Langue ou langage des signes ?
Points clés
On parle de langue des signes et non de « langage des signes ».
La langue des signes est une langue à part entière, avec sa propre grammaire, sa syntaxe et ses règles linguistiques.
Chaque pays possède généralement sa propre langue des signes : la LSF en France, l'ASL aux États-Unis, la BSL au Royaume-Uni, etc.
Employer le bon terme contribue à la reconnaissance de la culture, de l'identité et des droits des personnes sourdes.
La langue des signes française (LSF) est reconnue officiellement en France depuis la loi du 11 février 2005.
Langage et langue des signes, quelle différence ?
Qu’est-ce que le langage en linguistique ?
Le langage est un système abstrait de communication qui inclut la connaissance du sens des mots, des unités linguistiques et la capacité à organiser ces mots en phrases. Ces structures se combinent dans la conversation pour exprimer des idées, des événements, des intentions, pour décrire des choses et des personnes, à l’oral comme à l’écrit.
Cette capacité universelle qu’est le langage se concrétise à travers des langues, comme le français, l’espagnol ou la langue des signes française (LSF).
Chaque langue repose sur des modalités d’utilisation spécifiques, selon son canal de transmission :
Modalités voco-orales pour les langues parlées,
Modalités visuo-gestuelles et manuelles pour les langues signées.
Dans les langues des signes, les mouvements, la configuration des mains, leur orientation, l’articulation dans l’espace et les paramètres corporels jouent un rôle central dans la production du sens.
Une langue se définit par ses règles
Chaque langue possède ses propres règles, structures grammaticales et éléments linguistiques.
Chaque individu grandit avec une langue qui est un produit social, culturel et historique, transmis par l’éducation, la famille et la société. Le linguiste Ferdinand de Saussure, figure fondatrice des sciences du langage a défini la langue comme un « système de signes distincts correspondant à des idées distinctes », qui constitue « un tout en soi ». Cette définition s’applique pleinement aux langues des signes.
Communication animale et langue humaine
Pour faire simple : les animaux disposent de formes de langage, basées sur des signaux ou des mouvements, mais ils ne possèdent pas une langue au sens linguistique.
Avec cet exemple, vous comprendrez mieux pourquoi les sourds signants adultes comme enfants, sont choqués lorsque l’on parle de « langage des signes » au lieu de langue des signes, une appellation qui nie son statut linguistique et son usage reconnu dans de nombreux pays.
La langue des signes : une bataille identitaire
La langue des signes est une langue à part entière, dotée d’un statut linguistique reconnu. Elle possède sa propre histoire, ses structures, ses règles grammaticales et sa syntaxe propre. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’une simple gestuelle ou d’un accompagnement du langage vocal. La langue des signes repose sur une modalité visuelle et manuelle, fondée sur des mouvements, la configuration des mains, l’orientation, le mouvement, l’articulation dans l’espace et les expressions du visage, qui constituent ensemble de véritables paramètres linguistiques.
Ça peut paraître abstrait aux personnes entendantes qui découvrent la langue des signes pour la première fois, mais les signes ne sont jamais placés au hasard.
Le sujet est signé physiquement dans l’espace (et à gauche, s’il entre dans une pièce par la gauche, par exemple) en début de phrase.
Cette organisation spatiale permet ensuite de s’y référer avec précision dans les phrases suivantes, en réutilisant les mêmes emplacements, exactement comme on utiliserait des pronoms dans les langues orales.
Avoir une langue, c’est revendiquer une culture sourde, une identité collective et un accès égal à la communication, à l’éducation et à l’information.
Or, cette culture a longtemps été niée aux personnes sourdes en France, entre la fin du XIXᵉ siècle et le XXᵉ siècle.
En 1880, lors du Congrès de Milan, l’usage des langues des signes a été interdit dans l’enseignement au profit des méthodes orales et vocales, marginalisant durablement les enfants sourds et leur langue naturelle.
Cette interdiction a perduré jusqu’aux années 1970, freinant les recherches linguistiques, l’apprentissage et la transmission de la langue des signes. L’interdit n’est levé qu’en 1977 par le ministère de la Santé, et il faut attendre la loi de 2005 pour que la langue des signes française (LSF) soit officiellement reconnue comme une langue à part entière, utilisée aujourd’hui dans l’éducation, les services publics et la communication.
Pourquoi il est important de parler de langue des signes
Parler de langue des signes plutôt que de « langage des signes » n’est pas un simple choix de mots. C’est reconnaître une langue à part entière, avec ses structures linguistiques, ses modalités visuelles et manuelles, et son rôle central dans la communication des personnes sourdes. Cette précision lexicale participe au respect de l’identité culturelle, du statut linguistique et des droits des communautés concernées.
Les termes que nous utilisons influencent directement notre regard sur la différence, l’inclusion et l’accessibilité, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’information. Mieux nommer, c’est favoriser une meilleure compréhension, encourager une communication plus juste et soutenir la reconnaissance des langues des signes.
En s’engageant pour une information claire et inclusive il faut adopter les bons mots, c’est faire un pas de plus vers une société plus respectueuse et accessible à toutes et tous.
FAQ
Parce que le mot « langage » désigne la faculté humaine de communiquer, tandis qu'une « langue » est un système de communication structuré avec ses propres règles grammaticales. La langue des signes est donc une langue à part entière.
Non. Chaque pays, ou parfois plusieurs régions d'un même pays, possède sa propre langue des signes. Par exemple, la France utilise la LSF (langue des signes française), tandis que les États-Unis utilisent l'ASL (American Sign Language).
Oui. La langue des signes possède sa propre grammaire, sa syntaxe et ses règles de construction des phrases. Elle ne constitue pas une simple traduction gestuelle du français parlé.
La langue des signes française a été officiellement reconnue comme une langue à part entière par la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
Utiliser le bon terme permet de reconnaître le statut linguistique de cette langue, de respecter l'identité et la culture sourdes, et de favoriser une communication plus inclusive et accessible.








