Transcription du podcast : vivre avec l'obésité - témoignages de Claire et Sophie

Retrouvez sur cette page la transcription du podcast "Vivre avec l'obésité : témoignages de Claire et Sophie", 9eme épisode de la série "Maladies chroniques au féminin".

Épisode 9 - Vivre avec l’obésité : témoignages de Claire et Sophie

00:01:27
Claire : J'ai toujours été en surpoids. Dans ma famille, le poids a toujours occupé une place importante et les remarques étaient fréquentes. Dès l'enfance, mes parents m'ont encouragée à pratiquer différents sports dans l'espoir que je perde du poids. Malgré cela, j'ai régulièrement été confrontée aux moqueries à l'école et dans les activités sportives.
Avec le recul, je réalise également que mon alimentation a été influencée par mon environnement familial. Les fruits et légumes étaient quasiment absents de nos repas, ce qui a façonné durablement mes habitudes alimentaires.
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00:02:46
Sophie : Mon premier souvenir lié au poids remonte à une visite médicale scolaire. J'avais six ans lorsque le médecin a commencé à signaler une prise de poids jugée excessive. Très rapidement, j'ai été entraînée dans une succession de régimes restrictifs avec ma mère, elle-même constamment au régime.
Ces années de privations ont installé un cycle de pertes et de reprises de poids qui m'a accompagnée pendant toute mon enfance et mon adolescence. Avec le temps, j'ai compris que ces régimes avaient davantage contribué à dérégler mon rapport à l'alimentation qu'à résoudre le problème. 
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00:04:52
Sophie : Ma première consultation spécialisée a été particulièrement difficile. Je me suis sentie immédiatement jugée. Le discours se résumait à « mangez moins et bougez plus », sans tenir compte de mon histoire, de mes difficultés ou de l'aspect psychologique de la maladie.
Cette expérience m'a durablement éloignée des professionnels de santé. Pendant plusieurs années, j'ai essayé de gérer seule mon problème de poids, sans réel succès.
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00:06:21
Claire : J'ai vécu quelque chose de similaire lors d'une consultation médicale. Le professionnel que j'ai rencontré a attribué tous mes problèmes de santé à mon poids, sans véritable écoute. Je suis sortie de ce rendez-vous profondément blessée.
Par la suite, j'ai intégré un parcours de chirurgie bariatrique. Après un an et demi d'examens et d'accompagnement médical, j'ai finalement choisi de ne pas me faire opérer. J'ai compris que l'intervention ne réglerait ni mes troubles alimentaires ni la relation compliquée que j'entretenais avec mon corps. 
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00:09:51
Sophie : La chirurgie bariatrique peut représenter une solution précieuse pour certaines personnes, mais elle ne résout pas tout. Lorsque les causes profondes du surpoids sont liées à des troubles du comportement alimentaire ou à des difficultés psychologiques, le travail de fond reste indispensable.
Je connais plusieurs personnes opérées autour de moi et leur parcours montre que l'intervention peut aider, sans pour autant faire disparaître toutes les difficultés du quotidien.
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00:15:00
Claire : Grâce à l'accompagnement proposé par l'association ANDAT, j'ai appris à mieux comprendre mes troubles alimentaires, notamment l'hyperphagie. Aujourd'hui, je cherche davantage à améliorer mon bien-être et ma qualité de vie qu'à poursuivre une perte de poids à tout prix.
J'ai repris une activité physique régulière et j'essaie de remettre mon corps en mouvement. Même si certaines limitations demeurent, je cherche désormais à ne plus subir mon corps mais à vivre avec lui. 
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00:16:49
Sophie : Pendant longtemps, mon apparence physique a conditionné ma relation aux autres. Je m'empêchais de participer à certaines activités ou de créer des liens par crainte du regard porté sur moi.
Avec le temps, et notamment après ma grossesse, j'ai commencé à accepter davantage mon corps. Je ne dirais pas que tout est réglé, mais je vis aujourd'hui avec plus de sérénité qu'autrefois. Certaines activités restent compliquées, mais je ne renonce plus aussi facilement à participer à la vie sociale. 
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00:20:54
Claire : Lorsque j'ai évoqué mon souhait d'avoir un enfant, la première réponse reçue a été qu'il fallait perdre du poids. Cela a renforcé l'idée que mon poids conditionnait tout dans ma vie.
Aujourd'hui encore, je m'interroge sur l'impact qu'une grossesse pourrait avoir sur mon corps. Ce n'est pas uniquement une question d'apparence, mais aussi de confort physique et de santé au quotidien. 
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00:22:57
Sophie : Avec le recul, je pense que le regard des autres est parfois plus difficile à vivre que la maladie elle-même. Les remarques, les jugements et les injonctions permanentes entretiennent souvent un sentiment de culpabilité.
Contrairement aux idées reçues, les personnes en situation d'obésité ne manquent pas de volonté. Beaucoup ont au contraire passé des années à se restreindre, à suivre des régimes et à lutter contre leur poids. 
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00:24:29
Claire : Les moqueries subies pendant l'enfance ont eu un impact déterminant sur mon parcours. Ce sont elles qui m'ont poussée à vouloir perdre du poids très tôt et à enchaîner les régimes.
Je trouve également difficile que le poids soit constamment commenté. On félicite les personnes qui maigrissent, comme si leur valeur dépendait de leur apparence physique. Pourtant, la réalité est beaucoup plus complexe. 
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00:28:06
Claire : Les repas avec d'autres personnes restent parfois compliqués. Mes habitudes alimentaires particulières peuvent susciter des incompréhensions ou des remarques. Cela me met souvent mal à l'aise et peut rendre certaines situations sociales difficiles à vivre.
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00:29:16
Sophie : Pour moi, le plus difficile est la peur du jugement lorsque je mange en public. Au restaurant ou lors d'un buffet, j'ai parfois l'impression que mon assiette est observée et analysée.
Même si ce regard n'est pas toujours réel, les expériences de grossophobie vécues au fil des années laissent des traces durables et rendent ces moments moins spontanés qu'ils ne devraient l'être. 
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00:31:14
Sophie : Le soutien le plus important, je l'ai trouvé auprès de professionnels spécialisés et d'associations comme ANDAT. Cet accompagnement m'a permis de mieux comprendre mon histoire, de déconstruire certaines croyances et d'apprendre à porter un regard différent sur moi-même. 
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00:42:05
Sophie : L'une des étapes les plus importantes de mon parcours a été d'accepter que l'obésité est une maladie chronique. Pendant longtemps, je pensais simplement manquer de volonté.
Comprendre que cette maladie est multifactorielle et qu'elle ne se résume pas à une question de motivation a profondément changé mon regard sur moi-même et sur mon histoire. 
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00:43:01
Présentateur : Dans la seconde partie du podcast, une diététicienne nutritionniste et une psychologue analysent les témoignages de Claire et Sophie. Elles rappellent que l'obésité est une maladie complexe, influencée par des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux, et soulignent l'importance d'une prise en charge pluridisciplinaire. 
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00:55:07
Les expertes : Pour mieux vivre avec l'obésité, il est essentiel de se recentrer sur le bien-être, la relation au corps et à l'alimentation plutôt que sur la seule perte de poids. L'objectif est de sortir des logiques de restriction permanente et de retrouver une relation plus sereine avec soi-même.

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