#Changer de regard

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Comment détecter et vivre avec un HPI ?

Dans le monde comme en France, il y a environ 2,3% de personnes ayant un QI supérieur ou égal à 130 sur l'échelle de Wechsler. Ces personnes sont qualifiées de hauts potentiels, un terme qui peut sembler très positif mais peut aussi s’avérer porteur de profondes souffrances.
Homme lisant un diagnostic

Être HPI ça signifie quoi ? 

On appelle Haut potentiel intellectuel (HPI), ou encore zèbres, des personnes qui possèdent une intelligence particulière, plus intuitive, plus abstraite, et moins linéaire, mêlée d'une grande sensibilité qui rend chaque instant, chaque émotion et chaque réaction plus intense. On parle alors de "douance", les caractéristiques qu’on y associe le plus souvent sont une : 

  • Hypersensibilité (dont grande émotivité, susceptibilité et empathie) ;
  • Hyperanalyse, flux de pensées incessant ;
  • Hyperlucidité, grande conscience de la réalité ;
  • Idéalisme, grand sens de la justice et de la morale ;
  • Soif de sens ;
  • Grande détermination, capacité d'attention, mémoire et apprentissage rapide si l'activité a du sens ou est assez stimulante ;
  • Vocabulaire large et riche ;
  • Profonde vivacité, curiosité et grand sens de l'observation ;
  • Faible tolérance à la frustration, impatience ;
  • Capacité élevée de résilience mais également à se mentir et se trouver des excuses ;
  • Importante imagination ;
  • Grand sens de l'humour, mais souvent décalé ;
  • Beaucoup d'intérêts très variés.

Concrètement, cela s’exprime souvent par une sensation de décalage, le sentiment d’être un peu bizarre, un peu à part, d’être extrêmement conscient du monde qui vous entoure sans pour autant réussir totalement à l’intégrer et à en faire partie. D’être parfaitement lucide sur tout et de ne pas pouvoir faire taire le flux de questions que cela suscite. 

Cependant, la douance ne s'exprime pas à chaque instant : les caractéristiques varient au cours du temps chez un même individu. De même, toutes les caractéristiques associées au HPI ne se manifestent pas chez tous les HPI

Comment savoir si vous êtes HPI ?

La douance et le sentiment de décalage qu’elle engendre, peuvent être porteurs de beaucoup de souffrance. Or, pour appréhender au mieux une souffrance et l’apaiser le plus efficacement possible, il faut déjà poser les bons mots dessus.  

Comment détecter la douance ?

Si vous avez un doute, pour vous ou une personne de votre entourage, mais que vous ne voulez pas passer immédiatement par un diagnostic médical, vous pouvez commencer par passer un test gratuit pour vous faire une première idée.

Comment établir la douance ?

Pour confirmer que vous êtes bien HPI, il vous faudra faire appel à un psychologue. Ce dernier vous évaluera à travers un test et bilan psychologique, qui passera notamment par la mesure de votre QI. Les tests référents sont ceux utilisés sur l’échelle de Wechsler. Le test est différent en fonction de si vous êtes un adulte (Wechsler adult intelligence scale) ou un enfant (Wechsler intelligence scale for children).

Vous êtes considéré comme HPI si vous avez un QI supérieur ou égal à 130, soit au-delà de deux écarts-types par rapport à la moyenne (qui est de 100 sur l'échelle de Wechsler). Néanmoins, certaines personnes cumulent la douance avec le syndrome d'hyperactivité TDAH, l'autisme ou encore les troubles dys. Dans ces cas précis, elle peut s'exprimer à partir de 120 ou 125 de QI.

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Quels remboursements chez le psychologue ?

Si vous ressentez des difficultés passagères, du stress ou de l’anxiété, si vous traversez une période de mal-être, un suivi psychologique peut être utile ou nécessaire.

Le QI est un score relatif 

Surdoué, zèbre, haut potentiel... et tous les autres noms désignent les mêmes personnes, mais le mot « surdoué » en particulier est connoté. Il conduit très souvent les personnes qui l’utilisent à se faire cataloguer de prétentieux et d’arrogant en plus de véhiculer, chez leur interlocuteur, un flux de clichés et de fausses idées sur le sujet. Enfin, il n’est pas totalement correct car les HPI n’ont pas forcément plus de facilité dans les études et peuvent parfois se retrouver en complet décalage par rapport aux autres

Dans tous les cas, gardez en mémoire qu’il n’est pas question de mesurer votre intelligence mais votre quotient intellectuel. Ce sont deux choses très différentes. En effet votre intelligence est, par essence, un objet aux contours indéfinis et immesurables, contrairement à l'efficacité de votre fonctionnement intellectuel par rapport à la moyenne de votre âge et de votre catégorie. Le QI est simplement un score relatif qui indique une position dans un groupe d'âge identique.

  • 95% un QI total compris entre 70 et 130 ;
  • 2% un QI total supérieur à 130 ;
  • 0,13% un QI total supérieur à 145.

Mythes et réalités 

La même graine au départ, une croissance différente. 

Une des premières choses à savoir sur le HPI c’est que ça ne se construit pas avec le temps. Vous ne pouvez pas « devenir HPI », vous naissez, vous grandissez et vieillissez HPI. Il s’agit d’une particularité cognitive qui n’apparaît ou ne disparaît pas avec l’âge. 

Ainsi naître dans un milieu privilégié ne constitue pas un critère pour la création d’un enfant zèbre. En revanche le milieu peut influencer son développement, la manière dont il va vivre avec sa particularité cognitive et s’épanouir. D’une même graine, la fleur qui en sort peut plus ou moins éclore en fonction de l’environnement dans lequel l’enfant grandit. 

Le QI est stable à partir de 6-7 ans 

Le bilan psychométrique est une évaluation, une photographie à un instant T, des capacités intellectuelles et du fonctionnement psychique de l’enfant ou de l'adulte. 

La plupart des psychologues considèrent qu'à partir de l'âge de 6 ou 7 ans, le QI est stable sur une vie entière.

Les tests de Wechsler sont actualisés et ré-étalonnés régulièrement, le QI que l'on obtient avec cette échelle n'est plus un QI de développement mais un QI standard. Les résultats reçus après votre test seront les mêmes si vous le refaites 40 ans après. C’est pourquoi affirmer qu’un enfant a « déjà 110 de QI à seulement 10 ans » n’a pas de sens.  

Pas une question de quoi mais de comment

Quand on pense à un enfant zèbre, on pense souvent à un génie capable de tout retenir, tout accomplir, qui fera de grandes études académiques. L’enfant prodige par excellence. La réalité c’est qu’« être HPI » et « être en échec scolaire » sont deux choses totalement compatibles et cela bien plus souvent qu’on ne le croit. 

De même qu’être parfaitement adapté au système scolaire et réussir brillamment vos études ne veut pas pour autant dire que vous êtes HPI, être HPI ne signifie pas forcément avoir des facilités dans toutes les matières et encore moins être supérieur aux autres. C'est posséder un fonctionnement distinct du reste du monde, une intelligence non pas plus grande mais de nature différente. Ce n’est pas une question de talent, mais de capacité, de potentiel. Ce n’est pas le résultat, c’est le fonctionnement.

Le danger de l'auto-diagnostic

Avez-vous déjà parlé à quelqu’un persuadé que lui-même ou l’un des membres de sa famille est HPI et sans jamais avoir effectué le moindre test pour le vérifier ? 

Un auto-diagnostic est très souvent biaisé parce qu’il est purement subjectif. Il repose souvent sur des choses vues ou lues, or, comme nous le verrons plus loin, on ne peut pas se baser entièrement sur une personnalité type à laquelle toutes les personnes zèbres appartiendraient. 
Il peut amener à positionner le fait d’être HPI comme la cause de souffrance ou de malheur « je souffre parce que je suis HPI ». S’il s’avère que vous vous êtes trompé dans votre diagnostic vous aurez perdu beaucoup de temps à rester coincé sur une mauvaise cause, au lieu de vous focaliser sur les réelles raisons de votre souffrance. 

Cela ne veut pas dire que tous les auto-diagnostics sont faux pour autant, simplement qu’il ne faut s’en contenter. S’il vous semble que vous ou un de vos proches êtes HPI et que cela est la cause de questionnements ou de souffrance, consultez un psychologue qui pourra développer les tests nécessaires.

QI homogène et QI hétérogène 

Attention à la victimisation ! Être HPI ne signifie pas systématiquement être une innocente victime abusée par les autres pour sa différence.  Des personnes testées avec un QI de 130 ou plus ne se reconnaissent pas dans sa description (très sensible, idéaliste, ultra empathique, généreux…) et parmi les HPI aussi, il y a aussi des personnes qui peuvent être méchantes, prétentieuses ou manipulatrices.  

Quand on passe un test de QI on obtient 4 scores distincts, le QI global c'est la moyenne des quatre : 

  • Si les scores sont proches, on dit que le QI est homogène. On parle alors de profils laminaires caractérisés par des capacités intellectuelles plus équilibrées et qui ont donc moins tendance à provoquer sensations de décalage et souffrance.
  • Si les scores sont très différents, on dit que le QI est hétérogène. On évoque des surdoués complexes.

Les surdoués complexes ont tendance à présenter les caractéristiques exprimées plus haut (sensibilité…) et à en souffrir. En effet, ils peinent souvent à faire converger leurs idéaux, leur personnalité et le monde qui les entoure. Cette souffrance les pousse à chercher des réponses, à s’exprimer, là ou d’autres, qui se sentent très bien avec leur HPI, n’en ressentent pas le besoin. Par conséquent, la personnalité type du zèbre en dépeint certains mais pas tous. Elle ne décrit pas ceux qui vivent bien leur fonctionnement qui appartiennent souvent aux profils laminaires. C'est un biais d’échantillonnage (ensemble d'individus d'une population, censé la représenter, mais qui n’en constituent en réalité qu’une partie).

Si vous souhaitez en savoir plus sur les deux types de profils, vous pouvez consulter l’article "Surdoué complexe ou laminaire ? La différence point par point".

Comment exploiter sa douance pour mieux vivre avec ?

Vous vous êtes fait diagnostiquer HPI et vous ne savez pas quoi faire de cette information ni comment l’exploiter ? Au début vous aurez peut-être envie de nier la situation, l’acceptation ne sera probablement pas immédiate et il vous faudra du temps et pas mal de lecture sur le sujet pour vous faire à l’idée, mais aussi comprendre ce qu’être HPI signifie vraiment. Il est important de : 

  1. Ne pas nier son HPI : la première réaction peut être du rejet, de l’incompréhension devant cette intelligence jugée différente, mais « différence » ne veut en aucun cas dire « bizarre » ou « incompatible avec les autres ». 
  2. Apprendre à accueillir vos émotions : Pour ne pas laisser vos émotions vous submerger ou vous gouverner, l'enjeu est d'apprendre à les accueillir telles qu'elles arrivent, dans l'instant présent. Pour ce faire, il est utile de se concentrer sur les sensations corporelles que vous ressentez sur le moment, sans chercher à les faire partir. Vous pouvez apprendre à revenir à votre corps grâce à des pratiques comme le yoga, la méditation ou les thérapies psychocorporelles. 
  3. Faire la part des choses : n’accordez pas plus d’importance à l’opinion des autres plutôt qu’à la vôtre, triez les informations que vous recevez sur le sujet et surtout ne cherchez pas à expliquer systématiquement tous les problèmes que vous pouvez rencontrer par votre HPI.
  4. Prendre du recul sur soi-même : ayez conscience de ses qualités mais aussi de ses défauts pour mieux appréhender le quotidien sans déformer la réalité.  
  5. Tirer le meilleur de votre douance : penser différemment ne veut pas dire être inadapté au monde qui vous entoure au contraire. Une grande curiosité, une mémoire très importante, une capacité d’apprentissage élevé, un profond niveau de concentration, une immense sensibilité, tous ces atouts sont favorables à plein de milieux et de domaines très divers et variés (artistiques, entrepreneuriat…). Il ne tient qu’à vous d’utiliser cette particularité au service de vos désirs et de vos passions.

Rédigé par : CHEVALIER Clotilde