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Cancers de la peau : comment les reconnaître et les prévenir ?

Parmi les plus fréquents en France, les cancers de la peau se déclinent principalement en deux grandes catégories : les carcinomes et les mélanomes. Comment les reconnaître ? Comment les traiter ? Et surtout, quels gestes de prévention adopter pour réduire les risques ? Eclairage avec AÉSIO mutuelle.
Un homme qui se fait dépister du cancer de la peau

Carcinome et mélanome : quelles différences ?

Le carcinome : le cancer de la peau le plus fréquent 

Les carcinomes représentent les cancers de la peau les plus fréquents, soit 90% des cas. Ils surviennent le plus souvent à partir de 50 ans et apparaissent sur les zones les plus exposées au soleil : le visage, les bras, les jambes, les mains ou les épaules notamment.  

On distingue deux formes de carcinomes :

  • Le carcinome basocellulaire : c’est le plus commun et le moins grave. Se développant à partir de la couche supérieure de l’épiderme, il reste très localisé et évolue très rarement en métastases.  

  • Le carcinome spinocellulaire ou épidermoïde : il est plus rare mais plus agressif. Il peut apparaître sur n’importe quelle partie du corps : visage, organes génitaux… Il se développe à partir des cellules responsables de la production de kératine (protéine qui protège la peau), souvent sur une plaie ou une cicatrice. Il peut s’étendre aux ganglions lymphatiques et se métastaser.  Détecté tôt, il se traite bien. 

Le mélanome : plus rare mais plus dangereux

Plus rare encore, le mélanome cutané se développe à partir des mélanocytes, cellules responsables de la pigmentation de la peau. Il survient dans la majorité des cas sur une peau saine, provoquant l’apparition d’une nouvelle tache pigmentée, parfois à partir d’un grain de beauté, dont il modifie l’apparence.

C’est la forme de cancer cutané la plus redoutée, en raison de son potentiel de propagation rapide et sa dangerosité. Un dépistage précoce améliore considérablement le pronostic, avec 98% de survie à 5 ans pour un mélanome localisé. Dans le cas contraire, le risque de métastases est élevé et le taux de survie à 5 ans est alors réduit à 15%.  

Quelques chiffres

Comment reconnaître un cancer de la peau ?

Le premier réflexe est de consulter régulièrement un dermatologue, a fortiori si vous avez la peau claire ou beaucoup de grains de beauté ou encore des antécédents personnels ou familiaux. Dans ce cas, vous devez vous faire examiner une fois par an. En parallèle, il est primordial que vous puissiez vous-même surveiller votre peau car, comme nous l’avons dit, plus un cancer de la peau est repéré de manière précoce, plus vous augmenterez les chances de guérison. Prenez rendez-vous avec votre peau tous les 3 mois et apprenez à repérer les signaux d’alerte. 

Repérer un carcinome

Certains signes doivent vous donner mettre en garde :

  • Une lésion qui ne guérit pas,

  • Une plaque rouge ou rugueuse,

  • Un petit nodule brillant, parfois translucide, nacré ou perlé, couleur peau

  • Une croûte persistante, qui saigne occasionnellement. 

Identifier un mélanome grâce à la méthode ABCDE

Cette méthode à pratiquer sur soi-même permet de déceler les symptômes d’un cancer de la peau. Elle est valable notamment pour les grains de beauté, dont elle désigne les aspects suspects :

  • A – Asymétrie

  • B – Bords irréguliers

  • C – Couleur non homogène

  • D – Diamètre supérieur à 6 mm

  • E – Évolution rapide

L’apparition d’une tache suspecte et irrégulière, le moindre changement de grain de beauté, doivent vous conduire à consulter un dermatologue

Quelle prise en charge par votre mutuelle d’une consultation chez le dermatologue 

Comment prévenir les cancers de la peau ?

La plus grande partie des cancers cutanés est liée à l’exposition aux UV. Aussi la prévention repose majoritairement sur les bons réflexes pour vous en protéger :  

  • N’utilisez pas de cabines de bronzage, reconnues comme cancérigènes.

  • Évitez le soleil aux heures les plus chaudes (12h–16h).

  • Portez des vêtements couvrants pour vous prévenir des UV : chapeau, lunettes anti-UV, t-shirt anti-UV pour les enfants.

  • Appliquez une crème solaire SPF 50, voire 30 minimum, et renouvelez toutes les deux heures. Comment choisir votre crème solaire ?

  • Faites surveiller régulièrement votre peau, surtout si vous avez des antécédents familiaux, de nombreux grains de beauté ou une peau claire. 

Retrouvez plus de conseils pour préserver votre peau du soleil 

Comment traiter un cancer de la peau ?

Les traitements varient selon le type et le stade du cancer. Dans tous les cas, il doit être précoce pour éviter que la surface s’étende.

Pour un carcinome  

Pour les lésions les plus superficielles, il est possible de proposer des traitements locaux :

  • Photothérapie dynamique : application d’un produit photosensibilisant et exposition de la lésion à des rayons lumineux  

  • Immunothérapie locale : application d’une crème stimulant le système immunitaire pour vaincre les cellules tumorales (imiquimod)  

  • Chimiothérapie locale : application d’une crème locale (5-Fluoro-Uracile) sur la lésion

Ces techniques nécessitent un suivi régulier pour vérifier la disparition totale des lésions.

Le traitement le plus fréquent est l’exérèse (ablation) chirurgicale. Elle se réalise sous anesthésie locale ou générale, en fonction de la localisation du carcinome.  On prévoit l’ablation d’une marge de tissu sain autour de la tumeur, afin de s’assurer du retrait de toutes les cellules malignes.  

En cas de métastases ganglionnaires, il faudra également recourir à de la radiothérapie. Celle-ci détruit les cellules cancéreuses par irradiation locale. Elle est utilisée notamment pour les carcinomes récidivants ou étendus.  

Si la chirurgie n’est pas possible, un traitement ciblé par voie orale, le vismodegib, pourra également être proposé. Il contient une molécule ciblée qui bloque le fonctionnement de la cellule cancéreuse et la détruit.  

On peut également brûler les cellules cancéreuses par la cryothérapie, ou cryochirurgie, méthode s’appuyant sur le froid. Le dermatologue recourt à de l’azote liquide ou du protoxyde d’azote. Cette méthode est réalisée en une ou plusieurs séances.  

Pour un mélanome

On opte en premier lieu pour l’ablation chirurgicale de la lésion. L’analyse de celle-ci permet de connaître l’épaisseur du mélanome et ainsi de reprendre d’éventuelles marges autour de la lésion si l’exérèse initiale n’était pas suffisamment large.  

En cas de mélanome épais, il faut s’assurer que les ganglions lymphatiques ne sont pas touchés.  Le premier ganglion de la lymphe, appelé « ganglion sentinelle », est alors prélevé et analysé. En cas de propagation de cellules cancéreuses, il faut procéder au curage ganglionnaire. Après l’ablation du mélanome, une surveillance est nécessaire, pour observer l’évolution de la cicatrice et des éventuelles complications possibles (phlébite, écoulement ou rétention de la lymphe…).

Si le mélanome est pris à un stade avancé, un traitement médicamenteux sera proposé en complément de la chirurgie. L’immunothérapie stimule les défenses immunitaires. Elle est administrée par voie intra-veineuse, à l’hôpital, à une fréquence de 2 à 3 semaines d’intervalle. Un anticorps monoclonal détruit les cellules du mélanome.  

Dans certains cas, les thérapies ciblées sont utilisées pour éviter que les cellules cancéreuses ne s’étendent. On recourt le plus souvent à l’association de deux médicaments sous forme de médicaments : dabrafenib et trametinib ou encorafenib et binimetinib. Des contrôles sont nécessaires pour s’assurer de leur efficacité.

Le mélanome peut également être traité par radiothérapie. Une dose élevée de rayons ionisants sont dirigés directement sur la lésion pour détruire les cellules cancéreuses, notamment les métastases.

La chimiothérapie est également utilisée pour bloquer la prolifération des cellules anormales.  

Le choix du traitement relève de votre dermatologue qui saura vous conseiller et vous orienter en fonction de la nature de votre lésion et de votre situation (âge, antécédents…).  

En savoir plus

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Notre conseil : n’oubliez pas qu’un dépistage précoce permet dans la majorité des cas un traitement simple et efficace ! 

Rencontre avec Magali Perona, patiente experte et fondatrice d’Esprit Soleil, Marseille

Quelle est votre histoire liée au cancer de la peau ?

Quand j’avais 11 ans, lors d’une consultation médicale, le médecin remarque une lésion anormale sur mon avant-bras droit. Il pratique une biopsie, qui révèle qu’il s’agit d’un cancer de la peau. Le terme de « cancer » n’est alors pas utilisé. On m’en a parlé plus tard, vers 12–13 ans, quand il a fallu mettre en place des précautions solaires strictes

Vers 15-16 ans, c’était le temps des premières plages avec les copains et copines. Moi qui ai une peau naturellement claire, je rêvais d’avoir la peau brune, comme certains de mes amis. J’ai commencé à m’exposer et ai pris d’énormes coups de soleil, jusqu’à être hospitalisée, pour une insolation et des brûlures au deuxième degré au niveau du nez, du décolleté, du maillot…

À 32 ans, lors d’un séjour au ski, je remarque l’apparition d’une lésion rugueuse sur mon visage. J’ai d’abord cru que c’était de l’eczéma dû au port du masque. Mais ça ne cicatrisait pas du tout. J’ai fini par consulter un dermatologue, qui a réalisé une biopsie. Il s’agissait d’un carcinome. Il a été traité par une simple exérèse.  

A 43 ans, je découvre une lésion sur la pointe du nez, une des zones les plus compliquées à traiter. On me parle alors de risque de métastases, d’amputation du nez ! Heureusement c’est un carcinome basocellulaire non infiltrant. Quelques jours après, 4 nouvelles lésions apparaissent à différents endroits de mon nez. On m’envoie vers un onco-dermatologue, les lésions sont précancéreuses. On a retiré avec une cuillère, j’ai eu 2 points pour chaque biopsie, pas d’autre chirurgie.  

J’ai ensuite été touchée sur la région du cou, par un carcinome infiltrant. Il a fallu 3 chirurgies pour tout enlever. Puis une lésion au niveau de l’intérieur de l’œil.  Aujourd’hui, j’en suis à huit cancers de la peau, dont sept sur le visage. Je bénéficie d’un suivi rapproché.

Quels traitements et quel suivi vous ont été proposés ?  

Depuis 6 ans, je dois subir une chimiothérapie locale pendant 6 semaines tous les 6 mois. Il s’agit d’une crème locale pour assainir, Aldara. Bien que ce soit local, il y a des effets : fatigue, état grippal, maux de tête, nausées. Ca desquame aussi la peau. Même si elle se régénère ensuite, c’est très visible durant les périodes de traitement.

Je suis également suivie tous les 3 mois dans le service de dermatologie et cancérologie cutanée à la Timone, ainsi qu’au centre de dépistage automatisé du mélanome à l'Hôpital de la Conception, à Marseille. Il possède le scanner cutané, Vectra 3D, technologie unique en France, en partie financée par la région PACA et le laboratoire Pierre Fabre. En un court instant, il permet d’obtenir des images de toutes les lésions cutanées sur un avatar en 3D.  

Comme je l’ai évoqué, j’ai eu auparavant plusieurs traitements, en fonction de la nature des lésions : exérèses chirurgicales, biopsies avec retrait en profondeur.

Quelles sont les causes possibles de ces différents cancers de la peau ?

Me concernant, les causes sont multifactorielles. Déjà, j’ai un phototype de peau clair. J’ai des antécédents familiaux, avec mon père, qui avait pourtant une peau brune, et ma grand-mère, à la peau claire », qui nécessiterait de me protéger complètement des UV. J’ai été beaucoup exposée au soleil : enfant je jouais beaucoup au tennis, 10h par semaine, souvent aux heures où le soleil est le plus intense, à Marseille. Puis il y a eu les plages à l’adolescence, comme j’en ai parlé… Je ne me protégeais pas. Par ailleurs, je souffre de pathologies autoimmunes (lupus, polyarthrite rhumatoïde). La prise d’immunodépresseurs peut activer le cancer de la peau et le lupus nécessite de ne pas s’exposer au soleil. Et puis je vis à Marseille, un dermatologue m’a conseillé de « vivre en Normandie » pour réduire l’exposition !

Quels conseils donneriez-vous pour réduire les risques de cancer de la peau ?

La meilleure des protections solaires, c’est la recherche de l’ombre, quand c’est possible et notamment aux heures les plus chaudes. Je recommande de porter des lunettes de soleil, un chapeau à larges bords ou une casquette, ainsi que des vêtements antiUV, notamment pour les enfants et les peaux claires. Des maillots et T-shirts pour la plage mais aujourd’hui, vous pouvez trouver aussi des gammes de vêtements complètes : vestes, leggings, chemises, robes… comme en propose Ker Sun, avec des textiles bloquant 98 % des UV.

Avez-vous des astuces pour reconnaître un cancer de la peau ?

Surveiller l’évolution d’une lésion constitue le critère le plus important selon la règle ABCDE (E pour « Évolution »). Il faut observer tout changement de taille, texture, couleur. En cas de doute, vous devez consulter rapidement un dermatologue. A défaut, votre médecin traitant, une permanence médicale ou une pharmacie proposant la téléconsultation dermatologique. En insistant bien pour être orienté vers un spécialiste si la lésion évolue. 

Magali Perona intervient en prévention médicale et solaire auprès d’enfants, du grand public. Elle utilise son expertise issue de son parcours pour transmettre, informer et sensibiliser. Son envie originelle d’enseigner trouve aujourd’hui un prolongement dans ces actions. 

Elle a créé l’association Esprit Soleil qui fait de la prévention via des ateliers, des événements, des salons. Elle travaille avec des partenaires tels que Pierre Fabre, Avène, La Roche Posay…

Vous souhaitez en savoir plus ou vous investir en tant que bénévoles ? Vous pouvez contacter Esprit Soleil sur leur site ou sur Insta  

Esprit Soleil participera au Delta festival le 25/07 à Marseille  

3 questions / réponses sur le cancer de la peau 

A quelle fréquence dois-je consulter un dermatologue ?  

  • Si vous avez la peau claire, de nombreux grains de beauté ou des antécédents ou familiaux : une fois par an.

  • Si vous avez des antécédents personnels de maladie de peau, une fois tous les 6 mois à tous les ans.

  • Si vous observez un changement suspect, au plus vite.

Dans les autres cas, il est recommandé de consulter tous les 1 à 2 ans.

Et n’oubliez pas de vous auto-examiner tous les 3 mois !

 

Existe-t-il des profils plus exposés au risque de cancers de la peau ?  

Certains profils sont plus à risque, parce que leur peau contient moins de mélanine :

  • Les personnes ayant la peau claires ou très claires

  • Celles qui ont les cheveux roux ou blonds

  • Ou les yeux clairs

  • Celles qui ont beaucoup de grains de beauté

  • Et celles qui prennent facilement des coups de soleil

Également les personnes ayant des antécédents personnels ou familiaux, notamment de mélanome.

Les personnes exposées aux UV : utilisation de cabines UV, coups de soleil répétés, travail ou loisirs en extérieur…  

Le risque est plus important à partir de 50 ans et chez les personnes immunodéprimées.

 

Quels sont les signes qui doivent m’alerter ?  

  • Une lésion qui ne guérit pas ou qui réapparaît après avoir guéri

  • Une lésion qui saigne facilement

  • Une tache rouge, rugueuse, nacrée, irrégulière

  • Une masse surélevée au centre renfoncé 

Retrouvez notre podcast ici

L'annonce

Retrouvez dans cet épisode Amandine, Sabrina et Eléonore qui nous partagent avec sincérité leur vécu au moment de l’annonce de leur cancer.  

Rédigé par : Fanny Favreau

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