Bus Santé des femmes : quand la santé vient à la rencontre du Jura
Une boîte de gants, un échographe, un miroir, une petite lampe : comme chaque matin, Pauline Charpentier sort son matériel. Pas tout, seulement une partie, « pour ne pas donner tout de suite une ambiance trop médicale ».
Depuis le 9 février, avec sa collègue, la sage-femme sillonne les routes du Jura à bord d’un bus turquoise, sur lequel se détache une silhouette blanche de femme. Une esquisse qui affiche la couleur : celle du Bus Santé des femmes, une offre de soins mobile dédiée à la santé des femmes et aux soins gynécologiques, portée par la Mutualité française Jura.
Lever les freins à l’accès aux soins
Le projet est né d’un diagnostic territorial, partagé avec l’Agence régionale de santé. « Ce diagnostic a fait apparaître plusieurs freins à l’accès aux soins pour les femmes, explique Jacques Séguin, président de la Mutualité française Jura. D’abord, l’éloignement géographique, les contraintes sociales liées à la précarité, le manque d’information, mais aussi, pour certaines femmes, l’impression de ne pas être légitimes à consulter. »
Tous ces freins, parfois cumulés, aboutissent à un même résultat : un nombre encore important de femmes qui renoncent ou retardent leurs soins. Et tous les domaines sont concernés, qu’il s’agisse de prévention, de santé sexuelle, de suivi gynécologique ou de dépistage.
En savoir plus sur l’accès aux soins
Un dispositif pensé en synergie
Le Bus Santé des femmes vient donc répondre à cet enjeu en allant directement à leur rencontre en zones rurales, dans les quartiers prioritaires, mais aussi dans les établissements médico-sociaux. Il s’inscrit « en complément de l’existant, comme un maillon supplémentaire dans l’organisation territoriale des soins », précise Jacques Séguin.
« Le bus est une initiative innovante aussi par sa façon d’organiser l’accès aux soins, poursuit le président. Nous sommes dans une synergie territoriale : établissements de santé, collectivités territoriales, structures médico-sociales, services sociaux. Tout ce réseau contribue à relayer l’information et à orienter les publics vers le dispositif. »
« Remettre les femmes dans un parcours de soins est vraiment le cœur de notre travail », abonde Pauline Charpentier. Le dispositif s’adresse donc à toutes les femmes, en ciblant plus particulièrement celles qui ont un faible accès aux soins, souvent en situation de précarité.
Au cœur des lieux de vie
Pour pousser la porte du bus, il suffit de prendre rendez-vous par téléphone (06 80 21 57 79) ou par mail … ou tout simplement de passer une tête. très sensible au sujet, a travaillé des années dans la prévention et la promotion de la santé, notamment celle des femmes.

Il peut y avoir un accueil improvisé : on voit le bus, on peut monter et être reçue s’il y a une disponibilité, c’est formidable ”
Elle place donc « beaucoup d’espoir » dans ce dispositif, qu’elle a à cœur de faire connaître au plus grand nombre. « Dans ces territoires agricoles, les horaires de travail ne sont pas toujours faciles. Plus largement, quand on vit dans une zone isolée, on pense moins à sa santé. Alors, avoir des professionnels formés, qui offrent un accueil confidentiel et une grande écoute, au pied de l’immeuble ou au centre du village, là où on fait son marché, c’est essentiel », souligne-t-elle.
La curiosité fait souvent le reste, comme dans les quartiers prioritaires, où il y a « davantage de femmes qui entrent sans rendez-vous et qui reviennent ensuite lors d’une autre permanence », note Pauline Charpentier.
Ce que confirme Jacques Seguin.

Depuis que le bus est en place, on constate que lorsque le dispositif est au plus près d’elles, les femmes franchissent plus facilement le pas. L’approche est plus accessible, et cela déclenche une démarche de leur part » ”
Un espace bienveillant et inclusif
Parmi les femmes reçues, « beaucoup viennent pour des symptômes liés à la ménopause », détaille Pauline Charpentier. Mais un autre sujet se fait aussi très présent lors des consultations : la charge mentale. « Les femmes privilégient souvent la santé et le quotidien des autres avant la leur, et ça peut avoir un impact sur leur santé intime. »
La plupart des femmes n’ont donc pas eu de suivi depuis longtemps, et pas seulement gynécologique. Alors, pour leur permettre de renouer en douceur avec la sphère médicale, tout est fait pour favoriser une ambiance bienveillante à bord du bus. « Dès l’entrée, il y a une affiche avec les couleurs LGBT pour que les personnes sentent tout de suite qu’elles entrent dans un espace inclusif. »
Mais le bus a d’autres atouts pour mettre les patientes à l’aise : des peluches pédagogiques, notamment des vulves, avec différentes couleurs de peau. « Généralement, ça détend l’atmosphère, sourit la sage-femme. Et ça aide aussi les patientes à expliquer plus facilement où elles ont mal. »
Prendre le temps
Avant de faire appel aux peluches, place d’abord à l’échange : « Je commence par demander ce que la patiente attend de la consultation. Ensuite, j’explique chaque étape et on avance selon son accord. » L’examen gynécologique n’est pas obligatoire : « On peut simplement discuter et reprendre rendez-vous plus tard. Cela rassure beaucoup. »
Ces consultations sont ouvertes du lundi au mercredi. Elles sont gratuites, sans avance de frais, et durent entre 30 et 45 minutes. Plus qu’un examen clinique classique, et parfois, bien plus, comme avec cette patiente « qui ne faisait plus confiance aux professionnels de santé » : « Il n’y avait pas de rendez-vous après, alors on a pris le temps. Elle est restée une heure et demie, et ça lui a permis d’exprimer beaucoup de choses. »
Certaines femmes peuvent aussi faire face à des situations difficiles : « Une autre patiente est venue après une agression sexuelle récente. Elle était très inquiète de son état physique. Nous avons pu la rassurer immédiatement. Cela n’efface pas ce qu’elle a vécu, mais elle a pu être apaisée sur le moment, puis elle est revenue dans un second temps. »
SERVICE AESIO MUTUELLE
Consultation médicale à distance
Un service de consultation médicale à distance accessible 24H/24 et 7J/7, où que vous soyez.

Sécuriser le soin
Le bus offre ainsi un cadre sécurisant à des femmes qui, parfois, n’ont pas eu la possibilité de parler depuis longtemps ou qui n’osent pas toujours le faire. « Je pense que certaines barrières tombent plus facilement, estime Pauline Charpentier. Certaines femmes sont réticentes à être examinées par des médecins hommes. D’autres ont du mal à parler d’intimité avec leur médecin traitant, qu’elles connaissent depuis longtemps. »
Pour Françoise Bernard, « cela peut aussi dédramatiser la consultation gynécologique. Pour certaines jeunes filles, c’est très impressionnant. Le contact avec la sage-femme peut faciliter ensuite l’accès au gynécologue. »
Un premier bilan encourageant
Grâce à cet espace de parole, le Bus Santé des femmes permet aussi d’identifier des situations nécessitant une orientation vers d’autres soins. « Certaines des patientes avaient interrompu tous leurs suivis médicaux. Le fait que le bus soit présent près de chez elles leur a permis de revenir consulter. Nous avons repris des rendez-vous spécialisés et relancé plusieurs suivis médicaux », poursuit-elle.
De fait, après quelques semaines d’activité seulement, le bus affiche déjà un bilan positif. « En zones rurales, les permanences ont été complètes très rapidement lorsque la communication autour du dispositif a bien fonctionné », indique la sage-femme. Dans les quartiers prioritaires, le démarrage a été plus progressif, mais « la fréquentation augmente ». Un signe prometteur : « Les femmes méritent d’être entendues et écoutées. C’est un temps qu’elles doivent s’autoriser à prendre pour elles. »
Françoise Bernard, elle, regarde déjà vers l’avenir, souhaitant voir l’initiative perdurer, voire « se démultiplier »

Il est important que les femmes s’en emparent et en parlent autour d’elles. Ce bus peut les aider à prendre conscience que leur santé est primordiale et qu’elle contribue à leur mieux-être. ”
SERVICE AESIO MUTUELLE
Découvrir Prévaésio, notre service prévention, pour vous informer et bénéficier de notre accompagnement.










