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Sauvons le cœur des femmes !

Saviez-vous qu’1 femme sur 5 de plus de 35 ans ne pratique jamais d’activité physique ? Un chiffre alarmant quand on sait que les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès chez les femmes en France. Face à cette urgence médicale et sanitaire, L’initiative Agir pour le Cœur des Femmes alerte et sensibilise pour mieux protéger la santé cardiaque féminine. Dans cet article, découvrez des informations clés, des recommandations et des pages utiles pour agir. Nous avons rencontré le Pr Claire Mounier-Véhier, cardiologue et médecin vasculaire au CHU de Lille, co-fondatrice de ce mouvement engagé.

© photo by DESIGNECOLOGIST, on Unsplash

[Article publié à l'origine sur le site Marie-Claire, dans le cadre de notre partenariat]

1 femme sur 5 âgée de plus de 35 ans ne pratique jamais d’activité physique ! 
C’est ce que révélait l’étude AÉSIO mutuelle menée en 2021 avec Harris Interactive sur la "Santé au féminin". Aujourd’hui, ce chiffre n’a guère évolué : en 2021, seulement 59 % des femmes atteignent les recommandations de l’OMS en matière d’activité physique, laissant près de 41 % en insuffisance ou inactives

Quel impact sur la santé cardiaque des femmes, alors que les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité féminine en France, avec environ 75 000 décès par an ? Et dans le même temps, les maladies cardioneurovasculaires ont causé près de 140 000 décès en 2022, dont 18 000 chez les femmes, et généré 1,2 million d’hospitalisations.

Alerter, anticiper et agir avant qu’il ne soit trop tard

La Pr Claire Mounier-Véhier, cardiologue et médecin vasculaire au CHU de Lille, co-fondatrice d’Agir pour le Cœur des Femmes et Présidente de la Fédération Française de Cardiologie Nord-Pas-de-Calais vise à sauver 10 000 femmes en 5 ans. Ses moyens : la prévention, le dépistage, une meilleure prise en charge des risques cardiovasculaires. Elle s’engage sans relâche pour offrir des informations, des recommandations et des services adaptés à chaque personne. 

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—  On pense à tort que les maladies cardio-vasculaires ne concernent que les hommes. Or en France, près de 200 femmes en meurent chaque jour d’où vient ce paradoxe ?

Pr. Claire Mounier-Véhier - Du poids des stéréotypes ! Dans l’imaginaire collectif, il y a cette idée que l’infarctus survient chez l’homme de 60 ans qui fume et qui souffre d’embonpoint. Mais depuis plusieurs décennies, les femmes ont adopté le même mode de vie, accumulant les responsabilités, à la maison, avec les enfants, au travail.

Les facteurs de risque, qui s’accumulent, font le lit des maladies et accidents cardio-vasculaires : sédentarité, surpoids (dû à un excès d’aliments industriels), tabac (elles commencent à fumer vers 12/13 ans), manque d’activité physique, diabète, stress... des facteurs aggravés pour certaines par la précarité sociale.

Aujourd’hui, 80 % des maladies cardiovasculaires pourraient être évitées grâce à une bonne hygiène de vie et un dépistage précoce

Alors qu’on pensait – à partir d’études initialement menées chez les hommes – que certains risques étaient moins impactants pour les femmes, les dernières recherches montrent que les mêmes facteurs (tabac, sédentarité, stress, hypertension, diabète) sont en réalité plus dangereux pour leur santé cardiaque, entraînant des conséquences plus graves.

—  Les femmes sont-elles prédisposées à être touchées par ce type de maladie ?

Effectivement, car elles ont des artères plus petites, plus fines, une physiologie cardio-vasculaire différente, et ne développent pas les mêmes lésions avant la ménopause notamment.

Mais les préjugés ayant la vie dure, peu de gens savent que la maladie s’exprimera différemment chez l’homme et chez la femme, dans 1 cas sur 2.

—  Les professionnels de santé doivent-ils modifier leur approche des problèmes cardio-vasculaires féminins ?

Absolument ! De grosses lacunes de connaissance persistent chez certains médecins – les maladies cardio-vasculaires constituent un phénomène générationnel et très genré avec de gros préjugés –. Il faut donc les former, afin qu’ils puissent reconnaître les symptômes atypiques des problèmes cardiaques féminins mais aussi informer les femmes pour qu’elles puissent alerter leur médecin à temps !

—  Quels signes avant-coureurs annoncent un accident cardio-vasculaire chez la femme ?

Palpitations, nausées ou vomissements, oppression thoracique, essoufflement à l’effort, fatigue persistante, souvent associés avec une sensation d’angoisse, sont des symptômes qui doivent inciter les femmes à composer le 15.

D’autres signes doivent alerter, tels que des migraines inhabituelles, des troubles de la parole ou une baisse brutale de la vue, ou encore des douleurs à la marche, dans le mollet, la cuisse ou la fesse. Malheureusement, les symptômes généralement observés renvoyant trop souvent à d'autres pathologies, on ne pensera pas forcément à une maladie du cœur ou des artères. De plus même après l’accident aigu, les femmes ne sortiront pas avec la même ordonnance que les hommes avec notamment moins de statines.

En cas d'accident vasculaire cérébrale (AVC), les patientes seront prises en charge plus tardivement que les hommes, ce qui entraîne une perte de chances. Aujourd’hui, environ 46,8 % des patients hospitalisés pour AVC sont admis dans une unité neuro-vasculaire spécialisée, améliorant la rééducation et le suivi post-AVC.
(Source BEH-Santé Publique France) ”

Pr. Claire Mounier-Véhier

La Santé au Féminin, un sujet fort chez AÉSIO

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—  Il y a également des spécificités hormonales du risque cardio-vasculaire ?

En effet. Chez les femmes, le risque cardio-vasculaire est rythmé par les cycles hormonaux. Les variations hormonales liées aux cycles, à l’âge, les sur-sollicitations cardiaques lors des grossesses, la ménopause… Ces phases hormonales, qui rythment la vie d’une femme, constituent des facteurs de risques cardio-vasculaires supplémentaires que les hommes n’ont pas.

C’est pourquoi il faut être particulièrement vigilante lors de ces périodes clés et consulter un médecin qui évaluera le risque cardio-vasculaire (en fonction de l’âge, bilan lipidique complet, bilan glucidique, mesure de la pression artérielle, mesure du périmètre abdominal, explorations cardio-vasculaires plus poussées comme l’épreuve d’effort ou les écho-dopplers vasculaires…).

- En France, 150.000 femmes en âge de procréer sont porteuses d’une maladie cardiaque. Elles ont un risque multiplié par 15 de complications pour leur bébé, et par 100 de mortalité pour elle-même en l’absence de dépistage et de prise en charge en amont de la grossesse (leur cœur étant amené à battre plus vite pour « traiter » 5 litres de sang supplémentaires, les cavités cardiaques et les artères se dilatent physiologiquement aussi) si elles ne sont pas correctement prises en charge.

- De son côté, la contraception (pilule, patch, anneau…) contenant des œstrogènes de synthèse, active la coagulation, augmente la tension artérielle, peut modifier le profil lipidique et peut provoquer des accidents cardio-vasculaires artériels et veineux (phlébite-embolie pulmonaire) avec la formation de caillots de sang.

- Les femmes de plus de 35 ans qui associent tabac et contraception avec œstrogènes de synthèse ont 30 fois plus de risques d’accident cardio-vasculaire. De même, l’association de migraine et d’une contraception avec œstrogènes de synthèse est un facteur de risque d’accident vasculaire cérébral.

- Il est important de revoir la contraception en fonction de l’âge et de l’exposition aux facteurs de risque, de ne pas faire de renouvellement systématique sans bien réévaluer la balance "bénéfice-risque" car il existe toujours un moyen de donner une contraception adaptée à une femme.

Professeur Claire Mounier-Véhier

En France, 150.000 femmes en âge de procréer sont porteuses d’une maladie cardiaque. Elles ont un risque multiplié par 15 de complications pour leur bébé, et par 100 de mortalité pour elle-même en l’absence de dépistage et de prise en charge en amont de la grossesse ”

Pr. Claire Mounier-Véhier

—  La ménopause est également une période à risque ?

Oui, le risque d’accident cardio-vasculaire est significativement majoré à la ménopause en l’absence de dépistage et de mesures de prévention adaptées. Le cœur parfois fragilisé, ne sait plus s’adapter aux efforts du quotidien. Les lésions athéromateuses sont parfois très distales et ne sont pas visibles à la coronographie, ou plus adapté au coroscanner, examens qui révèlent uniquement les lésions des grosses artères coronaires. Le dépistage plus systématique chez une femme exposées aux facteurs de risque et ménopausée est donc essentiel.

Encore une fois, la prévention est clé. Il faut adopter une bonne hygiène de vie et ne pas hésiter, en cas de troubles de la ménopause invalidants (bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, irritabilité, douleurs articulaires, ostéoporose…), à se faire prescrire le traitement hormonal de la ménopause après un bilan cardio-vasculaire dédié .Prescrit uniquement par voie transcutanée, le traitement hormonal permet de contrôler les symptômes climatériques de la ménopause et n’induit plus de risques de phlébite, d’embolie ou d’AVC, d’HTA ou de troubles métaboliques. De récentes publications montrent même qu’il retarderait le vieillissement artériel, le développement des plaques de cholestérol dans les artères, l’hypertension artérielle et la prise de poids abdominale.

—  Vous insistez également sur l’importance d’une prise en compte particulière des femmes touchées par un cancer.

Les oncologues doivent être très attentifs aux femmes qui ont eu un cancer du sein, notamment du sein gauche, car l’irradiation des coronaires, près du cœur, peut augmenter le risque de maladie coronaire et fragiliser le cœur. Il faut leur faire un coroscanner tous les 3 à 4 ans.

—  Pour sauver le cœur des femmes, votre méthode, c’est la "prévention positive".

Elle tient en 3 mots : alerter, anticiper, agir.

- Alerter, c’est dire aux femmes qu’elles doivent (re)prendre la main sur leur santé, qu’elles sont toutes concernées et peuvent alerter à leur tour leurs mères, leurs filles, leurs sœurs, leurs amies.

- Anticiper, c’est limiter l’apparition des facteurs de risque et les dépister régulièrement, informer les professionnels de santé pour qu’ils respectent les feux oranges et prennent les mesures qui s’imposent quand les feux et les risques deviennent rouges avec des bilans cardio-vasculaires personnalisés à chaque femme.

- Agir, c’est coordonner tout le système de santé, y compris les pharmaciens. Ensemble, nous pouvons être des "colibris" de la prévention ! C’est l’objectif d’« Agir pour le cœur des femmes », pour sauver plus de 10.000 vies d’ici 5 ans.

—  Vos actions de prévention reposent sur des « S » verts et rouges. De quoi s’agit-il ?

Un bon moyen mnémotechnique pour anticiper et prévenir de manière efficace les maladies cardiovasculaires est d’éviter ce que j’appelle les S rouges :

  • Sucre,
  • Sel,
  • Sédentarité,
  • Stress,
  • Surpoids,
  • Solitude

pour favoriser les S verts :

  • Sport,
  • Sérénité,
  • Sommeil,
  • Sourire,
  • Sexualité (aux vertus sportives et anti-stress !).

Sans oublier l’impact des facteurs psycho-sociaux (stress, charge mentale, isolement social, précarité…) qui augmentent le risque cardiovasculaire et métabolique.

Ce qui est primordial, c’est de prendre soin de soi. Ecoutez les signaux de votre corps ! Apprenez à être un peu égoïste de temps en temps en vous occupant de vous !
Tous les jours, je tire les rideaux dans mon bureau. Je mets un masque sur les yeux, des boules Quies et je déconnecte pendant 20 minutes.
Même si c’est difficile de prendre du recul, essayez de lâcher prise. Sérénité, sommeil, il n’y a pas de meilleur anti-stress !

—  D’après l’étude Harris Interactive & AÉSIO mutuelle1, 1 femme sur 5 âgée de plus de 35 ans ne pratique jamais d’activité physique et 1 sur 3 ne dépasse pas une heure par semaine : comment les motiver ?

En leur parlant de cœur à cœur ! Surtout pas d’injonction, mais leur rappeler que 20 à 30 minutes de pratique quotidienne permet de réduire de 25 à 30% les risques de mortalité cardiovasculaire. On parle ici de "sport-plaisir", agissant comme un éco-médicament.

Il y a des choses toutes simples à faire :

  • téléphoner debout, en marchant.
  • Quand vous êtes au bureau, se lever toutes les 15 minutes.
  • Prendre systématiquement les escaliers,
  • jardiner, faire du vélo, elliptique ou pas, de l’aquagym,
  • marcher rapidement, danser…Une fois que ce sera devenu un réflexe quotidien, vous découvrirez une nouvelle énergie positive.
  • Pensez aussi à l’activité sexuelle qui produit des phéromones : hormones du plaisir !

     

Une étude réalisée chez les hommes, dont les résultats ne sont pas directement transposables aux femmes, suggérait qu’une fréquence sexuelle élevée pouvait réduire le risque cardiovasculaire. Aujourd’hui, aucune preuve scientifique récente ne confirme qu’avoir deux rapports par semaine diminue de 25 % le risque de récidive cardiaque. La sexualité reste importante pour le bien-être et l’humanité, mais la prévention repose avant tout sur l’activité physique, une alimentation équilibrée, l’arrêt du tabac et la gestion du stress. 

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1 Sondage AÉSIO mutuelle & Harris Interactive sur la Santé au féminin, enquête réalisée en ligne du 29 avril au 6 mai 2021. Échantillon de 2 027 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

 

Rédigé par : Équipe éditoriale

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