Transcription du podcast : une réalité physique loin des mythes

Retrouvez sur cette page la transcription du podcast " une réalité physique loin des mythes", 1er épisode de la série "50 ans, un âge clé pour les femmes".

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50 ans, un âge clé pour les femmes, un podcast d'AÉSIO mutuelle. Saviez-vous que les changements hormonaux autour de 50 ans vont bien au-delà de ce que l'on imagine ? Connaissez-vous vraiment les différences entre la périménopause, la ménopause et la postménopause ? Dans ce premier épisode de notre podcast, nous expliquerons les changements physiques qui surviennent chez les femmes, bien au-delà des idées reçues. Avec Elsa Ratti, psychologue clinicienne, et le docteur Quentin Reboul, chirurgien gynécologue, nous allons décrypter les variations hormonales et leurs impacts sur la santé physique et mentale, bien souvent sous-estimée. Docteur Reboul, on parle spontanément de ménopause, mais d'après ce que j'ai compris, on devrait plutôt parler de transition ménopausique, des changements de la pré ou de la périménopause. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ça ?
 

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Docteur Reboul : Oui, tout à fait. On parle souvent de la ménopause comme d'un événement précis, d'une date clé ou quelque chose comme ça, alors qu'en réalité, il s'agit surtout d'un processus qui va s'étaler sur plusieurs années, un processus assez progressif. La ménopause est la définition technique ou techniquement scientifique. C'est le moment où une femme n'a plus de règles depuis au moins 12 mois consécutifs sans toute autre cause médicale. Ça marque aussi Ben un vrai tournant chez la patiente ou enfin chez les femmes pour marquer la fin de la fertilité féminine. Avant cela, et comme vous l'avez très bien dit, on passe pas du jour au lendemain la ménopause. Il y a une période de transition ménopausique ou périménopause. Qui peut durer de 4 à 10 ans, et elle commence généralement techniquement autour de 45 - 47 ans. Mais ça peut vraiment varier en fonction des femmes. Ça peut être plus tôt, ça peut être plus tard. Tout dépend effectivement de l'âge de la ménopause naturelle. Durant cette période, simplement, les hormones comme les œstrogènes et la progestérone, qui sont les hormones féminines, commencent à fluctuer et ça provoque en partie et progressivement, toute une série de changements, que ce soit dans le cycle menstruel, l'humeur, le sommeil… enfin, sur tout un tas de thématiques. Évidemment, dans cette période, de pré-ménopause, on n'aime pas forcément ce terme, on peut faire aussi référence à une période reproductible normale. Personnellement, je préfère le terme périménopause, qui est vraiment ce terme qui désigne la phase de transition ou qui englobe cette phase de changement progressive.
 

00:02:38 Ce sont des changements hormonaux, donc, qui sont à l'origine des symptômes de la préménopause ?
Docteur Reboul  : Voilà, de la péri ou la pré-ménopause. Effectivement, c'est eux qui sont à l'origine puisque c'est exactement ce problème. C'est le déséquilibre hormonal qui est en particulier la baisse des œstrogènes. Et dans cette période ménopausique, ce sont vraiment l'épuisement progressif de la sécrétion d'œstrogènes, notamment par les ovaires, qui est à l'origine des symptômes. Habituellement, on retrouve progressivement de plus en plus de symptômes, par exemple, de bouffées de chaleur, de sueurs nocturnes. On peut avoir pratiquement jusqu'à 75 à 80 % des femmes qui en présentent dans cette période-là. Des troubles du sommeil, on peut dormir un peu moins. Schématiquement, on peut même estimer à 1h de sommeil en moins par nuit. Une fatigue chronique, des variations dans l'humeur, de l'irritabilité aussi, des troubles de la concentration, une baisse de libido, de la sécheresse vaginale. Ce sont tous ici des symptômes qui se voient beaucoup. Mais on a aussi malheureusement, avec cette baisse d'œstrogènes, d'autres risques qui vont s'installer un peu plus à long terme, qui vont être prépondérants, surtout sur le risque d'ostéoporose, de maladies cardiovasculaires. Surtout, évidemment, si aucun suivi n'est mis en place. Et s’il n'y a pas eu d'adaptation ou supplémentation adaptée.
 

00:03:57 Donc, en toute logique, une fois que ces variations hormonales sont passées, les symptômes eux aussi doivent passer ?
 

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Docteur Reboul : Oui, et c'est vrai que c'est ça la complexité de des symptômes ménopausiques au sens large, ils sont très variables en fonction des patientes. Vous allez avoir des femmes qui vont n'avoir aucun symptôme, qui vont avoir cette période de transition très calme, très sereine. Il va y avoir des patientes qui vont être beaucoup plus « bruyantes » du point de vue de la symptomatologie. C’est vraiment quelque chose de très personnel en fonction des dames. Et effectivement, il peut y avoir qu'une phase de transition, l'apparition de la ménopause, qui va s'installer et l'arrêt de l'ensemble de ces symptômes ménopausiques qui se fait de manière progressive. À l'inverse, vous pouvez aussi avoir des dames qui vont avoir ces périodes de symptomatologie beaucoup plus longues, notamment des bouffées de chaleur qui peuvent durer plusieurs années malheureusement, et qui vont peut-être s'estomper progressivement mais avec plus de temps.
 

00:04:52 Madame Ratti, comment les patientes qui viennent vous consulter vivent cette période de changement ?
 

00:04:57 
Elsa Ratti : Généralement, quand elles viennent en consultation, ce qui ressort, c'est le sentiment de confusion. Elles ont des symptômes qui sont multiples, qui peuvent être fluctuants. Il y a des moments où elles se sentent parfaitement bien dans leur vie, d'autres moments où beaucoup plus vulnérables, sans forcément qu'il y ait une raison particulière ou apparente qui soit là. Et du coup, elles se reconnaissent plus dans leurs réactions. Elles ont souvent l'impression de perdre pied dans un moment de leur vie où ça a l'air d'aller plutôt bien. Justement, c'est ça le paradoxe. Souvent, elles ont une vie assez installée au niveau de leur carrière, leurs enfants ont grandi, elles ont une forme de stabilité apparente. Pour autant, la ménopause, la transition ménopausique les bouleverse et vient questionner un peu tout ça et du coup elles sont déroutées. Ce qui ressort aussi, c'est qu’elles sont déroutées parce qu’il y a des symptômes et que pour autant ça n’est pas une pathologie. Donc il y a ça vraiment qui revient dans les questions, ce sont des symptômes physiques, des symptômes psychiques. Quand certaines font la liste, effectivement, on se dit il y a une souffrance, donc c'est un peu une zone grise entre le normal et le pathologique. Pour autant, ça n’est pas une maladie et généralement elles commencent à aller mieux quand elles envisagent cette période-là comme une transition physiologique totalement naturelle et plus comme un problème qu'il faut gérer. Ça, il y a vraiment quelque chose qui se joue à ce moment-là. Et ce qui ressort aussi beaucoup, c'est qu'elles se sentent isolées en fait, parce qu’on en parle peu, parce qu'elles ne se sentent pas légitimes à dire qu'elles ne vont pas bien, à demander de l'aide. Souvent, il y a quand même une grande détresse et poser des mots, c'est le début de quelque chose. Justement, ça vient réparer, ça vient cadrer un peu tout ça et déjà c'est libérateur. En général, c'est plutôt ça qui ressort.
 

00:06:30 Est-ce qu'elles ont le réflexe de consulter pour obtenir du soutien psychologique?
 

00:06:34
Elsa Ratti : Et bien non, pas forcément. Après, celles qui vont consulter, généralement, je le remarque dans mes patientes, ce sont des personnes qui avaient consulté avant pour d'autres crises de vie. C'est plus facile pour elles de se saisir de la consultation en psychothérapie. C'est quelque chose qui va être plus naturel, qu'elles vont faire plus spontanément. Il y en a d'autres qui vont venir sur les conseils de leur médecin ou de leur entourage aussi, qui leur ont fait vraiment pointer le fait que là il y avait une souffrance et une difficulté. Mais ça n’est pas quelque chose qui va qui va de soi spontanément.

00:07:04 Ça peut paraître étonnant, mais aujourd'hui encore, en 2025, les femmes ont du mal à parler de leur ménopause et de leurs symptômes ?
 

00:07:11 
Elsa Ratti : Et bien non. On n'est pas aidé non plus. On est dans une société qui a qui a beaucoup de tabous autour de la ménopause parce que c'est associé dans notre société au vieillissement, ce qui n’est pas le cas dans d'autres sociétés. Par exemple, au Japon, la ménopause, c'est le nouveau printemps, le « 2e printemps ». D'ailleurs, ils appellent ça comme ça, c'est beaucoup plus valorisé. Là, en parler, c'est presque transgresser le tabou de « je vieillis ». J'arrive à une époque de ma vie où je ne suis plus fertile, plus féconde, où je deviens inconfortable dans mon corps et où du coup la société n'est pas du tout soutenante. Donc se sentir légitime à en parler, c'est compliqué. Je pense que justement la solution c'est d'en parler.
 

00:07:49 Quels sont vos conseils à tous les 2 pour les femmes qui traversent cette période et pour leurs proches également ?
 

00:07:55 
Elsa Ratti : Généralement, ce que je leur dis, c'est déjà de reconnaître ce qu'elles vivent. Il y a une tendance, et vraiment ça, je le vois chez chacune de mes patientes, à minimiser ce qu'elles ressentent, comme si ce qu'elles traversaient n’était pas complètement réel, pas complètement légitime. Et le fait de le dire, d'en parler, que ce soit au médecin, au gynécologue, psychologue ou même à des amis, en tout cas, d'avoir un espace où on peut verbaliser tout ça, déjà je pense que c'est fondamental. C'est le début de quelque chose qui va aller vers du mieux. En général, moi je leur rappelle aussi qu'elles ont déjà traversé des tempêtes, des périodes difficiles qu'elles n'ont pas choisies, qu'elles ont dû subir. Et même si elles ont peut-être un peu vacillé et que ça a été compliqué, elles ont tenu, elles se sont réinventées. Du coup, cette ménopause, c'est une nouvelle traversée qui est inconfortable mais qui n'est pas une fin qui ouvre sur autre chose. Ça aussi c'est important de le garder en tête. Et aussi ce que je leur dis, c'est qu’on on a tendance un peu à vouloir gérer la ménopause, comme on gère un dossier ou un problème. En fait, c'est de se dire finalement que c'est une période qu'on peut habiter complètement pour s'en saisir, pour se questionner vraiment sur là où on en est, ce qu'on veut, ce qu'on ne veut plus. On a une expérience de vie qui est quand même plus riche. Il y a des choses qui sont à valoriser et je pense que l'habiter comme ça, c'est déjà transformer aussi une situation en quelque chose de porteur. On parlait tout à l'heure de la société qui a un regard assez sévère sur la ménopause, mais il y a aussi notre propre regard du coup. Et de se dire voilà, c'est une période où je suis moins soumise aux injonctions et où je décide de fonctionner différemment avec ma nouvelle liberté aussi.

 

00:09:34 
Docteur Reboul : Je rejoins effectivement totalement l'ensemble des propos de ma collègue. La base c'est la communication, comme dans beaucoup de choses. Libérons la parole et cette parole, elle doit être globale et dans un entourage, que ce soit médical mais aussi selon les proches, c’est important. C'est à dire que je rejoins aussi cette idée que peu importe le type de souffrance qui peut être liée à cette transition, ça n’est pas une fatalité. Justement, on a plein de solutions à proposer aux patientes, aux dames, aux femmes, pour les accompagner dans cette période. Et le simple fait d'oser en parler, c'est vraiment un très beau pas en avant. Ensuite, effectivement, on peut toujours faire le petit bilan gynécologique pour voir où on en est, envisager ou pas l'accompagnement et proposer des solutions assez personnalisées pour les patientes, que ce soit des traitements hormonaux ou d'autres traitements. D'ailleurs, on n'est pas forcément obligé de tout traiter par des traitements hormonaux qui souvent peuvent effrayer les patientes. C'est ce qu'on leur dit aussi, le traitement hormonal, il est nécessaire quand il y en a besoin, vraiment un vrai besoin médical. Mais il y a plein d'autres choses, des alternatives non hormonales, qu'on peut proposer justement pour les soulager. Notamment dans la période de périménopause, pour les règles incapacitantes, avec des saignements très importants, on peut proposer des chirurgies très mini-invasives, de cautérisation légère de l'endomètre pour régler le problème de saignement abondant. Ce sont des solutions qui sont très simples mais qui améliorent de façon spectaculaire la qualité de vie au quotidien. L'entourage aussi, je pense que c'est quelque chose de vraiment très important. Et j'ai envie de dire aussi à toutes les femmes qui traversent cette période, mais aussi à leurs proches, soyez à l'écoute, écoutez, soyez attentifs aux changements des femmes de votre entourage, ou de votre femme. Soyez bienveillants, attentifs aux changements. Encore une fois, ça n’est pas une fatalité, c'est une période vraiment charnière dans la vie d'une femme et je pense que justement de la part des proches, ces femmes-là méritent du soutien. Pas du silence.
 

00:11:47 
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