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Urbex, train surfing… les « nouvelles » conduites à risque chez les jeunes ?

Défis extrêmes sur les réseaux sociaux, alcoolisation massive, inhalation de protoxyde d’azote, exploration de lieux abandonnés… Certaines pratiques séduisent de nombreux adolescents et jeunes malgré les risques qu’elles représentent. Entre quête d’identité, influence du virtuel et climat anxiogène, les raisons qui les poussent à prendre des risques sont souvent plus complexes qu’il n’y paraît. Mais que disent-elles de la santé mentale des jeunes aujourd’hui ?

Urbex, train surfing… les « nouvelles » conduites à risque chez les jeunes ?

Les images sont tout aussi spectaculaires que terrifiantes. Sur les réseaux sociaux et les plateformes de streaming, des jeunes n’hésitent pas à publier des vidéos d’eux se faufilant dans une maison délabrée ou marchant sur le toit d’un train en pleine circulation.  

Ces pratiques, bien qu’illégales, ne sont pas récentes. Elles ont même un nom. L’urbex, pour « exploration urbaine », consiste à visiter des lieux abandonnés ou inaccessibles au public. Le train surfing, « surfer sur un train » en français, consiste quant à lui à se déplacer à l’extérieur d’un train, d’un tramway ou d’un métro en mouvement.

Des tendances poussées par les réseaux sociaux…

D’autres phénomènes, là encore souvent poussés par les réseaux sociaux, émergent régulièrement. C’est le cas, notamment, de la tendance du « sun tattoo », ou « tatouage soleil », qui incite à prendre volontairement des coups de soleil. L’objectif est de faire apparaître des motifs dessinés à la crème solaire ou la marque du maillot de bain. Or, l’exposition répétée aux rayons UV sans protection peut provoquer des dommages irréversibles sur la peau et augmente fortement le risque de cancer cutané.

Depuis début mai, plus de 1 000 vidéos ont été publiées sur les réseaux sociaux. De quoi inquiéter les autorités et les associations de sécurité routière, qui alertent sur les dangers de la pratique, pour les jeunes concernés, mais aussi pour les autres usagers de la route.  

Plus récemment, les automobilistes se sont vus encouragés à braver le code de la route pour relever un défi extrême : se filmer en traversant un rond-point tout droit, en voiture ou autre véhicule motorisé, au lieu de le contourner, et poster la vidéo.

… et aux conséquences bien réelles

Derrière ces conduites à risque, les motivations ont souvent des points communs : la recherche de sensations fortes, la confrontation au danger, l’envie de tester ses limites, et, depuis l’avènement des réseaux sociaux, la reconnaissance apportée par un grand nombre de vues et de likes. Sans avoir toujours conscience des implications réelles.

Depuis 2025, le train surfing est considéré comme un délit, qui peut être puni de 6 mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende. De même, l’urbex constitue à minima une violation de domicile, avec une peine qui peut s’élever à un an de prison et 15 000 euros d’amende.  

Quant au « challenge du rond-point », les conducteurs peuvent encourir jusqu’à 270 euros d’amende et la suspension de leur permis, pour circulation en dehors de la chaussée et usage du téléphone au volant. Mais les conséquences dépassent le seul cadre judiciaire : ces pratiques peuvent entrainer des blessures graves, des hospitalisations, et parfois des accidents mortels. 

Pourquoi les adolescents prennent-ils des risques ?

Au-delà des risques qu’ils impliquent, ces comportements peuvent aussi éclairer certains mécanismes psychologiques liés à l’adolescence et au début de l’âge adulte. Ces périodes sont souvent associées à une quête d’identité et d’indépendance, à une volonté de se différencier. L’envie de nouvelles expériences peut se faire plus forte, motivée et encouragée parfois par un groupe auquel on veut appartenir. Quitte à repousser les limites fixées par les parents.  

L’explication est aussi à chercher du côté neurologique : à l’adolescence, le cerveau est plus sensible à l’excitation provoquée par une nouvelle expérimentation. Dans le même temps, le contrôle des impulsions continue de se développer. Ces deux facteurs associés peuvent ainsi amener à réfléchir de manière moins rationnelle face à une situation inconnue ou à sous-estimer un éventuel danger.

Adolescence, jeunesse : la recherche de nouvelles expérimentations

Souvent, l’adolescence est aussi synonyme d’initiation à l’alcool et aux drogues. Selon l’enquête européenne ESPAD sur les comportements à risque des adolescents, 7 jeunes Français sur 10 (68 %) ont expérimenté l’alcool à 16 ans en 2024. Parmi eux, 22 % ont déclaré au moins un épisode d’alcoolisation ponctuelle importante – ce qu’on appelle aussi le « binge drinking », le fait de boire 4 ou 5 verres d’alcool en moins de 2 heures.

Le cannabis reste la drogue la plus consommée par les adolescents, même si 3,9 % d’entre eux ont déclaré avoir expérimenté au moins une autre drogue illicite (1,7 % pour la cocaïne, 1,3 % pour les amphétamines, 1,2 % pour le crack et 1,1 % pour l’ecstasy/MDMA).  

Le protoxyde d’azote, un gaz hilarant loin d’être anodin

Depuis 2020, une autre drogue prend toutefois de plus en plus d’ampleur auprès des jeunes : le protoxyde d’azote. En 2022, 14 % des 18-24 ans l’ont expérimenté, et plus de 3 % ont déclaré en avoir consommé au cours de l’année, rapporte Santé publique France.  

Ce gaz hilarant est aussi appelé « proto » ou « ballon », en raison de son mode de consommation le plus fréquent : le protoxyde d’azote est transféré dans un ballon de baudruche à l’aide d’une cartouche, puis inhalé. Les effets apparaissent en quelques secondes et durent quelques minutes. Ils provoquent une sensation d’euphorie, de légèreté ou de flottement, et des fous rires.

À première vue, la pratique peut sembler récréative, mais elle cache en réalité plus d’un risque : pertes de connaissance, dépendance psychologique, complications sévères, voire irréversibles, sur le système nerveux et cardiovasculaire. Ainsi, en 2023, 472 signalements pour intoxication au protoxyde d’azote ont été enregistrés, et ces chiffres continuent d’augmenter.

Mal-être psychique et conduites à risque

Pour certains jeunes en souffrance, ces substances peuvent apparaître comme un refuge face à une situation familiale ou personnelle difficile, un moyen temporaire d’apaiser un mal-être ou de réduire l’anxiété. Une stratégie pourtant inefficace, souligne l’Organisation mondiale de la Santé, qui peut même aggraver les difficultés émotionnelles rencontrées et nuire au bien-être physique.

Le lien entre conduites à risque, consommation de substances psychoactives et santé mentale n’est toutefois pas systématique et ne peut pas être généralisé. Mais une étude de la DREES tend à montrer que les jeunes en moins bonne santé mentale sont plus susceptibles de consommer ces substances. Un constat qui résonne avec un autre phénomène observé depuis plusieurs années : la dégradation de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes.

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Générations Z et alpha : des jeunes plus fragilisés

Santé publique France en fait état dans les résultats de son enquête nationale menée en 2024 : 45 % des collégiens (de 6e, 5e et 4e, soit entre 11 et 14 ans) rapportent des plaintes psychologiques plus d’une fois par semaine depuis au moins 6 mois. Du côté des lycéens (entre 15 et 18 ans), 19 % d’entre eux présentent un risque important de dépression et 20 % déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois.

La crise sanitaire liée au Covid-19 en 2020 a d’ailleurs été un accélérateur : l’isolement social, la perte des repères quotidiens et l’incertitude face à l’avenir ont eu un impact important sur la santé mentale de nombreux jeunes. Et pour certains, les effets perdurent.

Des causes multiples à l’anxiété des jeunes

En 2024, 30 % des 11-24 ans étaient concernés par des risques de troubles anxio-dépressifs, selon un rapport du Sénat. Globalement, le nombre de passages aux urgences et d’hospitalisations des mineurs pour une tentative de suicide ou une crise grave a augmenté significativement, tout comme la prescription de psychotropes (antidépresseurs et anxiolytiques).

Les causes avancées dans ce rapport sont multiples. À commencer par le caractère anxiogène de l’actualité économique et géopolitique, qui favorise l’apparition des troubles anxieux et dépressifs. L’exposition excessive aux réseaux sociaux peut aussi contribuer au mal-être des jeunes, notamment des jeunes filles. Celles-ci sont plus confrontées au harcèlement en ligne, aux contenus qui dégradent la représentation du corps féminin ou encouragent les troubles alimentaires.

Quels dispositifs pour accompagner les jeunes ?

En 2025, la santé mentale des Français a été consacrée « grande cause nationale ». Des dispositifs ont été mis en place ou renforcés pour déstigmatiser les troubles psychiques et mentaux, développer la prévention et le repérage précoce, améliorer l’accès aux soins et mieux accompagner les personnes concernées. Dans les établissements scolaires, des campagnes de sensibilisation et actions de prévention ont été organisées autour des addictions ou du harcèlement.

Plusieurs plateformes et lignes d’écoute sont aujourd’hui dédiées à la santé mentale des jeunes. Les Maisons des adolescents (MDA) et les Points accueil écoute jeunes (PAEJ), par exemple, sont des structures de proximité proposant un accompagnement gratuit et confidentiel pour les 12-25 ans.

Le dispositif "Mon soutien Psy" permet également de bénéficier de 12 séances avec un psychologue, prises en charge par l’Assurance maladie. Pour les étudiants, ces séances peuvent être cumulées avec celles proposées dans le cadre du dispositif Santé Psy étudiant. Et à tout moment, des services téléphoniques comme le Fil Santé jeunes ou le 3114 (numéro national de prévention du suicide) peuvent aussi apporter une écoute attentive.

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Le rôle de l’entourage auprès des plus jeunes

Au quotidien, l’entourage peut jouer un rôle important pour repérer un mal-être qui apparaît ou s’installe. Parents, enseignants, éducateurs, entraineurs sportifs et professionnels de santé sont de précieux relais pour identifier les premiers signes de souffrance : repli sur soi, changement de comportement (agressivité, tristesse, angoisse, etc.), baisse des résultats scolaires, perte d’intérêt pour les activités aimées avant…  

Les parents qui ont constaté des comportements à risque chez leurs enfants peuvent aussi en parler directement avec eux pour fixer des règles, mais aussi fournir des repères sécurisants. Par exemple, en définissant ensemble un cadre de surveillance adapté à leur âge, en abordant ouvertement les situations à risque et en envisageant des stratégies pour y faire face.  

Il est aussi important de rappeler qu’ils peuvent demander de l’aide en cas de difficultés, sans craindre de jugement ou de punition. Mais si les comportements à risque se répètent ou s’aggravent malgré le cadre et le dialogue mis en place, alors il ne faut pas hésiter à solliciter l’aide d’un professionnel de santé pour évaluer la situation et apporter un soutien adapté. 

Rédigé par : Dixxit

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