Martine & son crabe —

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L'après cancer : peut-on reprendre "sa vie d'avant" ?

Il y a un moment où le traitement du cancer se termine, où on vous annonce que c'est la rémission. Mais la vie peut-elle reprendre là où elle s'est arrêtée ? Le cancer a tout bouleversé. Il faut maintenant se reconstruire. Différemment. AÉSIO mutuelle est allé à la rencontre de personnes qui ont traversé une terrible épreuve : le cancer. Un combat dont elles sont sorties grandies !
Femme chauve, sourit avec lunettes de soleil, bord de mer

Voici les témoignages – issus du podcast AÉSIO « Histoires de résilience » – de Céline, Amandine et Sabrina. Elles racontent la force qu’elles ont tirées de leur histoire, dramatique, et pourtant inspirante. 

Le temps de la reconstruction : le temps d'une nouvelle vie après le cancer

C'est un message d'espoir pour reconstruire "sa vie d’après", pour tous ceux touchés de près ou de loin par le cancer.

Changer de peau, changer de travail...

Gwenaelle GUERLAVAIS est journaliste. Elle a recueillie pour nous les histoires personnelles de trois survivantes du cancer qui témoignent des bouleversements que la maladie a eue sur leurs vies.

Gwenaelle - Céline a bien réussi. Elle est cadre supérieure à l'international et fière de sa carrière. Pourquoi son cancer de l'ovaire viendrait-il freiner ses ambitions ? Elle a vite repris le travail, à fond, comme elle sait le faire, avant de découvrir une nouvelle Céline. La VRAIE Céline !

Céline OREMPULLER - Je suis devenue thérapeute. J'ai décidé de changer radicalement d'orientation. J'ai ouvert mon cabinet et j'ai décidé de "créer" parce que je n'ai pas pu "procréer". Et aujourd'hui, je mesure la chance de voir naître ce nouveau projet, cette nouvelle orientation professionnelle, sur laquelle je travaille depuis quelques années maintenant.

La maladie a été révélatrice. Je me suis dit « Est-ce que c'est vraiment ce chemin que j'ai envie de prendre ? ». La réponse était : non !
J’ai réalisé que toutes ces épreuves que j’ai eues, c'était peut-être aussi parce que je devais en comprendre des leçons. Peut-être qu'elles devaient me servir à aider d’autres personnes ?

Je travaille principalement avec des femmes qui ont aussi traversé cette épreuve. On se comprend. Et je vais peut-être pouvoir leur transmettre les outils que j'ai utilisés pour m'en sortir, moi. Aujourd'hui, je donne vraiment un sens à mon travail et je propose une méthode thérapeutique innovante, que j'ai créée, où l'humain est au centre de l'accompagnement, dans toutes ses facettes.
J'organise aussi des cercles de femmes. Là je travaille sur un projet de livre... Ce sont mes bébés !
Mon métier me permet de partager, de voir des changements positifs sur des personnes qui viennent me consulter… et ça remplit mon cœur de joie. Ça me ressemble vraiment : c'est moi !

J'ai décidé de changer radicalement d'orientation.
J'ai ouvert mon cabinet et j'ai décidé de "créer" parce que je n'ai pas pu "procréer". ”

Céline OREMPULLER Survivante du cancer

Gwenaelle - Est ce que ça veut dire que la Céline d'avant se cachait ?

Céline - Je ne sais pas si elle se cachait vraiment. Sur certaines choses, oui. J'avais un côté très « guerrière » et je mettais ce masque pour me protéger. Je ne le renie pas, puisqu'il m'a servi à avancer. Il m'a servi à être la Céline que je suis aujourd'hui.

Je pense que j’ai toujours aimé transmettre. Jeune, déjà. J'ai toujours été attirée par l’humain, par ses facettes, mais la vie m'a fait prendre un autre chemin : je devais travailler, avoir un super job. J'ai donc fait des études, il fallait absolument que j'aie un poste à responsabilités, puis avoir des enfants…

Mais la vie en a voulu autrement. Mon chemin sur cette terre n'était pas destiné à ça et j'ai eu de la résilience pendant un certain moment. Ou plutôt de la "résistance". J’ai traversé des épreuves successives et je n'avais pas encore pris le bon chemin : je l'ai compris à 48 ans. Il n'est jamais trop tard !

Aujourd'hui, j'ai vraiment trouvé ce qui me fait vibrer et ce qui me porte.

Ça demande du courage de travailler sur soi, de la foi, du travail. Mais qu'est-ce que c'est bon de se sentir libre ! Vivante ! ”

Céline OREMPULLER Survivante du cancer

Je dis aux gens : continuez. Il y a toujours des changements positifs après les épreuves qu'on passe et souvent il faut juste en comprendre le message, savoir pourquoi elles sont arrivées sur notre chemin et que c'est que pour notre bien !

Transformer le cancer en quelque chose de beau

Gwenaelle - Transformer l'épreuve du cancer en de belles choses, c'est ce qu'a décidé Amandine, professeur d'arts plastiques.
Le cancer lui a même fait un cadeau : il a libéré sa créativité. À elle désormais, les poèmes, la peinture et les collages dans une nouvelle et puissante énergie.

Amandine WILST - Ce temps de traitement a été pour moi un temps offert pour repenser ma place qui est investie pleinement dans le monde, par la création.

Je me suis remise à la technique des collages. Ils m’ont donné des possibilités cathartiques de création, pour exprimer autrement que par la parole, ce que j'avais au fond de moi.

Avec les poèmes, j'ai découvert que j'avais une écriture qui pouvait toucher d'autres personnes. Moi, ils m'ont permis de me libérer. Donc, c'est une richesse que j'ai découverte aussi pendant cette année d'aventures humaines. J’avais déjà écrit des poèmes, mais très peu, sans savoir vraiment les vertus que ça pouvait avoir sur moi, et sans jamais les avoir confrontés à un regard autre que le mien.

Ceux que j'ai écrits pendant le traitement, je les ai offerts d'abord pour moi, en les exposant ; en me disant que ça venait clore cette énergie artistique et humaine que j'avais mobilisée. Les offrir aux autres m'a permis de me rendre compte qu'ils étaient salvateurs aussi pour d'autres et, ça, ça a fait l'objet de belles rencontres.

[Amandine nous fait cadeau d'un de ses poèmes]

« Endurance »

Qu'il en faut, quand j'y pense, de l'indulgence,
Pour pouvoir surmonter cette adversité.
Me voilà tourmentée d'être malmenée.
Je suis comme en transe,
de faire face à ce temps que je voudrais avancer.

C'est à moi de me dépasser pour ne pas trop ressasser
Et guérir de cette longue maladie presque devenue une amie.
Je dois aller puiser dans mon état d'urgence
Dans lequel me plonge cette longue endurance.

Exorciser la maladie grâce au théâtre

Gwenaelle - De son cancer est né un spectacle. Un « seul en scène », entre émotion et humour noir, où Sabrina affronte sa nouvelle réalité : elle ne portera jamais d'enfants. Alors, à défaut de devenir mère dans la vraie vie, elle joue toutes celles qu'elle ne sera jamais.

Sabrina NANNI - Ce spectacle était déjà en gestation avant que je ne tombe malade. À l'époque, j'étais comédienne amateur depuis quelques années et je devais faire un spectacle sur les femmes de 40 ans qui n'ont pas encore d'enfant. Pendant l'écriture de ce spectacle avec mon amie, Sophie, j'apprends que je suis malade et que je ne pourrai pas porter d'enfants…

Je n'avais pas envie de faire un spectacle sur le cancer. Sophie et moi, on a refait tous les textes. Le fil rouge, c'est moi qui imagine toutes les mères que j'aurais pu être. Ou plutôt, qui se demande quelle mère elle aurait pu être.

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Tous les soirs, au milieu des rires du public, je faisais le deuil de la maternité. ”

Sabrina NANNI Survivante du cancer

Je raconte mon parcours, en petites touches, et à la fin, je fais un peu de prévention. Je n'avais pas envie d'avoir l'air d'une donneuse de leçons ! Je voulais vraiment rester dans la légèreté, et je pense qu'avec l'humour on peut faire passer beaucoup, beaucoup de messages.

Ce spectacle ne m'a pas servi de thérapie par rapport à la maladie. J'avais besoin d'en parler, mais pour les autres.

Le côté vraiment cathartique, c'est par rapport à la maternité. Tous les soirs, au milieu des rires du public, je faisais le deuil de la maternité ! Là aussi, c'était assez paradoxal et assez vertigineux.

Gwenaelle - L'après cancer, il ressemble à quoi, pour vous ?

Sabrina - L'après cancer, il se fait en deux temps. Parce qu’une fois qu'on a terminé les traitements, il y a des effets secondaires, on est suivi de très près.

Moi, je n'ai jamais cherché à "personnifier" mon cancer ou à lui dire au revoir. Je n'ai pas eu l'impression de m'être battue contre et que c'est moi qui ai gagné. Pour moi, c’était vraiment l'affaire des médecins. Donc le cancer s'est arrêté, officiellement le dernier jour de traitement.

Par contre, j'ai complètement changé de vie. Avant mon cancer, j'étais chargée de projets dans une grosse boîte américaine que j'ai quittée. J'ai quitté "ma zone de confort". J’ai tenté le tout pour le tout pour devenir comédienne. Je n'ai plus du tout la même vie qu'avant mon cancer.

C'est synonyme de nouvelle vie pour moi, vraiment. Et je ne regrette pas une seule seconde !

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Merci à Amandine, Céline et Sabrina pour leurs témoignages porteurs d'espoir d'une vie après le cancer : pas tout à fait la même, mais encore plus belle :)