Ménopause : quels effets sur la santé émotionnelle des femmes ?
Résumé
La ménopause est une transition hormonale naturelle qui peut affecter autant l’équilibre émotionnel que la santé physique. Comprendre ces changements permet d’agir plus tôt et de mieux préserver son bien-être au quotidien.
La baisse des hormones, notamment des œstrogènes et de la progestérone, influence directement le fonctionnement du cerveau et la régulation des émotions. Les sueurs nocturnes, les insomnies et les réveils fréquents accentuent également la fatigue mentale et fragilisent l’équilibre émotionnel. Aussi, de nombreuses femmes peuvent ressentir de l’anxiété, des sautes d’humeur ou encore une hypersensibilité.
Certaines d’entre elles traversent des épisodes plus difficiles (stress chronique, baisse de l’estime de soi, sentiment de perte de repères, parfois symptômes dépressifs) et cela survient souvent avec d’autres transitions importantes (charge mentale familiale, départ des enfants du foyer, vieillissement des parents, changements professionnels, questionnement sur l’image de soi).
Il est cependant possible d’agir grâce à la mise en place d’une routine santé et bien-être globale (activité physique régulière, alimentation équilibrée, bon sommeil, gestion du stress, maintien du lien social) et à l’accompagnement de professionnels de santé dédiés.
La ménopause n'est pas une maladie, mais une phase physiologiquement présente dans la vie d'une femme qui coïncide avec la fin de la fertilité.
Cette période, qui survient généralement entre 45 et 55 ans, implique des changements hormonaux importants, avec une réduction progressive de la production d'œstrogènes et de progestérone par les ovaires.
Chaque année, environ 500 000 femmes franchissent ce seuil en France et 17 millions sont aujourd’hui concernées.
Mais les changements de la ménopause ne se limitent pas au corps et interagissent également avec la santé mentale des femmes.
Et bien que très impactant, ce volet de la ménopause reste encore tabou et beaucoup n’osent pas en parler à leurs proches ou leur conjoint.
Anxiété et irritabilité à la ménopause
Lorsque l’on évoque la ménopause, les premières informations qui viennent à l’esprit sont souvent associées à l’important panel de symptômes physiques qui en découle.
Entre les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes, les troubles du sommeil, la prise de poids, la baisse de la libido, les problèmes urinaires, la sécheresse vaginale et autres conséquences physiologiques engendrées par la cessation des cycles et la chute des hormones, les femmes peuvent vivent cette période transitoire de façon plus ou moins pénible.
Les effets psychologiques de la chute hormonale
La réduction significative de la production d'œstrogènes et de progestérone (deux hormones qui jouent un rôle clé dans le fonctionnement du système nerveux central) a un impact conséquent sur l’humeur.
En effet, les œstrogènes (en particulier) ont des effets neuroprotecteurs qui influencent la production de neurotransmetteurs tels que la sérotonine et la dopamine, substances qui jouent un rôle essentiel dans le contrôle de l'anxiété et de la régulation émotionnelle.
Ces changements physiologiques contribuent ainsi à l'apparition de nombreux symptômes psychologiques et émotionnels :
Anxiété pouvant aller jusqu’à la déprime, voire dépression
Sautes d’humeur et irritabilité accrue (symptômes courants)
Inquiétude permanente
Tristesse persistante
Perte d’intérêt pour les activités au quotidien ou sentiment de vulnérabilité
Grande fatigue
Troubles du sommeil voire insomnie
Difficultés de concentration et de mémoire (baisse cognitive avec le fameux « brouillard mental »)
Tous ces troubles psychiques peuvent être aggravés par d’autres facteurs et générer des remises en question profondes et fondamentales : à commencer par la persistance de la charge mentale, en particulier chez les femmes isolées socialement ou les aidantes.
Un sommeil altéré peut avoir lui aussi un impact important.
En effet, les sueurs nocturnes, les réveils fréquents, les insomnies, un sommeil non réparateur jouent aussi un rôle clé dans la régulation de l’humeur : une femme qui dort mal pendant des semaines devient forcément plus vulnérable, plus anxieuse, plus irritable, plus émotive.
Cependant, toutes les femmes ne vivent pas ces changements de la même manière et avec la même intensité. D’autres facteurs tels que la prédisposition génétique, le mode de vie, les problèmes de santé préexistants, l’histoire personnelle et le soutien social peuvent majorer ou minorer ces symptômes psychologiques.
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Le corps, cet étranger
Il n’en demeure pas moins que la ménopause constitue un défi psychologique, non seulement en raison des changements biologiques qui se produisent, mais aussi en raison de l'impact émotionnel et social que cette phase peut avoir.
Elle fait finalement écho à ce que la femme a de plus intime : le rapport à soi, à son corps, au temps qui passe et au vieillissement, à sa féminité et son désir, à sa maternité et finalement à la place qu’elle occupe alors dans sa vie.
Un corps qui change
La ménopause touche le corps et par voie de conséquence, l’identité : prise de poids, silhouette qui évolue, peau qui change (jusqu’à l’odeur qui peut varier), fatigue visible, baisse de libido, sécheresse vaginale, douleurs possibles : tout cela peut venir heurter l’image que la femme a d’elle-même. « Les femmes ont un sentiment de perte de contrôle et leur corps leur apparaît tel un inconnu », explique Elsa Ratti, Psychologue clinicienne spécialisée en psychopathologie clinique et santé mentale également membre du collectif d’experts AÉSIO mutuelle « 50 ans, un âge clé ». « Elle peut se sentir étrangère à elle-même ».
Dans une société qui valorise la jeunesse, la minceur, la performance et la désirabilité, la ménopause peut être aussi douloureuse sur ce plan-là et altérer sensiblement l’estime de soi.
La femme se sent vieillir et peut avoir la sensation d’être moins désirable, elle ne se reconnaît plus dans ce corps qui évolue. Cela s’apparente à une forme de deuil, de perte ou de réajustement.

Face à ce sentiment, il est question d’aider les femmes à retrouver un corps habitable, pas seulement un corps évalué. Passer d’un corps regardé à un corps habité. Retrouver des sensations, du mouvement, du confort, du plaisir, une forme de présence à soi. En gros : ne pas laisser le corps devenir seulement un objet de comparaison ou de déception ”
Le deuil de la fécondité
A cela s’ajoute la fin de la fécondité, une limite corporelle définitive qui peut réanimer des regrets, des renoncements, parfois des blessures anciennes autour de la maternité, de l’infertilité, des fausses couches et parfois des IVG.
Même lorsqu’une femme ne veut plus d’enfant, elle peut avoir des difficultés à accepter cette nouvelle réalité : « il peut y avoir une différence psychique entre “je ne veux plus” et “je ne peux plus” », ajoute Elsa Ratti.
« Pour certaines femmes, la fin de la fertilité est douloureuse. Pour d’autres, c’est un soulagement immense. Fin des règles, fin de la contraception, fin de la peur d’une grossesse non désirée. La même réalité biologique peut donc être vécue comme une perte ou comme une libération ».
Et la sexualité dans tout ça ?
Durant la ménopause, les femmes ressentent souvent une perte sensible de désir pour leur partenaire. Et la fatigue, les troubles du sommeil, les douleurs, la sècheresse vaginale, un corps avec lequel elles ont du mal à composer ne viennent pas les aider à faire face à cette baisse de libido, bien au contraire.
Elsa Ratti explique : « dans le couple, le silence peut faire beaucoup de dégâts. La femme peut croire qu’elle n’est plus désirable. Le partenaire peut croire qu’il n’est plus aimé. Chacun interprète dans son coin, Il faut pouvoir remettre de la parole là où le corps change ».
Pour autant, ce passage douloureux peut aussi aboutir à un renouveau dans la vie de la femme ménopausée : « La ménopause peut transformer le désir plus qu’elle ne le supprime. Certaines femmes ont moins de désir spontané mais peuvent retrouver du désir dans un climat de sécurité, de lenteur, de complicité. D’autres se sentent plus libres parce qu’il n’y a plus de risque de grossesse. D’autres ont besoin de temps pour réhabiter leur corps. L’idée n’est pas de redevenir “comme avant”, mais de comprendre ce qui change et ce qui peut être réinventé. »
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Trouver sa place dans cette période de changements
Pour certaines, cette période peut être vécue telle une légère bousculade. Pour d’autres, elle ressemble davantage à un tsunami psychologique et émotionnel tant elle fait bouger les lignes et bouscule. Chacune des protagonistes de cette incroyable aventure vie sa ménopause selon sa grille de lecture et bien qu’elle soit collective, cette phase est appréhendée de manière intime par chacune.
Mais quelle que soit « sa » ménopause, il n’est pas rare qu’elle survienne à un moment de vie chargé en mutations : les enfants grandissent (et quittent le cocon familial ou sont prêts à le faire), les parents vieillissent (il faut parfois s’en occuper).
Par conséquent, en plus d’un corps qui change et que l’on ne reconnaît plus, la place que l’on occupe dans sa vie peut être elle aussi chahutée dans son équilibre :
La place dans son couple (à réinventer parfois)
La place au sein de son foyer
La place dans son travail (omniprésent ou a contrario en perte de sens, lorsque ce n’est pas la retraite, cette grande et effrayante inconnue qui pointe le bout de son nez…).
Entre toutes ces lignes qui bougent en même temps et leur révolution interne, les femmes ont parfois le sentiment de perdre pied en plus de leurs repères.
Un chemin de transition vers une renaissance ?
Lorsqu’on l’observe dans sa globalité, on comprend que la ménopause impose ses secousses tant sur le plan physique que psychologique et émotionnel.
Elle ressemble étrangement à un sas transitoire au cours duquel chaque femme a le sentiment qu’une période de sa vie se termine et est amenée à faire des deuils symboliques : celui de la fécondité, de son corps d’avant, d’une jeunesse révolue, d’un rythme et schéma de vie, d’un rôle.
C’est un peu l’heure des bilans qui sonne accompagnée de son lot de données inconnues : Je deviens quoi désormais que je ne peux plus porter la vie ? Et la retraite, comment me sentir utile une fois que je ne travaille plus ? Que devient mon identité profonde en tant que femme ?
Cette phase inconfortable peut ainsi mettre en lumière un malaise déjà là : surcharge mentale, épuisement, solitude, manque de reconnaissance, insatisfaction conjugale, rapport difficile au corps, peur de vieillir, perte de confiance.
« La ménopause n’est pas une maladie. Mais ce n’est pas non plus un simple détail biologique que l’on pourrait traverser sans que cela ait d’effet psychique. C’est une transition. Et comme toute transition, elle peut fragiliser, désorganiser temporairement, réveiller des choses anciennes, ou au contraire ouvrir un espace de réaménagement. » Elsa Ratti.
Pour autant, et bien qu’elle impose un travail de remise en question profond et une certaine forme d’acceptation pour ne pas dire résilience, cette période peut également être perçue comme annonciatrice d’une renaissance.
Elsa Ratti ajoute : « ça ouvre aussi la possibilité d’un nouvel investissement. La question devient : qu’est-ce qui reste vivant ? Qu’est-ce qui peut être choisi maintenant ? Qu’est-ce que cette femme ne veut plus porter ? Qu’est-ce qu’elle veut transmettre, créer, habiter ? ».
« Il y a peut-être quelque chose de très puissant dans cette période quand elle peut être accompagnée. Une forme de tri. On garde moins par obligation. On supporte moins l’inutile. On peut chercher plus d’authenticité. Certaines femmes décrivent une liberté nouvelle, une meilleure connaissance d’elles-mêmes, une envie de se recentrer sur ce qui compte vraiment ».
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Libérer la parole, être écoutée et accompagnée
Lorsqu’elles sont au cœur de leur ménopause, les femmes ne doivent plus considérer leurs symptômes physiques et leur troubles psychologiques comme des sujets tabous à ranger sous le tapis, ni ressentir une certaine forme de honte à l’idée même de les évoquer.
Au contraire, elles doivent accepter de libérer leur parole comme elles enlèveraient un vêtement trop chaud ou trop lourd à porter. Ouvrir le dialogue, c’est témoigner et accueillir, se rassurer entre femmes mais c’est aussi éduquer les hommes et les aider à mieux comprendre ce qui se joue à ce moment-là.
Tel que l’indique Elsa Ratti, « Parler de la ménopause, c’est déjà la sortir de l’invisible. C’est permettre aux femmes de comprendre qu’elles ne sont pas en train de “débloquer”, mais de traverser une étape qui mérite d’être reconnue, pensée, accompagnée ».
« La ménopause reste encore trop peu parlée. Elle concerne pourtant toutes les femmes qui vivent assez longtemps pour la traverser. Mais elle demeure souvent absente des récits, comme si elle était moins racontable que la puberté, la grossesse ou la maternité. Ce silence peut renforcer la honte, l’isolement, ou l’impression d’être seule à vivre ces symptômes ».
D’où l’importance d’être accompagnée et soutenue. Il est en effet fondamental de chercher un soutien professionnel et des solutions concrètes en faisant appel à l’expertise des professionnels de santé (médecin, gynécologue, psychologue).
Ensuite, l’entourage a un rôle majeur à jouer : un soutien social adéquat ne doit pas être sous-estimé puisque le fait de se sentir écoutée et comprise par des amis, des membres de sa famille ou des groupes de paroles peut améliorer considérablement le bien-être émotionnel.
Au sein de son travail, il est également important d’oser évoquer ses troubles et ses symptômes auprès de ses plus proches collègues et des services dédiés. Cette démarche peut être génératrice d’un soutien inattendu parce qu’initier un espace de paroles peut être source de sororité, d’empathie et de bienveillance insoupçonnable.
La compréhension, la reconnaissance et la valorisation des impacts de la ménopause sont des axes fondamentaux pour « le mieux vivre » de cette période. Cela donne souvent naissance à la mise en place d’une prise en charge adaptée, un accompagnement et des traitements ciblés.
Cela permet d'améliorer la qualité de vie et de réduire le risque de développer une détresse psychologique plus prononcée grâce à une approche personnalisée qui tient compte des besoins spécifiques de chaque femme.
Elsa Ratti : « Dans l’accompagnement, il peut être utile d’aider à distinguer trois choses : ce qui vient du corps, ce qui vient de l’interprétation anxieuse, et ce qui vient du contexte réel de surcharge. Cela permet de remettre un peu d’ordre dans le « chaos ressenti ». Parce que quand tout est mélangé, la personne peut avoir l’impression de “devenir folle”, alors qu’elle traverse souvent une combinaison de phénomènes très compréhensibles. ».
Prendre soin de soi
Enfin, il est important d’informer les femmes sur leur capacité à faire face à certains symptômes par la mise en place de petits gestes au quotidien.
Elles peuvent devenir actrices de leur santé et se réapproprier leur corps en s’aménageant une bonne hygiène de vie. Chaque petit geste compte et peut minorer certains symptômes, ce serait dommage de s’en priver !
Aussi, on ne peut qu’encourager les femmes qui traversent cette période (avant et après également !) à :
Pratiquer une activité physique régulière (selon son rythme et ses possibilités)
Adopter une alimentation la plus équilibrée possible, riche en protéines et en calcium mais limitée en sucre et en matières grasses,
Limiter sa consommation d’alcool
Arrêter le tabac
S’approprier des techniques de gestion du stress (méditation, respiration, relaxation)
Adopter les bons réflexes pour un sommeil de qualité et en quantité suffisante.
PRÉVÉSIO
Le service de prévention santé
Parce que la prévention s'apprend. Prévésio, le service prévention d'ASV50, mobilise, permet à ses adhérents, particuliers et professionnels, de devenir acteurs de leur santé.
Un encouragement à vivre mieux, longtemps.

La ménopause impose en filigrane à chaque femme de se mettre devant un miroir pour y découvrir le reflet de son corps et de son esprit.
Bien au-delà du chaos, lorsque la ménopause est vécue ainsi, elle est un véritable catalyseur. Parce que derrière tous ces symptômes, peuvent se terrer « une peur de vieillir, une fatigue d’avoir trop porté, un sentiment de perte, une difficulté à demander de l’aide, une blessure du regard sur soi, une question autour du désir, du couple, du sens, de la place. »
Tout autant que la parole, ces vérités doivent être entendues et accueillies par les accompagnants (professionnels et entourage), mais aussi par soi-même. Parce qu’elles peuvent être la source, après la tempête, d’une incroyable paix retrouvée, d’un bien être inestimable. Et parce qu’il est également important de ne pas perdre de vue que cette période chaotique a aussi une fin.
Elsa Ratti de terminer : « Le corps ménopausé n’est pas un corps qui trahit. C’est un corps qui change. Et parfois, il oblige à écouter ce qui avait été mis de côté trop longtemps. Finalement la ménopause n’est pas la disparition du féminin. Elle peut devenir le passage vers une autre manière d’être femme, moins assignée, moins silencieuse, parfois plus libre. Mais pour cela, il faut qu’elle puisse être parlée, reconnue, pensée et accompagnée ».










