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Polluants : une menace silencieuse pour notre microbiote ?

La liste des polluants auxquels nous sommes confrontés au quotidien est de plus en plus longue et semble fragiliser notre santé. Pesticides, contaminants alimentaires et microplastiques s’invitent dans notre environnement, de l’air que nous respirons jusqu’aux aliments qui garnissent nos assiettes. Et notre microbiote intestinal semble lui aussi en prendre un coup. De récents travaux menés à ce sujet tendent à démontrer les effets délétères de ces adversaires silencieux sur notre précieux organe invisible. Les premiers résultats interpellent.

Le microbiote intestinal, un véritable chef d’orchestre

Un microbiote est un ensemble de micro-organismes qui vivent dans un environnement spécifique. Dans notre organisme, il en existe plusieurs : au niveau de la peau, de la bouche, du vagin, des poumons… et le plus important, du tube digestif.

Ce dernier est le plus « peuplé » puisqu’il n’abrite pas moins de 100 000 milliards de cellules de micro-organismes (bactéries, virus, parasites et champignons non pathogènes), soit 10 fois plus qu’il y a de cellules dans notre corps.

Il colonise les parois de l’estomac et de l’intestin et se concentre essentiellement dans l’intestin grêle et le côlon en constituant ce que l’on nomme le « microbiote intestinal » (ou flore intestinale).

Désormais mieux connu par le corps médical, le rôle de cet organe invisible est multiple puisqu’il agit sur le plan digestif, métabolique, immunitaire et neurologique. Il demeure ainsi un acteur majeur dans l’équilibre général du corps.  

C’est la raison pour laquelle, l’altération qualitative et/ou fonctionnelle du microbiote intestinal communément nommée « dysbiose », est une piste sérieuse pour expliquer certaines maladies.  

Et les chercheurs tentent aujourd’hui de comprendre les liens entre ses déséquilibres et certaines pathologies, en particulier parmi les maladies auto-immunes et inflammatoires.

Quand la pollution s’invite dans notre quotidien

L’étude du microbiote intestinal devient de plus en plus centrale pour la recherche médicale. Et plus particulièrement autour de l’aspect symbiotique qui existe entre ce dernier et notre organisme, sur ce qui maintient l’équilibre de cet écosystème et ce qui tend au contraire à le fragiliser.

De nombreux travaux sont menés autour de l’influence de facteurs extérieurs tels que les polluants qui sont dans le viseur de certains chercheurs. Lesquels s’attachent à vérifier et démontrer leurs impacts néfastes sur la santé de ce que l’on nomme notre deuxième cerveau.  

Quid de la pollution atmosphérique  

De nombreuses études ont vu le jour ces dernières années autour de la pollution de l’air (5e facteur de risque de mortalité dans le monde) et de ses nombreux impacts sur notre santé : celle de nos poumons en tout premier lieu mais également celle de notre microbiote intestinal.  

Selon des travaux portés sur le modèle animal, une exposition aux polluants atmosphériques pourrait en effet modifier la composition de ce dernier.  

C’est à partir de ce constat que des chercheurs américains de l'Université de Californie du Sud (USC) ont enrôlé une centaine de jeunes adultes californiens en surpoids dans une étude pour vérifier ce résultat sur l’Homme.

Ce déséquilibre constaté s’est manifesté par une perte de diversité et un nombre réduit d’espèces bactériennes. Près de 128 d’entre elles auraient été impactées : certaines agissant sur la sécrétion d’insuline et d’autres intervenant dans le maintien de l’intégrité de la barrière intestinale.

Ce qui aurait pour conséquence d’engendrer différents troubles ou pathologies : une augmentation du risque d’obésité, de diabète de type 2, de troubles gastro-intestinaux et d’autres maladies chroniques.

Des microplastiques omniprésents  

Plus récemment, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a mené des travaux qui ont confirmé la présence de microplastiques dans de nombreux aliments : l’eau mais pas seulement, le lait, les coquillages en passant par les fruits et les légumes, les sels de table, le miel. Sans oublier certains objets du quotidien tel que des biberons, des sachets de thé, des boîtes alimentaires et des gobelets jetables.  

Un constat accablant de leur omniprésence dans notre environnement.  

Ces particules de plastique de taille infime (70 fois plus petites que l’épaisseur d’un cheveu) sont parfois ajoutées intentionnellement dans certains produits (de cosmétique par exemple) ou issus de fragments de matières plastiques qui se dégradent.  

Ils sont alors susceptibles de contenir d’importantes substances toxiques, en particulier les nombreux additifs ajoutés pour conférer aux plastiques des propriétés spécifiques. Parmi les plus dangereux, on retrouve les phtalates, bisphénols, perfluorés, etc.

Ils s'accumulent dans les écosystèmes jusque dans les fonds marins et sont transférés dans les chaînes alimentaires, ce qui conduit inévitablement à leur ingestion involontaire par l’être humain.  

Si les conséquences sur notre santé ne sont pas encore formellement établies, des études sur les animaux laissent penser que leur ingestion pourrait impacter le bon fonctionnement de l’intestin, et la santé de notre microbiote.

Des rongeurs au microbiote altéré  

L’équipe de Mathilde Body-Malapel de l’INSERM (Université de Lille/CHU de Lille, Institut de recherche INSERM) a récemment réalisé des travaux sur des souris.  

Après six semaines d’une alimentation contaminée par des microparticules de polyéthylène (PE), son équipe a constaté que la structure et les fonctions immunitaires de la paroi intestinale des souris testées étaient perturbées, et la composition de leur microbiote intestinal devenue anormale.

S’il s’avère que ces polluants ont un effet comparable chez l’homme, ils pourraient être impliqués dans l’apparition de certaines maladies, notamment cancéreuses ou inflammatoires. Et si cette hypothèse solide se confirme prochainement, les microplastiques pourront être considérés comme des polluants à risque sérieux pour la santé humaine.  

Une hypothèse qu’il reste évidemment à vérifier selon la chercheuse qui planifie d’ores et déjà plusieurs nouveaux axes de travail avec son équipe : le premier visant à étudier l’impact des polluants plastiques retrouvés dans notre alimentation en se rapprochant des conditions de vie réelle.  

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Les produits chimiques : un cocktail nocif  

L’Université de Cambridge a récemment mené une vaste étude qui a révélé que des dizaines de produits chimiques couramment utilisés pouvaient nuire aux bactéries bénéfiques de l’intestin.  

On ignorait jusqu'alors que nombre de ces substances, présentes dans les pesticides et les produits industriels du quotidien, pouvait avoir un impact sur les organismes vivants.  

Et cette recherche soulève de nouvelles questions sur la manière dont l’exposition à des produits chimiques pourrait influencer la santé humaine en coulisses.  

Retour sur l’analyse  

A l’occasion de cette étude, des scientifiques ont regardé à la loupe les effets de 1 076 contaminants chimiques différents (présents dans notre alimentation, l'eau potable ou encore notre environnement) sur 22 espèces de bactéries intestinales.

Ils ont découvert que 168 d'entre eux semblaient nocifs pour les bactéries présentes naturellement dans un intestin sain : ils ralentiraient ou stopperaient la croissance des microbes qui jouent un rôle important dans le maintien d'une bonne santé.  

De plus, lorsque certaines bactéries intestinales y sont directement exposées, elles voient leur fonctionnement modifié afin de tenter de survivre. Dans d’autres cas, cette adaptation les rend également résistantes à des antibiotiques 

Les pesticides et les produits chimiques industriels parmi les plus nocifs

Parmi les substances chimiques qui endommagent la flore intestinale, on trouve des pesticides comme les herbicides et les insecticides couramment utilisés en agriculture.  

Là aussi, l’étude a révélé que lorsque l’équilibre du microbiote est altéré au contact de ces pesticides, de nombreux problèmes de santé peuvent survenir, notamment des troubles digestifs, l’obésité, un affaiblissement du système immunitaire et des répercussions sur la santé mentale. 

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Et les PFAS dans tout ça ?  

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont une famille de plus de 4 000 composés chimiques qui comprend les composés polymères et non polymères.

Leurs propriétés très résistantes les rendent difficilement dégradables et en raison de leur usage diversifié, ils sont aujourd’hui omniprésents dans l’environnement et hélas surnommés « polluants éternels ».  

Les principales voies d’exposition aux PFAS sont :

  • L’alimentation : les poissons, fruits de mer, la viande, les légumes, les œufs, le lait autoproduits (Santé Publique France, 2019),
  • Les produits de consommation du quotidien : cosmétiques, ustensiles de cuisine, certains vêtements (notamment ceux imperméables et résistants aux tâches) ou encore certains produits d’hygiène,
  • L’eau du robinet.  

L’évaluation des impacts des PFAFS sur la santé reste complexe tant ces contaminants environnementaux sont omniprésents et constituent un facteur de risque émergent pour la santé humaine.  

Selon le centre de lutte contre le cancer de Lyon « Léon Berard », des études menées sur des animaux de laboratoire auxquels on a administré de grandes quantités de PFAS indiquent que certains d’entre eux peuvent affecter la croissance et le développement, la reproduction, la fonction thyroïdienne, le système immunitaire et endommager le foie.  

Cependant, les effets sur la santé humaine d’une exposition à de faibles niveaux d’exposition aux PFAS restent encore assez incertains pour la population générale.

Ils sont pour autant capables de produire un large éventail d’effets néfastes sur la santé (impacts sur le système reproducteur, la thyroïde…) et d’être associés à l’apparition de maladies inflammatoires de l’intestin (développement de maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique). 

Adoptez des petits gestes santé au quotidien

En parcourant la liste conséquente des différents polluants susceptibles d’interagir avec notre microbiote (et plus largement avec notre santé), on comprend que la notion d’exposome s’impose de plus en plus.
En effet, ce concept désigne l’ensemble des expositions environnementales auxquelles un individu est confronté tout au long de sa vie.

Il englobe les expositions chimiques (polluants, perturbateurs endocriniens…) via l’environnement ou l’alimentation, les expositions physiques (bruits, radiations…), les expositions biologiques (agents infectieux, microbiote…), ainsi que des facteurs comportementaux et psychosociaux (stress, inégalités sociales…).  

Et les scientifiques montrent désormais que ces expositions influencent fortement notre santé, faisant de l’exposome une priorité majeure de recherche en santé publique.  

Mais face aux facteurs plurifactoriels portés par l’exposome, vous pouvez mettre en place une multitude de petits gestes au quotidien qui vous permettront de limiter les impacts des polluants sur notre santé :

  • Aérez votre logement au moins 10 minutes par jour, hiver comme été,
  • Utilisez une quantité limitée de produits pour le ménage, voire choisir des produits nettoyants dits naturels (savon noir, vinaigre blanc, par exemple),
  • Évitez l’utilisation de parfums d’ambiance, encens, bougie,
  • Rincez fruits et légumes avant de les cuisiner et de les consommer,
  • Limitez votre consommation d’objets en plastiques (dont on sait qu’ils contiennent des microplastiques) ou de produits contenants des PFAS (surtout lorsqu’ils contiennent des aliments chauds),  
  • Utilisez de préférence des poêles ou des casseroles en inox, en fonte, en céramique ou en verre trempé (à contrario du Teflon à limiter lorsqu’il s’agit de faire cuire ses aliments)
  • Choisissez des produits cosmétiques bio (sans substances 100 % issues de la pétrochimie dont les PFAS),
  • Privilégiez des textiles labellisés (Bluesign, GOTS et OEKO-TEX avec moins de substances chimiques).   

Nous assistons à de solides avancées autour des effets délétères des polluants sur notre microbiote intestinal mais les mises en lumière demandent à être renforcées par des études complémentaires parce que la pollution est un enjeu sanitaire majeur.

Mais nous avons toutes et tous les moyens de la réduire par des choix de consommation et de comportement éclairés qui demeurent indispensables si nous souhaitons protéger notre santé tout autant que celle de notre planète.

  • https://www.sciencedaily.com/releases/2026/01/260104202815.htm
  • https://www.inserm.fr/actualite/microplastiques-une-contamination-alimentaire-qui-nuirait-au-fonctionnement-de-notre-intestin/
  • https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32135388/
  • https://www.anses.fr/fr/content/un-cocktail-de-microplastiques-dans-notre-alimentation
  • https://pro.inserm.fr/exposome-cartographie-des-expositions-dune-vie
  • https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0007996020300997
  • https://www.cancer-environnement.fr/fiches/expositions-environnementales/perfluores-et-polyfluoroalkyles-ou-pfas/ 

Rédigé par : Isabelle Lantheaume

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