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Vaccination : une question d’immunité collective

Crise sanitaire oblige, le sujet de la vaccination refait surface : au point de relancer le débat sur les vaccins. Éclairage sur des questions (re)devenues sensibles avec Annick Guimezanes, immunologiste et chercheuse honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Bras de femme, gros plan sur gants bleus qui tiennent une seringue de vaccin

Les vaccins, toute une histoire

Petit coup d’œil dans le rétro : les premières traces d’écrits sur la vaccination remontent à l’Antiquité, une époque durant laquelle on remarque que les personnes touchées par certaines maladies infectieuses, comme la variole, ne l’attrapent pas une seconde fois.

Plusieurs siècles plus tard, c’est le médecin anglais Edward Jenner [en photo ci-contre] qui révolutionne définitivement la science avec la première vaccination au sens moderne du terme. Il injecte à son patient une bactérie (ou pathogène) préalablement traitée pour être rendue inoffensive et qui, en l’absence de virulence, est reconnue par le système immunitaire. Ce dernier s’en protège en fabriquant des anticorps et en stimulant des cellules dites "mémoires". Nous sommes alors en 1796 : le vaccin est né !

Edward Jenner, portrait en noir et blanc

Dr. EdwardJenner

« C’est à partir de ce moment que les connaissances en la matière explosent et que l’on entre dans l’ère moderne de la vaccination », précise Annick Guimezanes . « Il y a d’abord eu les vaccins vétérinaires, puis celui de Louis Pasteur [en photo ci-contre] contre la rage en 1885. À l’époque, c’est une véritable épopée, et les scientifiques venaient du monde entier pour constater ce qui était alors considéré comme un exploit ! ».

Diphtérie, tétanos, coqueluche, typhoïde… : les grandes découvertes vaccinales se suivent, entre les travaux de Louis Pasteur jusqu’aux années 1920. C’est à cette époque, au gré des épidémies et des aléas liés aux conditions d’hygiène, qu’une politique vaccinale se met en place à travers le monde.

Portrait de Louis Pasteur, médecin

Dr. Louis Pasteur

Le premier vaccin à être rendu obligatoire en France est le vaccin contre la variole (1902), qui tuait alors près de 2% de la population métropolitaine (soit plus de 800.000 personnes).

La notion d’immunité collective apparaît alors.
Son principe est simple : si un grand nombre de personnes est immunisé contre un virus transmissible d’homme à homme, sa circulation décline progressivement. En d’autres termes, les personnes vaccinées se mettent à l’abri tout en ralentissant la propagation de la maladie.

Les étapes de validation d’un vaccin

Aujourd’hui, le même processus s’applique pour le développement de tous les vaccins. Même si leur durée peut varier en fonction du contexte, ces étapes sont toujours suivies scrupuleusement :

1. La recherche exploratoire
Lorsqu’on identifie un virus ou une bactérie, la première étape consiste à identifier ce qui stimule le système immunitaire dans ce pathogène, afin de trouver un angle d’analyse de la maladie et une approche pour le vaccin.

2. La recherche pré-clinique
On passe ensuite à une phase de culture in-vitro du pathogène, afin de déterminer comment inhiber la croissance de cette maladie avant de faire des tests sur des êtres vivants. On injecte ensuite la maladie à des animaux de laboratoire pour vérifier que la solution trouvée réagit bien avec leur système immunitaire. C’est à cette étape que la "cible vaccinale" est validée et qu’un "candidat-vaccin" peut être créé à partir de ces résultats.

3. Les essais cliniques
La dernière étape consiste à tester le vaccin sur plusieurs groupes de volontaires en 3 phases distinctes, chacune ayant pour objectif de valider à différents niveaux son efficacité et l’absence de risques majeurs :

  • Phase I : On commence par injecter ce "candidat-vaccin" à une dizaine de personnes afin de vérifier s’il est bien supporté, et qu’il ne rend pas malade.
  • Phase II : Le vaccin est ensuite injecté à une centaine de volontaires, pour déterminer les modalités d’injection (quelle dose convient, le nombre d’injections nécessaire, etc.).
  • Phase III : Pour cette dernière étape, les tests sont étendus à des milliers de personnes, l’objectif étant de tester de manière aussi élargie que possible l’efficacité et la sécurité du vaccin. Les volontaires sont divisés en deux groupes : l’un recevra le vaccin, l’autre moitié un placebo. Si le nombre de personnes protégées efficacement est au moins égal ou supérieur à 50% dans le groupe qui l’a reçu, le vaccin est considéré comme opérationnel.

Quelle est la politique vaccinale en France, aujourd’hui ?

Depuis le 1er janvier 2018, la France a établi une liste de 11 vaccins obligatoires¹ à faire dès les premiers mois de la vie, et au cours de l’enfance. Une mesure qui fait notamment suite à l’épidémie de rougeole traversée par le pays entre 2008 et 2014 (environ 23.000 cas et 10 décès) ; ainsi qu’au constat fait par le ministère de la Santé d’une couverture vaccinale insuffisante pour certaines maladies.

5 vaccins recommandés², tout aussi importants, ont été ajoutés plus récemment au calendrier de vaccination.

Des vaccins pris en charge par l’Assurance Maladie

Le coût de cette multi-immunisation pour chaque assuré ? Quelques dizaines d’euros seulement.

Une grande partie est en effet prise en charge par l’Assurance Maladie :

  • Sur prescription médicale, les vaccins sont remboursés à 65% du tarif de base de la Sécurité sociale.
  • L’injection du vaccin est remboursée à 70% si elle est administrée par le médecin ; et à 60% si c’est une infirmière qui vous vaccine, sur prescription médicale.

Bon à savoir : la vaccination contre la grippe est prise en charge à 100% pour les populations considérées à risques (pour les personnes âgées de 65 ans et plus, les personnes atteintes d’affections de longue durée, ou dont l’état de santé présente un risque). 

Quand il s’agit d’immunité collective, Annick Guimezanes désigne la vaccination comme « une protection personnelle, et une protection de la population, par effet de diminution de circulation du virus ». Elle rappelle d’ailleurs que si certaines infections très contagieuses, comme la rougeole, sont la plupart du temps bénignes chez les enfants, elles peuvent être très graves pour les adultes. Un argument de plus pour passer par la case piqûre !

La vaccination est aussi un moyen de préserver les plus faibles.
Pour rappel, les objectifs de santé publique situent entre 80 et 95% (selon la maladie) le taux de couverture vaccinale nécessaire pour parvenir à l’immunité collective.

Les personnes immunodéprimées ne pouvant pas être vaccinées contre certaines maladies, le faire pour soi équivaut aussi à les protéger. ”

Annick GUIMEZANES Immunologiste et chercheuse à l'Inserm

Scientifiquement parlant, plusieurs vaccins ont démontré leur intérêt à l’échelle mondiale : en 1980, la variole a en effet été déclarée comme totalement éradiquée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). On espère des résultats similaires pour la polio dans les années à venir.

     Et la covid-19 dans tout ça ?

C’est la question qui est sur toutes les lèvres : comment être certain de l’absence d’effets secondaires à long terme liés aux vaccins contre la Covid-19

« C’est tout le problème d’une maladie que l’on découvre. On ne peut pas supprimer le doute », explique Annick Guimezanes. « À court terme, les effets secondaires sont ceux de tous les vaccins. À moyen terme, nous le saurons dans quelques mois, et à long terme dans plusieurs années. » 

Quand la vaccination est remise en cause

En dépit des progrès scientifiques et des résultats obtenus au fil des années, l’efficacité des vaccins a souvent été remise en cause. Pour cette raison, Annick Guimezanes insiste sur l’importance de la pédagogie : « Expliquer comment fonctionne un vaccin et se construit l’immunité collective est essentiel pour inciter les personnes à [se faire vacciner] ! »

Qu’en est-il alors des personnes opposées à la vaccination ? Leurs inquiétudes sont-elles légitimes ?

Si on s’en tient aux faits, « elles sont à relativiser, répond Annick Guimezanes. Oui, vacciner un enfant n’a rien de drôle. Oui, il y a eu dans l’histoire des accidents vaccinatoires³. Mais non, les vaccins ne provoquent pas de maladie. Les effets secondaires ? La science l’a prouvé : ils restent minimes quand on les compare aux bénéfices de la vaccination ».

Elle analyse : « Il suffit de se pencher sur les chiffres : lorsque le nombre de vaccinations baisse, le nombre de cas de maladies augmente systématiquement. Le dernier exemple en date : la recrudescence des cas de rougeole (voir ci-dessus). Enfin, si on s’intéresse à la justice, force est de constater que de nombreux procès sont intentés contre des médicaments, et très peu contre des vaccins. »

Le conseil de Nora Souli, médecin traitant

« La vaccination est un acte de protection et de prévention, qui permet d’éviter d’être contaminé, et ainsi d’éviter de contaminer les autres. Pour se protéger et protéger les autres, mieux vaut avoir le réflexe de la vaccination ! » 

Alors, prêts et prêtes pour l’immunité collective ?  

 

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¹ Diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, Haemophilus influenzae B, hépatite B, pneumocoque, méningocoque. Le vaccin contre la fièvre jaune est également obligatoire pour les personnes résidant en Guyane française.
² Les vaccins recommandés dans certaines situations concernent la tuberculose, la varicelle, l’hépatite A, la grippe et le papillomavirus.
³ Le plus connu est celui de Lübeck, en 1930, lorsque des vaccins contre la tuberculose avaient été contaminés par la bactérie en question.

« La vaccination est une Priorité nationale » E.Macron (23/03/2021)