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Intolérance au gluten : effet de mode ou réalité ?

Qui n’a pas un proche ou une connaissance touchée par l’intolérance au gluten ? Également connue sous le terme de maladie cœliaque, cette dernière est souvent apparentée à un effet de mode et ses conséquences profondes sur la santé demeurent encore méconnues.
Décryptons-la ensemble.

La maladie cœliaque, qu’est-ce que c’est ?

On parle d’intolérance au gluten, mais savez-vous exactement ce qu’est le gluten ? Il s’agit des protéines que l’on trouve dans certaines céréales comme le blé, l’orge, le seigle, l’épeautre ou l’avoine. Le gluten se forme lors de l'hydratation d'une pâte au cours du pétrissage, il permet ainsi de rendre cette dernière élastique et moelleuse. Or, certaines de ces protéines sont susceptibles de déclencher la maladie cœliaque : une maladie intestinale chronique et auto-immune, liée à l'ingestion de gluten.

Si vous êtes atteint de cette maladie, votre corps verra automatique le gluten ingéré comme un ennemi contre lequel il doit se défendre.
Chez certaines personnes, le gluten déclenche une réaction exagérée du système immunitaire, d’où une inflammation de l’intestin grêle entrainant une disparition progressive des villosités intestinales. Ces dernières sont non seulement indispensables à l’absorption et à l’assimilation des aliments, mais jouent également un rôle majeur dans la protection de l’organisme contre les maladies.

Comment savoir si vous êtes intolérant au gluten ?

Dans de nombreux cas, l’intolérance au gluten donne lieu à des symptômes mineurs ou peu perceptibles. Certains n’ont même aucun symptôme on parle alors de "maladie cœliaque silencieuse". De plus, ces symptômes varient beaucoup d’une personne à l’autre.
Si plus de 200 symptômes et problèmes cliniques peuvent s’y voir associés, les principaux sont :

Les symptômes classiques

  • Des problèmes gastro-intestinaux (diarrhées chroniques, ballonnements, nausées…)
  • Une anémie par carence en fer ou en vitamine B9
  • Une perte de poids
  • Des démangeaisons
  • Des aphtes récidivants

Les symptômes plus lointains

  • Une fatigue importante et prolongée, des difficultés de concentration
  • Des douleurs articulaires et osseuses 
  • Des maux de tête
  • Des sautes d’humeur
  • Une dermatite herpétiforme

Quelles sont les conséquences de cette maladie ?

La plupart du temps, la maladie cœliaque a deux conséquences principales :

  1. La digestion est altérée,
  2. L’organisme assimile moins bien la majorité des nutriments, minéraux et vitamines (graisses, protéines, fer, calcium, vitamine D, vitamine B9, etc.)

Des effets parfois plus graves

Dans ses formes les plus graves, après une longue évolution et en l’absence d’un régime sans gluten, elle peut avoir des effets beaucoup plus néfastes sur la santé :

- Ralentissement de la croissance chez l’enfant
- Ostéoporose
- Stérilité
- Certains types de cancers
- (autres conséquences, exposées dans les symptômes vus plus haut)...

Quelles sont ses causes ?

On sait que cette dernière est une pathologie d'origine immunologique, avec une prédisposition génétique importante :

  • 95% des personnes intolérantes au gluten sont porteuses d’un ou deux gènes spécifiques (HLA-DQ2 et/ou HLA-DQ8).
  • Il existe 10% de risque de transmission chez les parents au premier degré
  • L'intolérance au gluten est deux à trois fois plus fréquente chez la femme que chez l'homme

Ces marqueurs sont retrouvés dans 30 à 40% des individus dans la population générale. Ainsi, le facteur génétique est une condition nécessaire mais pas suffisante pour expliquer l’apparition de la maladie. De nombreux facteurs, par leurs nombres et leurs diversités, restent à cerner avec précision. Ce qui nous amène à la question des causes de l’argumentation extrême de personnes consommant du non-gluten partout dans le monde occidental.   

S’agit-il d’une réelle "épidémie" d’intolérance au gluten ?

Un effet de mode

Depuis 2010, des livres ont commencé à diffuser le message selon lequel le gluten est un véritable poison pour beaucoup de personnes. De nombreuses célébrités telles que Lady Gaga, Jessica Alba et Miley Cyrus ont commencé des régimes sans gluten. Novak Djokovic a lui-même déclaré à cette époque « S’il vous plaît, pensez à faire un test d’intolérance alimentaire, le gluten est bon mais peut ne pas être bon pour vous ».

Dès lors, le régime sans gluten devient la nouvelle mode :

  • 25% de la population américaine mangeraient sans gluten
  • 8 à 15% pour la population européenne
  • Le marché mondial du sans gluten est évalué à 15 milliards d’euros en 2018 et devrait en atteindre 36 milliards en 2037

La conséquence majeure du gluten pour la majorité de la population (personnes en bonne santé) est simplement un ralentissement de la digestion.

Une maladie dont le nombre de cas est en pleine croissance

Il y a donc eu un certain effet de mode à partir des années 2010 qui a permis la construction d’un énorme marché économique. En revanche, peut-on dire pour autant qu’il n’y a pas de réelle augmentation du nombre de cas ?
Aux États-Unis, où le suivi du nombre des patients atteints de la maladie cœliaque est particulièrement bien documenté, on serait passé de 0,2% de malades vers 1950 à 1% aujourd’hui.

Une augmentation expliquée par plusieurs facteurs :

- Suite à la Deuxième Guerre mondiale et pour la première fois, des machines et des produits chimiques comme le glyphosate sont utilisées pour faire pousser nos aliments. De nouvelles variétés voient le jour avec une qualité de gluten différente, plus tenace et plus difficilement digérable, et le blé devient plus facilement cultivable mais aussi plus nocif pour l’organisme.

- La deuxième explication réside dans l’évolution des normes de la fabrication d’aliments comme le pain avec beaucoup moins de fermentation (qui permet de prédigérer le gluten) et l’ajout de nombreux produits de boulangerie industriels. De plus, 30% des produits alimentaires de supermarché contiennent du blé et du gluten, même là où l’on s’y attend le moins (glace, confiture, fromage…).

2 miches de pain, épi de blé

© photo Wesual on Unsplash

Comment se faire diagnostiquer ?

Comme nous l’avons vu les symptômes sont extrêmement variés et, contrairement à ceux des personnes qui sont allergiques au gluten, apparaissent de manière progressive et s’installent dans la durée.
Le diagnostic est par conséquent souvent difficile et long à établir : chez les adultes, la maladie est diagnostiquée en moyenne plus de 10 ans après l’apparition des premiers symptômes.

Le diagnostic plus spécifique se fait généralement en 3 étapes : la première est un test sanguin qui va permettre de détecter un éventuel surnombre de certains anticorps dans l’organisme. Un prélèvement de tissus (biopsie) est ensuite pratiqué dans l’intestin grêle grâce à un mince tube flexible (un endoscope).
L’application d’un régime sans gluten confirmera ou infirmera par la suite le diagnostic.  

Comment vivre avec la maladie cœliaque au quotidien ?  

Il n’existe pas à ce jour un traitement plus efficace pour cette maladie que l’adoption d’un régime sans gluten. Ce régime peut vous paraître contraignant et peut-être difficile à accepter et à mettre en place. Nous vous conseillons par conséquent de consulter un médecin nutritionniste pour adapter votre alimentation en douceur et le plus efficacement possible, et être accompagné dans ce nouveau mode d’alimentation. La bonne nouvelle c’est que, comme vu plus tôt, le marché du sans gluten s’est considérablement étendu et continue de grandir.

Une autre bonne nouvelle ? Les effets du régime sans gluten se font relativement vite ressentir, avec une réduction significative des troubles digestifs, et un renforcement du système immunitaire, plus résistant contre les inflammations, les migraines mais aussi les douleurs articulaires.
 

Rédigé par : Clotilde CHEVALIER