Prendre soin de son périnée à la ménopause
Au cours de la vie d’une femme, le périnée, aussi appelé plancher pelvien, joue plus d’un rôle pour le corps. Situé entre le pubis et le coccyx, cet ensemble de muscles ferme le bas du bassin et est composé de trois orifices : le méat urinaire, le vagin et l’anus.
Sa première fonction est de soutenir, comme un hamac, la vessie, l’utérus et les intestins, et ainsi d’assurer la continence urinaire et anale. Il contribue également à prévenir la descente d’organes (prolapsus) et à améliorer les sensations lors des rapports sexuels. Mais à la ménopause, son fonctionnement peut être perturbé.
Un soutien essentiel, mais fragile
Celle-ci survient généralement entre 45 et 55 ans, lorsque les ovaires cessent de sécréter des hormones (les œstrogènes et la progestérone). Ces modifications hormonales ont un impact sur le corps (maux de tête, fatigue, troubles du sommeil, douleurs articulaires…), avec un effet important sur le périnée.

« Ces effets sont principalement causés par la carence en œstrogènes, qui participent au bon fonctionnement des tissus et à leur tonicité. Quand leur taux diminue, cela modifie l’équilibre du plancher pelvien » ”
Lorsque le périnée est déjà fragilisé par certains facteurs, comme les grossesses, les accouchements (gros bébé ou bébé trop petit) ou encore « le surpoids, qui augmente la pression exercée sur les organes pelviens et sur le périnée », ces changements hormonaux dus à la ménopause peuvent accentuer les troubles déjà présents.
Faiblesse du plancher pelvien : quelles conséquences ?
La chute des œstrogènes liée à la ménopause entraîne un relâchement du périnée. Moins tonique, le plancher pelvien joue donc moins bien son rôle de soutien des organes. Ce relâchement s’accompagne d’un risque de prolapsus, ce qu’on appelle plus couramment une « descente d’organes ». Celle-ci se caractérise par un glissement vers le bas d’un ou plusieurs organes pelviens, qui appuient alors sur la paroi vaginale et la déforment.
« Selon l’organe concerné, on peut observer différents types de prolapsus. Lorsque la vessie descend, on parle de cystocèle. Lorsque c’est l’utérus, il s’agit d’une hystéroptose. Et lorsque le rectum est concerné, on parle de rectocèle. Ces situations peuvent apparaître séparément, mais elles peuvent aussi être associées. Dans ce cas, on parle d’un prolapsus plus important. »
Face à ce risque, certains signes doivent inciter à consulter. Si vous pensez avoir des symptômes évoquant un prolapsus, n’attendez pas pour prendre rendez-vous avec votre gynécologue ou votre sage-femme. Ce professionnel de santé pourra demander un bilan urodynamique en cas de fuites urinaires.
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Une faiblesse du périnée peut aussi entraîner des fuites urinaires et anales. Lorsqu’il est affaibli, du fait notamment de la carence en œstrogènes, les muscles du périnée ne parviennent plus se contracter correctement en cas de pression. Ce qui explique les fuites et pertes incontrôlées.
« Outre les fuites urinaires, la carence hormonale liée à la ménopause entraîne également d’autres effets, comme la sécheresse vaginale. Celle-ci peut provoquer des vaginites, des douleurs pendant les rapports sexuels ou encore un inconfort important, il faut la traiter. Ce sont des troubles assez fréquents, mais les femmes n’en parlent pas toujours, parce que ça relève du domaine de l’intime », souligne Didier Constant.
Bien connaître son périnée
Alors, comment prendre soin de son périnée à la ménopause pour prévenir son relâchement ou lui permettre de retrouver de la tonicité ? D’abord, en consultant un gynécologue, une sage-femme ou un médecin pour évaluer l’état du plancher pelvien. L’examen consiste en un toucher vaginal : le professionnel de santé introduit deux doigts dans le vagin et demande à la patiente de contracter les muscles du périnée autour de ses doigts.
En termes de traitement, « on peut envisager en première intention un traitement hormonal de la ménopause “à la française” hors contre-indications, c’est-à-dire avec des hormones proches du naturel. Ça consiste en un gel d’œstrogènes appliqué sur les avant-bras ou les cuisses, associé le soir à un comprimé de progestérone naturelle », détaille le gynécologue.
Des exercices de rééducation périnéale
Il existe également des exercices à pratiquer au quotidien pour muscler le périnée. Les exercices de Kegel, par exemple, permettent de redonner du tonus au périnée, sans le crisper. « Ils sont très simples à réaliser : il s’agit simplement de contracter les muscles du périnée, puis de les relâcher, et de répéter cet enchaînement. Mais il est important de les réaliser régulièrement », explique Didier Constant.
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Le Pilates a aussi des bienfaits pour la tonicité du périnée, puisqu’il permet de renforcer les muscles profonds, notamment la sangle abdominale et le plancher pelvien. La respiration en est d’ailleurs l’un des éléments centraux : les positions s’accompagnent d’une contraction douce du périnée lors de l’inspiration et de son relâchement sur l’expiration.
Plus de conseils dans notre article Renforcez votre périnée pour votre vitalité
Des accessoires au service du périnée
Des accessoires peuvent aussi être utilisés pour muscler le plancher pelvien, comme des boules de Geisha ou des cônes vaginaux. Le renforcement peut se faire de manière active, par exemple en contractant et relâchant le périnée autour des boules de Geisha, ou de manière passive, en contractant simplement le périnée pour garder les boules de Geisha ou les cônes vaginaux en place.
Des dispositifs électroniques et/ou connectés de rééducation périnéale ont aussi faire leur apparition ces dernières années :
des appareils d’électrostimulation, qui envoient de légères impulsions électriques pour activer les muscles du périnée ;
des sondes périnéales dotées de capteurs, qui analysent en temps réel l’activité musculaire du plancher pelvien (biofeedback) et permettent de suivre la progression du renforcement.
« Ces dispositifs peuvent être utiles pour faire de la rééducation périnéale soi-même, quand on le souhaite. Mais il faut être sûr de s’en servir régulièrement pour que ce soit réellement efficace », prévient Didier Constant.
Mais le professionnel de santé rappelle avant tout l’importance d’un suivi gynécologique régulier. « Il est recommandé de réaliser un examen gynécologique chaque année et surtout après la ménopause, soit chez son médecin traitant s’il est formé pour cela, soit chez une sage-femme ou un gynécologue. Ce suivi permet de vérifier l’absence de pathologies de la sphère gynécologique pelvienne et des seins et de repérer précocement certains problèmes, comme un début de prolapsus », conclut-il.
3 questions à Didier Constant, gynécologue
À la ménopause, lorsque la rééducation périnéale ne permet pas d’améliorer les fuites urinaires, existe-t-il d’autres solutions pour éviter d’avoir à faire des exercices à vie ?
Oui, il existe d’autres solutions, notamment chirurgicales. La première consiste à poser une bandelette sous-urétrale. Elles sont installées souvent sous anesthésie locale et permettent de soutenir l’urètre afin de limiter les fuites urinaires. En cas de fuites persistantes, malgré la bandelette, il faut vérifier qu’il n’y a pas d’infection urinaire avec un examen cytobactériologique des urines. Une infection peut provoquer ou aggraver les fuites urinaires.
Dans les cas plus sévères, notamment lorsqu’il existe un prolapsus important, on peut avoir recours à une chirurgie plus lourde. Par exemple, la promontofixation consiste à fixer les organes pelviens au promontoire, au niveau de la colonne vertébrale, afin de les remonter et de corriger leur descente. Cette intervention peut être réalisée par cœlioscopie ou par chirurgie robot-assistée.
Existe-t-il des alternatives thérapeutiques aux hormones pour traiter la descente d’organes ou les douleurs pendant les rapports sexuels chez les femmes ménopausées ?
Pour améliorer le confort vaginal, on peut utiliser des crèmes ou des ovules à base d’acide hyaluronique. Ces traitements permettent d’améliorer l’hydratation et la trophicité du vagin, ce qui peut faciliter les rapports sexuels en ajoutant un lubrifiant à l’eau acheté en pharmacie.
Concernant la descente d’organes, la première étape reste généralement la rééducation du périnée, réalisée avec un kinésithérapeute ou une sage-femme spécialisée. On essaie en pratique d’explorer toutes les solutions avant d’envisager une intervention chirurgicale.
Existe-t-il des contre-indications à l’utilisation des boules de geisha à la ménopause (chirurgie, bandelettes urinaires…) ?
Non, il n’y a pas de contre-indication particulière, même en cas de chirurgie. Par exemple, après une hystérectomie +/- une annexectomie, les boules de geisha peuvent être utilisées dès que la patiente se sent capable de le faire. Elles peuvent aider à soutenir le périnée et à limiter le risque de descente au niveau de la cicatrice vaginale, notamment lorsqu’il existe un surpoids. Mais dans la plupart des cas, elles ne sont pas indispensables.
Les pessaires sont une autre possibilité, en forme d’anneau ou de cube.
En revanche, comme pour tout dispositif introduit dans le corps, il est important de savoir comment les utiliser correctement. Il est donc préférable de demander conseil à un gynécologue ou à une sage-femme.











