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Infarctus : reconnaître les symptômes chez la femme

L’infarctus du myocarde est une destruction partielle du muscle cardiaque qui touche aussi bien les hommes que les femmes, tout âge confondu. Mais saviez-vous qu’une femme qui fait une crise cardiaque n’a pas les mêmes symptômes qu’un homme ? Et saviez-vous que les symptômes chez une femme évoluent et diffèrent tout au long de sa vie ?
Jeune femme qui se tient le cœur, l'air fatigué

Les causes d’un infarctus du myocarde

L’infarctus du myocarde, communément appelé crise cardiaque, se déclenche par l’obstruction d’une artère (l’artère coronaire) qui alimente le cœur en sang et en oxygène. Ainsi, une partie des cellules musculaires du cœur meurent sans oxygène. 
Cela déclenche donc des problèmes de contraction du muscle cardiaque, entrainant ainsi divers symptômes dont une insuffisance cardiaque, voire l’arrêt du cœur.
D’après la Fédération française de cardiologie, les trois facteurs de risque sont l’âge, l’hérédité… et le sexe, même si les femmes sont de plus en plus sujettes aux infarctus.

Les chiffres clés de l’infarctus du myocarde

Chaque année en France, on compte en moyenne :

•    80 000 infarctus du myocarde chaque année en France hommes et femmes confondus
•    31 % sont des femmes (69 % des hommes)
•    Age moyen : 69 ans
•    12 000 décès
•    10 % des victimes décèdent dans l’heure qui suit 
•    15 %, c’est le taux de mortalité à un an

Source : Inserm, Assurance maladie

Quels sont les symptômes spécifiques d’infarctus féminin ?

Nous avons rencontré le Dr. Yves El Bèze, directeur médical de l’Institut Cœur Paris Centre en France. Il nous livre son éclairage sur les symptômes spécifiques des femmes lors d’un infarctus.

Les symptômes courants

Les symptômes chez la femme peuvent être différents de ceux d’un homme, mais cela évolue en fonction de l’âge de la patiente. 
Avant la ménopause, une femme qui fait un infarctus du myocarde ressent le plus souvent des symptômes "typiques". 
Autrement dit : une douleur aiguë et persistante au niveau de la poitrine, qui irradie le bras gauche, le dos et la mâchoire. Elle est constrictive (impression de serrement), spontanée, durable et souvent accompagnée de troubles digestifs.
Vous pouvez par ailleurs ressentir un malaise, des nausées, des vomissements et une sensation de vertiges.

Les symptômes après la ménopause

Après la ménopause , les symptômes de crise cardiaque chez une femme sont plus complexes à interpréter, y compris par un médecin ou cardiologue, car souvent liés à d’autres maux dus à cette période.

  • Certaines peuvent ressentir des douleurs isolées à l’épaule, assimilables à de l’arthrose.
  • D’autres souffriront de maux digestifs pendant ou après l’alimentation (nausées, vomissements), qui pourraient être attribués à l’existence d’un ulcère ou d’un reflux.
  • Les bouffées de chaleur constituent un autre symptôme de l’infarctus féminin. Or il est courant chez les femmes en périménopause ou ménopause.
    Il en est de même pour un essoufflement.
  • La fatigue liée aux petits efforts de la vie quotidienne, ou la fatigue plus importante liée aux efforts lors d’activité physique sont également des signes d’alertes d’infarctus.

Ces signes sont généralement mis sur le compte de l’avancée en âge des femmes… Aussi, afin de prévenir les risques, consulter régulièrement votre gynécologue ou sage-femme, vous aidera à identifier si vous souffrez d’autres problèmes de santé. Quel que soit votre âge. 

AÉSIO mutuelle

Quels remboursements chez le gynécologue ?

Il est conseillé de le consulter régulièrement à partir de 21 ans au minimum, âge auquel il réalise les premiers frottis de dépistage du cancer du col de l’utérus. Ensuite une visite annuelle pour un examen complet avec palpation des seins, examen pelvien et du périnée, sera recommandée. Réaliser des frottis réguliers est aussi très important.

 Vous êtes face à une personne qui présente ces symptômes ? 

  • Composez immédiatement le Samu (15 ou 112)
  • Ne laissez pas la personne conduire ou ne prenez pas le volant si vous êtes concernée
  • Notez l’heure du début et l’évolution des symptômes

Pourquoi l’infarctus est-il moins bien diagnostiqué chez les femmes ?

Le diagnostic chez les femmes est donc différent par rapport aux hommes. Mais en plus, un médecin sera plus sensible au risque d’infarctus chez un homme que chez une femme (à profil cardiovasculaire et à situation équivalente), car les chiffres ont longtemps touché en priorité les hommes. 

De plus, les femmes restent victimes de l’idée selon laquelle leur cœur est protégé par leurs hormones (les œstrogènes). Ce qui est vrai avant la ménopause. En revanche, après la ménopause leur santé cardiaque est fragilisée.

Toutefois, même avant cette période, les femmes sont exposées aux risques cardiovasculaires en cas d’association de la pilule et du tabac.

Une femme qui fait une crise cardiaque sera prise en charge en moyenne 1 heure plus tard qu’un homme pour les mêmes symptômes ! ”

Dr. Yves EL BEZE directeur médical de l’Institut Cœur Paris Centre (ICPC) en France

Quelles sont les conséquences d’un diagnostic tardif ?

Un diagnostic précoce permet aux patients de recevoir un traitement adapté le plus vite possible, idéalement dans les 3 premières heures. L’objectif est d’éviter que l’infarctus s’étende et de limiter ses complications immédiates : troubles du rythme cardiaque, décès… Or si le diagnostic tarde chez les femmes, le risque augmente.

Par ailleurs, une étude anglo-suédoise a récemment mis en évidence qu’après un infarctus, les femmes sont moins bien suivies que les hommes. À titre d’exemple, le traitement classique "bétabloquants, statines, aspirine" est beaucoup moins prescrit aux femmes qu’aux hommes après une crise cardiaque.
Là encore, recevoir les soins et traitements adaptés permet d’éviter les complications à moyen et long terme, au premier rang desquelles le risque de récidive  

Les maladies cardiovasculaires sont responsables de 8 fois plus de décès chez les femmes que le cancer du sein et constituent la 1ère cause de mortalité/décès chez les femmes en France.

Prévention contre les inégalités de prise en charge pour les femmes

Le premier réflexe prévention est de sensibiliser les femmes qui présentent des facteurs de risque cardiovasculaire, certains étant modifiables :

  • les fumeuses,
  • les femmes qui prennent une contraception hormonale,
  • celles qui sont très stressées (facteur modifiable dans une certaine mesure bien sûr. Vous pouvez privilégier la pratique de la respiration , du yoga , de la méditation et globalement d’une activité physique ). 
     

Et d’autres non modifiables : 

  • hérédité,
  • hypertension, diabète, cholestérol ou surpoids. 

Si vous faites partie de l’un de ces profils, si vous avez des antécédents familiaux ou si vous avez déjà repéré des symptômes mentionnés plus haut, vous devez consulter votre médecin traitant. Il pourra si besoin vous orienter vers un cardiologue pour réaliser un bilan et une évaluation afin d’éviter d’importants problèmes.  

Ensuite, concernant la prise en charge post-infarctus, il est nécessaire que les médecins analysent leur pratique. L’enjeu ? Comprendre d’où proviennent les inégalités de prise en charge et savoir comment mieux y remédier, mieux accompagner les femmes.

Les règles d'or pour prévenir les maladies cardiovasculaires chez les femmes

Loan Vo Duy, co-présidente de la commission Cœur de Femmes de la Fédération Française de Cardiologie, et le Dr Catherine Monpère ont accepté de répondre à nos questions sur les risques de maladies cardiovasculaires chez les femmes : spécificités, symptômes, facteurs de risques, ou encore récidives.

Découvrez nos Questions/Réponses sur ce sujet important.

FAQ – Infarctus chez la femme : questions fréquentes

Les signes peuvent ressembler à ceux observés chez l’homme (douleur thoracique en étau, persistante, pouvant irradier vers le bras gauche, le dos ou la mâchoire). Chez les femmes en période de ménopause, on observe des signes moins spécifiques comme un malaise, des nausées/vomissements, des vertiges, un essoufflement ou une fatigue inhabituelle.

Après la ménopause, les signes sont parfois plus difficiles à interpréter car ils peuvent être confondus avec d’autres troubles. Il faut être particulièrement attentive à : une douleur à l’épaule, un essoufflement inhabituel, des troubles digestifs, des bouffées de chaleur inhabituelles, ou une fatigue intense à l’effort (même léger).

Appelez immédiatement le Samu (15) ou le 112 si vous suspectez un infarctus ou tout symptôme brutal et inhabituel. En attendant les secours, ne conduisez pas (et ne laissez pas la personne conduire) et notez l’heure de début des symptômes ainsi que leur évolution.

Les deux peuvent donner une oppression thoracique, des sueurs, une sensation de malaise et une peur intense. La différence n’est pas toujours évidente sans avis médical. Par prudence, si la douleur thoracique est inhabituelle, dure plus de quelques minutes, s’accompagne d’essoufflement, de nausées ou d’une douleur qui irradie (bras, dos, mâchoire), appelez le 15 (ou le 112).

Aux urgences, le diagnostic repose notamment sur un interrogatoire et un examen clinique, un électrocardiogramme (ECG) et des prises de sang (marqueurs cardiaques). D’autres examens peuvent être réalisés selon la situation, par exemple une échographie du cœur ou une coronarographie.

On retrouve des facteurs communs aux hommes (tabac, hypertension, diabète, cholestérol, surpoids, sédentarité, stress, antécédents familiaux, âge). Chez la femme, certains contextes méritent une vigilance particulière (par exemple tabac associé à une contraception hormonale, et période de ménopause où la protection hormonale diminue). En cas de facteurs de risque ou de symptômes, parlez-en à votre médecin traitant.

Les décès par maladie cardiovasculaire sont en nette régression depuis plusieurs années, avec une régression de 50% au cours de cette dernière décennie et cela tant pour les hommes que pour les femmes. En revanche, il existe des aspects plus préoccupants à savoir que cette baisse des décès est beaucoup moins marquée dans les populations des femmes les plus jeunes, que le nombre d’hospitalisations est nettement croissant dans les populations des femmes jeunes (c-à-d de moins de 55 ans). Ainsi, la fédération Française de cardiologie a mis en place une commission intitulée Cœur de Femmes qui a pour missions de rechercher les causes de cette évolution en défaveur des femmes sur les maladies cardiovasculaires et de les traiter lorsque c’est possible.

Les facteurs de risques traditionnels liés à son âge, à l’hérédité, à son sexe (non modifiables) et les facteurs de risques modifiables sont les mêmes que pour les hommes. A côté de ces facteurs de risques traditionnels, la femme va avoir tout au long de sa vie génitale des facteurs de risques liés à ces différentes étapes (puberté, les pathologies de grossesse, la ménopause…). Et également chez les femmes, le rôle du stress, en particulier le stress aigu, qui peut être à l’origine d’infarctus très spécifique chez la femme.

Tous ces facteurs de risques peuvent être diminués voir disparaitre par une activité physique régulière.

Celle qui est la plus impactante et qui est lourde de conséquences concerne essentiellement les infarctus survenant chez les femmes jeunes. En effet, on sait bien que la protection hormonale par les œstrogènes est réelle. En revanche, les facteurs de risques vont rogner cette protection, comme le tabac par exemple, qui font qu’on va sous-estimer le fait de développer une maladie cardiovasculaire.

Le risque de récidive après un premier infarctus est majeur. Et cette prévention est le fait de la réadaptation cardiovasculaire que l’on doit proposer aux patientes après leur accident cardiaque. Cette réadaptation consiste à proposer un programme individualisé. Le but est de mettre en place avec la patiente un programme adapté à ses goûts, sa motivation. Cette réadaptation va également lui apporter une aide psychologique, ou l’aider si c’est le cas, dans sa réinsertion professionnelle. Ce passage privilégié, de 3 ou 4 semaines, devra lui donner un mode d’emploi qu’elle puisse ensuite mettre à profit dans son quotidien.
 

Insuffisamment. Cela justifie le travail fait en coopération avec AÉSIO et la Fédération Française de Cardiologie. L’essentiel que l’on doit faire pour améliorer cet état de fait est l’information. Également, augmenter tout ce qui va dans le cadre des recherches. Actuellement, lorsque l’on regarde dans les études qui sont publiées sur les maladies cardiovasculaires, on est étonnés de voir que les femmes sont à la portion congrue. Le plus souvent les études ne peuvent pas conclure de façon définitive sur l’apport de telle ou telle thérapeutique, innovation chez les femmes parce qu’elles ne sont pas suffisamment incluses dans les études.

Dans 80% des cas, les symptômes sont typiques. C’est une douleur qui est derrière le sternum, qui serre, qui va dans le bras gauche et qui monte dans le cou ou la mâchoire. En revanche, ces symptômes peuvent quelques fois être moins typiques. Par exemple intéresser le côté droit, et surtout être noyés dans un nombre important d’autres symptômes comme des nausées, des douleurs digestives, être précédés d’une fatigue anormale. Tous ces éléments font que cela peut noyer un peu le diagnostic et le retarder.

Il y a des spécificités qui sont à connaître, mais la première des choses à faire et de donner accès à l’information. Lors d’interventions techniques on s’est rendu compte que souvent chez les femmes, les rétrécissements au niveau des artères coronaires étaient beaucoup plus en aval, qu’il était donc assez difficile d’intervenir. Ou encore le stress aigu qui peut entrainer des dissections de la paroi des artères coronaires, que là aussi on va retrouver 9 fois sur 10 chez la femme, et qui nécessite un traitement spécifique. 

Au niveau de la prise en charge, au niveau du diagnostic, maintenant, l’imagerie permet d’avancer largement et on a montré que les femmes avaient moins recours à ces tests diagnostics. Tout simplement parce que le professionnel de santé ne croit pas réellement à la réalité de la pathologie.

Il y a 20% de récidive la première année. Il est évident que la prévention secondaire est essentielle.  L’importance actuellement est de pouvoir ouvrir d’autres modalités de réadaptation cardiaque. 

Actuellement la réadaptation cardiaque est portée essentiellement par des établissements de soins de suite et de réadaptation qui nécessitent soit d’être hospitalisée pendant 3 à 4 semaines, soit de venir en hôpital de jour sur plusieurs semaines consécutives.

Chez les femmes, les obligations familiales font autant de barrières à cette prévention secondaire qui est pourtant majeure. C’est la raison pour laquelle la fédération française de cardiologie a mis en place des solutions alternatives qui permettent par télémédecine, de proposer des télé réadaptations à domicile. 

Cette amélioration de la prévention secondaire va passer par ces formes nouvelles de réadaptation cardiaque.

Au départ, c’était le cardio-training et maintenant : la gymnastique douce dans l’eau, la danse (country, zumba…), le qi gong, le taï chi, la marche (en ville, en forêt, nordique…).

Du lundi au samedi. 

Les missions des Club Cœur et Santé sont la prévention, la sensibilisation du grand public. Car quand on interroge les femmes seulement 79% savent que les maladies cardiovasculaires sont la 1ère cause de mortalité des femmes.

Le rôle des Club Cœur et Santé c’est le rôle de proximité. Des médecins cardiologues effectuent les recherches et puis nous relayons ces informations, facile à comprendre pour le grand public. 

Les Club Cœur et Santé ont été créés dans les années 70 parce que les cardiologues trouvaient qu’il y avait énormément de récidive. 

Les Club Cœur et Santé sont gérés par deux personnes : un responsable non-cardiologue parrainé par un cardiologue (appelé cardiologue référent). Les responsables sont généralement des anciens patients.

En 20 ans, la part des femmes chez les adhérents des Club Cœur et Santé a quintuplé.

Les actions mises en place font écho aux facteurs de risques. Les signes d’infarctus et d’AVC ne sont pas connus du grand public. Et ce sont des campagnes qui vont permettre aux femmes de mieux connaître, de bien maîtriser, pour pouvoir permettre au corps médical d’intervenir plus tôt. Et il y a aussi les gestes qui sauvent et ça c’est pour que femme ou homme soit familiarisé avec le geste du massage cardiaque et dédramatise ce geste-là.

Le tabagisme. Baisser, arrêter ou réduire son tabagisme à des effets immédiats. Ensuite, il y a la sédentarité. Plus on bouge, plus les vaisseaux sont en bonne santé. Surtout en avançant en âge. Le troisième point, c’est l’alimentation. Une femme sur deux sait que l’alimentation est importante, mais moins d’une femme sur trois mange 5 fruits et légumes par jour. Ensuite, c’est l’isolement social. C’est un fait important pour les femmes. L’isolement c’est : ne pas sortir, ne pas faire d’exercice. Puis, les femmes sont très vulnérables au stress. Le stress en milieu social, en famille, en milieu professionnel. Par exemple, les femmes sont beaucoup plus vulnérables face au harcèlement moral etc. Réduire son stress, cela passe par la détente, par le rire, par la bonne humeur, par la vie associative.

Rédigé par : Équipe éditoriale

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