merci McDo et toute cette fast-food, c'est bourré de sucre et de produits annexes qui font que les jeunes se retrouvent diabétiques. Et au lieu de prendre un thé le matin ou un café au lait, ils boivent un Coca. Pour démarrer la journée, c'est une catastrophe. On va dans les écoles, les lycées et on entend, ils ne veulent pas nous le dire. Et puis au bout d'un moment, on entend « Mais tu as déjeuné comment toi ? J'ai pris un Coca. Vous avez 35 grammes de sucre dans une canette de 30 centilitres de Coca et on devrait consommer au maximum 20 grammes de sucre par jour.

Joëlle (00:21:44)

C'est essentiel de comprendre ce qui nous arrive. Qu'est-ce que le diabète ? Les complications du diabète, c'est hyper important de savoir ce qui nous attend au bout du chemin parce que les complications sont quand même terrifiantes. Et puis, après avoir compris, eh bien, on a besoin de comprendre le vocabulaire médical parce que les médecins vont vont s'adresser à vous avec un vocabulaire que les gens tout simples ne comprennent pas forcément. Donc il vient avec leur ordonnance et il nous demande en fait de traduire, traduire en mots de tous les jours. Et puis tous les jeunes, la prévention auprès des jeunes, c'est indispensable parce que les jeunes d'aujourd'hui, avec ce qu'ils mangent, avec la sédentarité, avec tout ça, ce sont les diabétiques de demain. Et il y en aura beaucoup, Et ça, je pense qu'il faut qu'on bouge par rapport à ça.

Carole (00:22:44)

Je rejoins Joël pour la prévention et en devenant acteur de notre santé, et ben on se sent mieux, on apprend à se connaître. Un diabétique qui est acteur de sa santé est un malade en bonne santé. Et je trouve que cette phrase, et bien, elle est positive et elle nous aide à nous prendre en charge sans être, si je peux employer le mot, plombé. Par cette maladie qui est sournoise et pas top.

Présentateur (00:23:18)

Un grand merci à Joël et Carole pour ces témoignages de vie. Leur expérience illustre très bien une réalité : le diabète de type 2 est la forme la plus courante de la maladie. Il représente près de 80 à 90 % des cas en France avec plus de 3,5 millions de personnes sous traitement. Pour mieux comprendre cette maladie et la prise en charge, nous avons recueilli l'éclairage du docteur Bérengère Coestier, endocrinologue à la clinique Beausoleil Aézio Santé à Montpellier.

Bérengère Coestier (00:23:48)

Le diabète de type 2, ça représente la majorité de mes patients puisque je suis diabétologue et que j'exerce dans une clinique mutualiste où on reçoit en fait en majorité des personnes diabétiques et dont la majorité sont diabétiques de type 2 puisque c'est le diabète le plus prévalent dans la population.

Présentateur (00:24:06)

Docteur, vous avez, comme nous, écouté les témoignages de Carole et Joëlle. Quelle est votre réaction?

Bérengère Coestier (00:24:12)

J'ai trouvé les témoignages Assez authentique, j'ai trouvé qu'il reproduisait vraiment la réalité de ce que je peux entendre au quotidien du vécu avec la maladie. Et elles abordaient de manière à la fois différente mais un peu similaire sur différents aspects de la maladie, notamment sur le parcours qui est pas du tout linéaire, avec parfois une phase de déni, les difficultés de l'observance sur le long cours puisque c'est une maladie qui est chronique et donc qui va demander un investissement. Bah tout au long de sa vie, du diagnostic jusque très. tard puisqu'on l'a tout le temps. Il y avait des thèmes hyper intéressants comme la relation médecin-patient. On voit que à plein de moments dans les témoignages, c'est pas toujours évident et on voit que c'est primordial pour que ça se passe plutôt bien d'avoir une bonne relation avec ces soignants. Et puis ça a mis en évidence un truc qui m'est très cher, c'est le rôle de l'éducation thérapeutique pour aider les patients à comprendre leur maladie, améliorer leur vécu de leur maladie et mettre en place des changements qui devront être quasiment quotidiens, un investissement quotidien dans leur maladie.

Présentateur (00:25:21)

Revenons justement sur leur parcours. Sont-ils similaires à ceux des patientes que vous recevez en consultation, sachant qu'elles ont fait le choix de basculer du côté de la prévention à travers une association?

Bérengère Coestier (00:25:32)

Qui est classique, c'était un petit peu peut-être l'arrivée dans leur dans la maladie pour chacune d'elles sur en fait un dépistage puisque bien souvent les patients qu'on va recevoir en consultation, on leur a découvert leur diabète soit sur une prise de sang, soit au cours d'une grossesse comme c'était le cas d'une des 2 femmes qui a témoigné. Donc ça c'est quelque chose qui est classique. Il y a pas forcément de symptômes comme dans d'autres maladies où on va voir le médecin parce que bah on sent qu'il y a quelque chose qui va pas, là c'est pas le cas. Et c'est ce qui en a fait aussi un challenge pour ces 2 personnes, puisque c'est difficile de se rendre compte qu'on a une maladie, qu'on est malade quand on n'a pas forcément de symptômes. Et donc c'est encore plus difficile, Et on le voit dans les 2 parcours, de pouvoir adhérer à ce qui est proposé par les soignants qu'on comprend pas forcément. Donc ça, c'est quelque chose que je retrouve souvent. Les gens me disent "Bah, je me sens bien." Donc pourquoi est-ce que vous nous donnez un traitement? ? Donc il y a vraiment c'est hyper important de comprendre pour pouvoir accepter. Et c'est on voit bien dans les 2 témoignages que c'est ce qui a permis qu'elles vivent mieux les choses, ces 2 personnes, et qu'elles adhèrent mieux à leurs soins. C'est quand elles ont compris à quoi ça servait et quand elles se sont impliquées, vous disiez elles étaient dans des elles sont dans des associations, alors ça c'est. pas hyper fréquent dans les patients. On en a bien sûr qui sont patients partenaires ou qui vont dans des associations. C'est un peu ce qui est moins classique dans leur parcours puisqu'elles sont allées vraiment jusqu'au bout du changement, jusqu'à même aider d'autres personnes à faire le chemin qu'elles ont eu parfois du mal à faire elles-mêmes.

Présentateur (00:26:58)

Jusqu'où peut aller ce diabète de type 2 s'il n'est pas pris en charge?

Bérengère Coestier (00:27:03)

Il peut aller jusqu'à ce qu'on appelle nous les complications du diabète. Le diabète, c'est un excès de sucre dans le sang qui va abîmer l'ensemble des parois des artères, que ce soit les grosses artères comme celles du cœur, celles des vaisseaux du cerveau, des jambes, et cetera. Et ça peut aussi abîmer les petites artères au niveau, par exemple, des yeux et des reins. Donc ça peut donner des complications qui sont très graves, comme un infarctus du myocarde, un accident vasculaire cérébral. On peut avoir une atteinte des yeux jusqu'à. Perdre la vue dans des cas les plus sévères, des atteintes au niveau des artères des jambes avec des risques d'amputation. Donc c'est des choses qui vont faire basculer une maladie qui est totalement parfois asymptomatique, jusqu'à des complications qui peuvent faire vraiment changer du tout au tout la qualité de vie des personnes. Faut juste comprendre pourquoi on doit se soigner et comprendre qu'on peut les éviter totalement ces complications. Quand on met en place un certain nombre de choses dont elles ont parlé.

Présentateur (00:28:04)

C'est donc à prendre très au sérieux. Quels conseils donneriez-vous aux auditrices atteintes d'un diabète de type 2 ou qui auraient des proches atteints de cette maladie, notamment une fois que la maladie est installée et pour ne pas qu'elle s'aggrave?

Bérengère Coestier (00:28:17)

Pour qu'elle s'aggrave pas, je leur dirais la priorité, c'est d'essayer de comprendre pourquoi on doit se traiter une fois qu'on a compris et qu'on a donné un peu de sens. Aux changements qu'on doit faire, Ben c'est essayer de faire les choses petit à petit. Parce qu'on voit que quand on veut changer son mode de vie trop brutalement, c'est trop difficile de maintenir les changements dans au long terme. C'est hyper important de changer sa façon de s'alimenter, d'être le moins inactif possible, de bien prendre ses médicaments. Mais il y a des choses qui peuvent être vécues comme quelque chose de trop difficile. Et le fait de mettre en place des changements petit à petit, d'avoir le temps de s'adapter, ça permet d'éviter ces complications. Puisqu'on a quand même aussi beaucoup de moyens thérapeutiques à disposition. Et c'est important de bien dialoguer avec son médecin, de bien exprimer ses craintes par rapport à certains traitements. Il y a des gens qui vont avoir peur de l'insuline, elle en a parlé et finalement la patiente qui a été mise sous insuline, ça s'est très bien passé pour elle et c'est à ce moment-là qu'elle qu'elle a bien vécu les choses. Ça peut très mal se passer parfois quand on n'explique pas pourquoi on met les gens sous insuline ou parce qu'ils n'ont pas osé demander pourquoi on mettait ce traitement en place. La compréhension à la fois de la maladie, mais aussi des traitements, des changements qu'on doit mettre en place dans sa vie, est à la base de tout. Si le médecin ne prend pas assez le temps de nous expliquer, ce serait dommage, il faut bien poser les questions et aussi on peut se rapprocher comme elles l'ont fait toutes les deux. D'éducation thérapeutique, d'associations de patients. Il y a plein de programmes d'éducation thérapeutique en France. Nous, on en a mis un en place au sein de la clinique. Et bah régulièrement, les gens qui viennent disent que ça leur a changé la vie parce que ils ont compris, ils ont mieux vécu, ils ont rencontré des gens qui traversaient les mêmes questionnements qu'eux et ça aide beaucoup.

Présentateur (00:30:05)

À travers ces témoignages et ce que vous disent vos patientes, comment peut-on mieux vivre avec un diabète de type 2?

Bérengère Coestier (00:30:12)

Se Se saisir de cette maladie pour améliorer son mode de vie, améliorer ce qu'on ce qu'on fait au quotidien pour sa santé, par exemple, faire peut-être plus d'activité physique, prendre plus soin de soi. De manière générale, ça peut être aussi en faisant d'autres choses, en faisant des choses artistiques, en étant dans Ben, dans des associations comme ont fait ces patients, où elles ont donné finalement un sens à leur maladie en aidant les autres. D'essayer d'avoir une alimentation la plus saine possible dans le sens où on essaie de manger de tout. Elles l'ont beaucoup dit, c'est tout est dans la modération. Il va pas y avoir d'interdit, mais on va bien sûr favoriser une alimentation qui va être riche en fibres avec des légumes. On va éviter tout ce qui est ultra transformé. On va essayer de prôner nous le fait maison le plus possible. Et puis trouver du plaisir dans cette alimentation, donc tout en étant dans une certaine modération, reprendre le Ben du plaisir à déguster certains aliments. Nous, on travaille beaucoup ça avec les personnes. En voilà en lisant Ben c'est OK de manger certaines choses. Par contre, on essaie d'être attentif à. À prendre du plaisir dans l'alimentation pour ne pas être dans une compulsion alimentaire derrière et dans des débordements de l'alimentation. Et après ? Bien sûr, le la prévention, c'est aussi d'essayer d'être le moins sédentaire possible dans sa vie quotidienne et si on peut même pratiquer une activité plus sportive. Mais déjà. de ne pas être trop sur des écrans, de se lever régulièrement, d'aller faire des choses à pied plutôt que de prendre sa voiture, etc. C'est des comportements qu'on va valoriser le plus possible et c'est ça qui peut permettre d'éviter d'avoir un diabète pour des personnes qui seraient plus à risque parce qu'ils auraient par exemple des antécédents dans leur famille de diabète.

Présentateur (00:32:07)

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