VIH/sida : 5 fausses croyances sur la maladie
Depuis les débuts de la pandémie VIH dans les années 1980, la lutte contre ce virus a connu des avancées décisives. Même si des progrès restent à faire, la qualité de vie des personnes porteuses du VIH s’est améliorée, et leur espérance de vie a augmenté. Revers de la médaille, le sida fait « moins peur ». À tort : chaque année, la France enregistre 6 000 nouvelles contaminations au VIH.
En parallèle, les fausses informations et l’exposition au risque sont en hausse, note Sidaction. Dans sa dernière enquête annuelle réalisée par OpinionWay auprès de jeunes âgés de 15 à 24 ans, l’association de lutte contre le sida alerte : « Les idées reçues et fausses informations n’ont jamais été aussi répandues depuis le début de l’enquête en 2015. » Alors, quelles sont ces croyances qui ont encore la vie dure, et particulièrement chez les jeunes ?
Fausse croyance #1 – Il existe un vaccin pour empêcher la transmission du VIH
Contrairement à ce que pensent 40 % des jeunes interrogés pour l’enquête Sidaction, il n’existe pas à ce jour de vaccin contre le virus du sida. En cause, la diversité génétique du VIH, c’est-à-dire sa capacité à muter en permanence. Le rôle des vaccins est d’aider le système immunitaire à reconnaître un virus ou un microbe pour qu’il puisse le combattre. Or, lorsque le virus du sida mute, il n’est plus reconnu par le système immunitaire. Les vaccins développés deviennent donc inefficaces.
Il existe toutefois un traitement de prévention, la PrEP, pour « prophylaxie pré-exposition ». « C’est un traitement destiné aux personnes séronégatives qui peuvent être exposées au VIH lors de rapports sexuels, explique Sébastien Landry, sexologue clinicien. S’il y a une contamination, l’objectif, c’est d’empêcher que le virus s’installe dans l’organisme. Si le traitement est pris correctement, il est efficace à plus de 99 %. Il s’agit de comprimés qui peuvent être pris tous les jours, comme une pilule contraceptive, ou “à la demande”, en prévision d’un rapport sexuel. Et c’est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie. »
Fausse croyance #2 - Aujourd’hui, on peut guérir du sida
De même qu’il n’existe pas de vaccin contre le VIH, il n’est pas possible d’éliminer totalement le virus de l’organisme. Là encore, en raison de sa capacité de mutation. Pour l’heure, les traitements contre le VIH permettent de bloquer la multiplication du virus et de reconstituer le système immunitaire. Il s’agit des trithérapies. Celles-ci associent trois molécules (des antirétroviraux) pour lutter contre la maladie.
Fausse croyance #3 – Une personne séropositive sous traitement peut transmettre le VIH lors d’un rapport sexuel non protégé
C’est l’une des idées les plus ancrées chez les 15-24 ans (78 %), selon l’enquête Sidaction… pourtant démentie par les avancées médicales : les traitements antirétroviraux actuels permettent aux personnes séropositives d’avoir une charge virale indétectable.
La charge virale correspond à la quantité de VIH dans le sang. Elle est mesurée par une prise de sang. Plus la charge virale est élevée, plus le risque de transmission du virus est important. La charge virale devient indétectable lorsque le virus n’est plus détecté dans le sang. Cela ne signifie pas que le VIH n’est plus présent dans l’organisme, mais il l’est en quantité extrêmement faible.
Une personne séropositive sous traitement avec une charge virale indétectable est alors considérée comme non contagieuse. Elle ne peut donc pas transmettre le VIH lors d’un rapport sexuel non protégé.
Fausse croyance #4 – Le sida peut se transmettre par un baiser ou en buvant dans le verre d’une personne séropositive
Bien qu’il s’agisse d’un virus, le VIH ne s’attrape pas comme un simple rhume. Il est même « très fragile », précise Sébastien Landry, puisqu’il ne peut pas survivre à l’air libre.
Il n’existe d’ailleurs que trois modes de transmission du virus du sida :
par voie sexuelle, c’est-à-dire lors d’un rapport sexuel non protégé par pénétration vaginale ou anale ; le sexe oral n’est pas non plus sans risque de transmission du virus, même si ce risque est faible ;
par voie sanguine, par exemple par injection de drogues avec des aiguilles ou des seringues contaminées par le sang d’une personne séropositive, ou lors de soins réalisés avec du matériel médical non stérile ou mal stérilisé ;
d’une mère porteuse du virus à son enfant au cours de la grossesse, de l’accouchement et de l’allaitement – une femme séropositive sous traitement peut toutefois envisager une grossesse sans transmettre le virus à son enfant.
Pour éviter d’être contaminé, « le préservatif, masculin et féminin, reste le meilleur moyen de se protéger du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles (IST) », rappelle Sébastien Landry.
« Il existe aussi un traitement post-exposition (TPE), qui est un traitement d’urgence. Il faut le prendre le plus tôt possible, idéalement moins de 4h et au plus tard dans les 48h après un rapport sexuel à risque – et jusqu’à 72h dans certains cas. C’est gratuit pour les jeunes, et pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie pour les autres. » Le TPE peut être délivré, notamment, par les services d’urgence des hôpitaux et les Centres de santé sexuelle (CeGIDD).
Fausse croyance #5 – Il y a de moins en moins de contaminations chez les jeunes
L’enquête Sidaction révèle que cette idée aussi est répandue chez les 15-24 ans, puisqu’ils sont 49 % à le penser (+4 points). Mais ils sont au contraire davantage exposés : entre 2014 et 2023, les découvertes de séropositivité chez les 15-24 ans ont augmenté de 41 %, selon les chiffres de Santé publique France. Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette hausse, notamment un accès limité de certains jeunes à la prévention et les idées reçues qui persistent sur la maladie.
3 questions à…
Sébastien Landry, sexologue clinicien, codirecteur du DU « Conseiller en Santé sexuelle » à l’université de Poitiers.

Comment analysez-vous la hausse des idées reçues sur le VIH/sida chez les jeunes ?
Si je m’appuie sur les jeunes que je vois en consultation, j’ai la sensation que, pour un grand nombre d’entre eux, le problème du sida est un peu réglé en quelque sorte. Les campagnes de sensibilisation ont réellement contribué à déstigmatiser les personnes séropositives. Mais le revers de la médaille, c’est que pour beaucoup de jeunes, le sida, ce n’est plus très grave, puisqu’il y a des traitements. Mais il est important de rappeler que ce sont des traitements qui ne sont pas faciles à prendre au quotidien, et qui peuvent avoir des effets secondaires.
Est-ce que les jeunes vous semblent moins sensibilisés au risque de transmission du VIH ?
Je suis beaucoup d’étudiants d’une vingtaine d’années, et ce ne sont pas des personnes qui ne s’informent pas. Il y a d’ailleurs beaucoup de progrès faits en matière d’éducation sexuelle, mais c’est plus axé sur les orientations sexuelles, le fait de s’accepter, le consentement, les violences sexuelles, etc. – et c’est fondamental. Mais ça ne veut pas dire pour autant qu’on est parfaitement au clair dans l’éducation sur les IST et les moyens de protection. Il faut que l’on continue à faire un travail sur le sujet, à expliquer aux jeunes le risque de transmission du VIH, et plus largement, des IST. D’autant plus que les jeunes évoluent en permanence. Et qu’on arrive de plus en plus à une sexualité « de consommation » liée aux réseaux sociaux, avec un sentiment de toute-puissance et de sécurité derrière l’écran.
Mais, justement, les réseaux sociaux ne peuvent-ils pas aussi jouer un rôle dans la prévention ?
C’est effectivement un canal de communication, mais il faut que ce soit bien fait et par les bonnes personnes. Pour moi, il est surtout important de faire témoigner les jeunes. Quand un jeune parle à d’autres jeunes, ils ont tendance à davantage écouter, parce qu’ils ont le même langage, ils peuvent s’identifier entre pairs. Pourquoi pas à travers des vidéos courtes, en faisant appel à des jeunes connus sur les réseaux sociaux, qui peuvent se servir de leur notoriété pour porter des messages de prévention. Les campagnes « classiques » restent très importantes, mais des témoignages de jeunes, par exemple de jeunes séropositifs qui expliquent leur quotidien, auraient un impact très fort, selon moi.








